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Mirabel, la forteresse croisée qui renaît de ses ruines

Christophe Lafontaine
14 décembre 2018
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Mirabel, la forteresse croisée qui renaît de ses ruines
La forteresse de Mirabel /Migdal Tzedek © AVRAMGR / Wikimedia Commons

L’Autorité de la nature et des parcs en Israël a annoncé le 11 décembre que le site de Migdal Tzedek, (Mirabel) riche d’une histoire de plus de 2000 ans, est prêt à ouvrir ses portes au public après 30 années de travaux.


Noble et massive, telle un vaisseau de pierres blanches posté à près de 140 mètres d’altitude sur une colline au centre d’Israël, la forteresse de Migdal Tzedek (XIIème siècle) jouit encore d’un panorama exceptionnel sur la plaine côtière du pays et sur les petites montagnes de la Samarie biblique, aujourd’hui à cheval sur les territoires de Cisjordanie et d’Israël.

Migdal Tzedek, connue aussi sous le nom de Migdal Afek (Tour d’Afek), tirant son nom de l’ancienne ville biblique d’Afek située à 3,5 km au nord-ouest, surplombe l’ancienne route commerciale connue sous le nom de « Via Maris » – voie de la mer – qui reliait autrefois l’Egypte à la Syrie. Un passage stratégique qui permettait de contourner la rivière Yarkon et les marais de la plaine de Sharon.

Ce sont d’importants vestiges croisés qui font la réputation de Migdal Tzedek alias Mirabel, un castrum à arcades typique du XIIème siècle avec son donjon, ses tours d’angles et son église. On compte aussi de nombreux ajouts ottomans au XVIIIème siècle qui ont fait de la forteresse une garnison militaire.

Les siècles ont passé et à notre époque moderne, la citadelle croisée se trouve aujourd’hui aux confins de la ville de Rosh Haayin, au cœur du parc naturel de Migdal Tzedek, à une trentaine de kilomètre à l’est de Tel Aviv. Elle était entourée jusqu’en 1948, par le village arabe de Majdal Yaba (Tour de Jaffa), que les Palestiniens ont été amenés à déserter après la guerre israélo-arabe.

La forteresse vient de bénéficier de trente années de travaux de restauration et de conservation. Après quoi, l’Autorité de la nature et des parcs en Israël vient d’annoncer cette semaine sa réouverture prochaine, a fait savoir le Times of Israel. « Pendant des années, l’intérieur de la forteresse a été fermé au public, pour des raisons de sécurité de peur que de grosses pierres ne se détachent ou que les plafonds ne s’effondrent », a expliqué le journal en ligne.

Mais l’histoire des lieux remonte à plus loin que l’époque croisée. Des archéologues ont dans le passé identifié des restes de céramiques des périodes de l’Age de Fer II (du Xème au VIIIème siècle av. J.-C.) et de la période perse (de la fin du VIème siècle au IVème siècle av. J.-C.). Sous Alexandre le Grand, le site fut en effet un champ de bataille stratégique tant pour son point de vue que pour sa situation géographique. Il faudra cependant attendre les écrits de l’historien judéo-romain Flavius Josèphe au Ier siècle pour voir cité Migdal Afek comme place forte (les archéologues ont d’ailleurs découvert des vestiges de remparts datant de plus de 2 000 ans), lors de l’épisode de la Grande Révolte juive contre les Romains (entre 66 ap. J.-C. et 73 ap. J.-C).  Au cours des premiers mois de cette guerre, Cestius Gallus, gouverneur de la province romaine de Syrie, vint étouffer la rébellion dans les villes de Jaffa, de Lod et de Migdal Afek.

Mirabel, le « merveilleux » arrière-fief du royaume de Jérusalem

A la période byzantine, un monastère fut dédié à Saint Kyrikos, un jeune martyr mis à mort par les Romains à l’époque de l’empereur Dioclétien (243-316). Un linteau de l’époque portant une inscription grecque l’atteste. Cette pièce a ensuite été réemployée par les croisés. A l’arrivée de ces derniers et à l’établissement en 1099 du royaume latin de Jérusalem, le tertre est alors la seigneurie la plus au nord du comté latin de Jaffa. Mais en 1134, Hugues II du Puiset, comte de Jaffa, se ligua contre Foulque V d’Anjou, devenu roi de Jérusalem (1131-143). Un certain Balian, connétable du comté de Jaffa depuis 1120, prit le parti du roi. En 1141, Foulque d’Anjou construisit un château au sommet de Yebna (actuel Yavne), et en le francisant, le nomma « Ibelin ». En guise de récompense, il le donna avec d’autres terres à Balian, qui prit alors comme nom de famille Ibelin.

Les Ibelin eurent très vite une position de premier plan dans le royaume de Jérusalem. Et c’est eux qui, sur leurs terres, seront à l’origine de la reconstruction de la place forte de Migdal Afek nommée alors en latin « Mirabel », ce qui signifie « Merveilleux ».

En 1143, le roi Foulque meurt laissant à sa veuve, Mélisende, la régence du royaume jusqu’à la majorité du futur Baudouin III, en 1152. Au fil des années, la reine a pris goût au pouvoir et se voyait mal le céder à son fils. Réussissant à se faire couronner roi, Baudouin III, réclame à sa mère les villes de Jérusalem et de Samarie comme indispensables à la défense du royaume. La reine refuse, soutenue par Foucher d’Angoulême, patriarche de Jérusalem, et Manassé de Hierges, connétable du royaume pendant la régence de Mélisende. Marié à la veuve de Balian Ier d’Ibelin, il avait fait de Mirabel sa résidence principale. Le jeune roi Baudoin se rendit à la forteresse qui capitula. Le connétable fut expulsé du royaume, et la citadelle de Mirabel revint alors entre les mains d’un véritable descendant de Balian d’Ibelin. Puis, entre 1162 et 1171, Mirabel devint une seigneurie indépendante. En 1166, certaines des terres dépendant du fief de Mirabel sont cédées à l’église de saint Jean-Baptiste de Naplouse.
Après une première tentative en novembre 1177, les armées des Ayyoubides (dynastie fondée par Saladin – Salah ad-Dīn Yusuf ibn Ayyub) remportèrent le 4 juillet 1187 la bataille de Hattin. Saladin envoya ses lieutenants s’emparer de toutes les places fortes franques dépourvues de défenseurs. Ce fut Malik al-Adil, le jeune frère de Saladin qui s’empara de Mirabel encore propriété de la famille Ibelin. La forteresse fut détruite en 1191 pour empêcher les croisés de la Troisième Croisade (1189-1192) d’occuper la place stratégique.

Plus tard en 1226, sous les Mamelouks, le géographe arabe Yaqout al-Rumi mentionne la forteresse sous le nom de Majdal Yafa (Tour de Jaffa), sans doute à cause de sa proximité de la ville de Jaffa. Il écrit que c’est un village avec une « formidable forteresse. » La forteresse sera cependant abandonnée à la fin du XIIIème siècle.

Au XVIème siècle, la place a été reconstruite pour protéger la route qui mène à Jaffa par les Ottomans. Le village arabe de Majdal Yaba se développe sur la colline. Au XIXème siècle, toujours sous la période ottomane le site porte le nom de Majdal al-Sadiq (Migdal Tzedek en hébreu), du nom du cheikh Muhammad al-Sadiq, membre important d’un clan bédouin.

 

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