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Le Patriarcat orthodoxe d’Alexandrie se distancie de Moscou

Christophe Lafontaine
18 novembre 2019
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Le Patriarcat orthodoxe d’Alexandrie se distancie de Moscou
A gauche, le patriarche d'Alexandrie, Theodore II en juillet 2013, avec le ministre grec des Affaires Etrangères de l’époque, Evangelos Venizelos. © Pazok/Wikimedia Commons

Le 8 novembre, le patriarche grec-orthodoxe d’Alexandrie (Egypte) a reconnu la nouvelle Eglise orthodoxe autocéphale d’Ukraine. Au grand dam de l’Eglise russe qui, jusqu’en 2018, était la seule Eglise canonique en Ukraine.


Dont acte. « Une famille orthodoxe a été ajoutée à cette grande famille qui s’appelle l’Orthodoxie », a déclaré Théodore II, le patriarche grec-orthodoxe d’Alexandrie en Egypte et de toute l’Afrique, a rapporté le site d’information orthodoxie.com. Il parlait de la nouvelle Eglise autocéphale ukrainienne qui est devenue la 15ème Eglise autocéphale orthodoxe le 5 janvier dernier, après que le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, lui eût accordé le « tomos », c’est-à-dire l’indépendance canonique.

Le 8 novembre, au cours de la Divine Liturgie (on ne dit pas « messe » chez les orthodoxes) dans la cathédrale de l’Archange Michel au Caire, Théodore II, (et non Tawadros II – Théodore II en français -, le patriarche copte orthodoxe à la tête d’une Eglise largement majoritaire en Egypte), a commémoré le nom du métropolite Epiphane de Kiev et de toute l’Ukraine, et l’a appelé primat de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine. Une reconnaissance de facto (ou plutôt « une entrée en communion ») qui fut suivie immédiatement d’une lettre adressée aux dignitaires de son Eglise.

Il faut savoir que les Eglises orthodoxes canoniques autocéphales, indépendantes sur le plan juridique et administratif, sont unies les unes aux autres par la confession d’une foi commune et une reconnaissance réciproque. Pour manifester cette unité dans la foi, lorsque le primat d’une Eglise autocéphale célèbre la Divine Liturgie, il mentionne dans ce qu’on appelle les diptyques les noms des primats des autres Eglises autocéphales. L’inverse signifiant une rupture. De là vient d’ailleurs, l’expression « rayer des diptyques » qui a souvent été employée dans les cas de schismes entre Eglises.

Ainsi, on l’a compris, les Eglises autocéphales orthodoxes peuvent décider de reconnaître ou non telle ou telle Eglise, en l’occurrence ici, la nouvelle Eglise orthodoxe d’Ukraine.

Cette nouvelle Eglise est le fruit d’un concile qui a eu lieu le 15 décembre 2018, et qui a réuni en Ukraine deux Eglises non canoniques (c’est-à-dire qui n’étaient pas en communion avec le reste du monde orthodoxe) et qui se sont séparées au cours du XXème siècle de l’Eglise orthodoxe ukrainienne. Cette dernière est rattachée canoniquement, elle, au Patriarcat de Moscou et actuellement dirigée par le métropolite, Onuphre de Kiev. Cette Eglise dite « loyale » ne reconnaît évidemment pas la nouvelle Eglise autocéphale comme le Patriarcat de Moscou à qui elle est attachée, et qui la voit échapper à son contrôle.

Rayé des diptyques du Patriarcat de Moscou

Le patriarche grec-orthodoxe d’Alexandrie Théodore II, en rejoignant le Patriarche de Constantinople Bartholomée Ier et l’archevêque de toute la Grèce, Hiéronyme II, reconnaissant l’autocéphalie de la nouvelle Eglise orthodoxe d’Ukraine, entame une rupture de la communion avec le Patriarcat russe. L’archiprêtre Nicolas Balachov, vice-président du Département des affaires ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou a d’ailleurs fait la déclaration suivante à l’agence Interfax le 8 novembre 2019 : « L’Eglise orthodoxe russe est profondément attristée par l’information concernant la décision du patriarche d’Alexandrie Théodore (…) Cela signifie que la commémoration du nom du patriarche d’Alexandrie ne peut continuer lors des offices patriarcaux [c’est-à-dire célébrés par le patriarche de Moscou Cyrille] dans l’Eglise orthodoxe russe ». La communion est donc rompue. L’archiprêtre a en outre précisé que « le Saint-Synode du Patriarcat de Moscou examinera les communications reçues pour prendre de futures décisions. »

Quid de Chypre, Jérusalem et Antioche ?

Début novembre, Chrysostome II, le primat de l’Eglise orthodoxe de Chypre qui a dit conserver « une position neutre » après avoir proposé une médiation dans la crise qui secoue le monde orthodoxe traversé par un schisme depuis un an, avait désapprouvé la décision du patriarche de Moscou de ne plus commémorer depuis le 3 novembre dernier l’archevêque d’Athènes dans ses diptyques. Il avait déclaré à ce sujet : « Je considère inacceptable la position du patriarche de Moscou. On ne cesse pas la commémoration d’un autre primat parce qu’on est en désaccord avec sa position. Ce n’est que lorsqu’il devient hérétique que l’on cesse la communion avec lui. Et ce que je sais, c’est que ni le patriarche œcuménique, ni l’archevêque d’Athènes, sont hérétiques ».

A l’heure actuelle, la question est de savoir qui sera le prochain à reconnaître la nouvelle Eglise d’Ukraine. En ce qui concerne le Proche-Orient et pour l’heure, le Patriarcat de Jérusalem n’a rien dit. En revanche, le Patriarcat grec-orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient dont le siège est à Damas en Syrie, ne devrait pas adopter une position différente de celle du Patriarcat de Moscou sur la question de l’autocéphalie ukrainienne, suppute le site d’information orthodoxie.com.

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