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Chypre se prépare à recevoir le Pape en décembre

Christophe Lafontaine
8 novembre 2021
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Chypre se prépare à recevoir le Pape en décembre

Le Pape se rendra à Chypre dans moins d’un mois. Pour le vicaire patriarcal de Chypre au sein du Patriarcat latin de Jérusalem, le père Jerzy Kraj, ce voyage devrait être pastoral, œcuménique et tourné vers les migrants.


Début décembre, le pape François sera accueilli à Chypre. La population de l’île est d’environ 900 000 habitants et presque tous sont orthodoxes. Les catholiques sont très minoritaires. La communauté latine compte 25 000 fidèles dont environ 10 % seulement sont Chypriotes. Les 90% autres sont des migrants, des travailleurs, des réfugiés. Les maronites seraient deux à quatre fois plus nombreux.

Comment l’Eglise catholique de Chypre se prépare-t-elle à recevoir le Pape ?

Le pape François sera le deuxième pape à se rendre à Chypre, 11 ans après que le pape Benoît XVI a effectué sa première visite en tant que successeur de Pierre sur l’île en juin 2010. Ce n’est que vendredi 5 novembre que le Vatican a annoncé officiellement à la communauté chypriote la bonne nouvelle. Mais nous avons appris la nouvelle en juillet et nous avons commencé à nous préparer. Ce n’est que maintenant que nous commençons à faire un pas plus sérieux. Tout d’abord spirituellement et aussi concrètement pour accueillir le Pape avec grande joie, du 2 au 4 décembre comme l’a annoncé le Vatican.

Nous avons composé une prière dédiée à saint Barnabé, saint patron de l’île, dans laquelle par son intercession nous exprimons la joie d’être chrétiens et dans laquelle nous demandons au Pape une consolation dans notre foi. « Réconfortons-nous les uns les autres dans la foi », c’est le message important que nous avons choisi comme devise pour la visite papale : en témoigne le logo qui a été dessiné pour l’occasion où nous voyons par ailleurs le Saint Père et saint Barnabé.Les initiatives en termes de préparatifs seront surtout liées aux dimanches des quatre prochaines semaines qui nous séparent de la venue du Pape. C’est là que nous réciterons la prière à saint Barnabé.

Nous avons d’autre part décidé de consacrer chaque dimanche à une réflexion liée au voyage du Pape. La première réflexion partira de la lettre pastorale que Mgr Pierbattista Pizzaballa, le patriarche latin de Jérusalem, a écrite pour tout le diocèse en communion de pensée avec la communauté de Chypre. La lettre sera donc lue et également distribuée aux fidèles du diocèse afin qu’ils puissent commenter et vivre cet esprit de synodalité que nous avons commencé sur l’île, le 30 septembre dernier, avec l’Eglise maronite.

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Bien sûr, nos groupes paroissiaux devront s’entraîner à chanter pour la messe qui se déroulera dans le grand stade de Nicosie, le 3 décembre à 10h30. Nous avons d’ailleurs déjà commencé à préparer les listes de participants pour la messe ouverte à tous les catholiques.

Les maronites et les latins seront-ils ensemble aux commandes des préparatifs ?

Effectivement, nous parlons ici d’une Eglise catholique qui est composée de deux communautés : la communauté latine et la communauté maronite. Nous essayons donc d’organiser ensemble les prières et les programmes afin de pouvoir vivre aussi ce temps de communion entre nous. Il est important de souligner que pour la préparation de la messe pontificale – liturgie, chants, musique – des commissions ont été composées par les membres des deux communautés catholiques de Chypre.

Pour mémoire, la communauté catholique de Chypre n’est pas homogène. On y retrouve la petite communauté chypriote latine, la communauté maronite, qui est libanaise, et dont beaucoup de ses membres résident ici depuis des générations. II y a aussi beaucoup d’étrangers qui travaillent à Chypre, qui sont ici à la recherche de revenus pour leurs familles. Ils sont Philippins, Indiens, Sri Lankais, ou même Européens…. La liturgie pour la messe du Pape sera ainsi en latin, en grec, et un peu en anglais.

Connaissez-vous les grandes lignes du programme du Pape à Chypre ?

Il est certain, comme l’indique la devise que nous avons proposée, qu’il s’agira d’une visite pastorale, œcuménique et de soutien, de compassion envers Chypre pour son importante activité en faveur des migrants qui cherchent un avenir meilleur.

Dans le programme en tant que tel, est d’abord prévue une rencontre avec l’Eglise catholique locale, qui aura lieu dans l’Eglise maronite de Nicosie, avec les religieux et les religieuses, les groupes d’Eglise qui sont engagés dans des activités pastorales et caritatives.

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Une réunion dans l’Eglise latine de la Sainte-Croix aura un aspect plus œcuménique et sera surtout axé sur l’activité pour les migrants autour de prières avec et pour eux, ainsi que de témoignages qui seront un signe de l’engagement de l’Eglise locale à leur égard. Il ne faut pas oublier que Chypre est le premier pays d’Europe où, par habitant, nous avons le plus grand nombre de migrants.

Comment l’Eglise orthodoxe appréhende-t-elle la visite du pape François ?

L’Eglise orthodoxe est évidemment concernée et a accepté cette visite. Le Pape rencontrera également le Saint-Synode des métropolites de l’Eglise grecque-orthodoxe de Chypre. Il rendra visite à son primat, l’archevêque Chrysostome II, et priera dans la nouvelle cathédrale Saint-Barnabé, dédiée au saint patron de l’île consacrée le 11 juin dernier.

Quelles sont les attentes de la communauté catholique et de la communauté orthodoxe par rapport à la division de l’île et au patrimoine religieux au nord ?

Comme on le sait, l’invitation est partie du Président de la république de Chypre lorsqu’il a rendu visite au Pape fin 2019 pour célébrer le 60e anniversaire de l’indépendance du pays (1960-2020). Le Pape a accepté cette invitation, qui a ensuite été reconfirmée par l’Eglise orthodoxe, via la lettre de l’archevêque Chrysostome II. Le gouvernement coopère pleinement, de même que les communautés et la hiérarchie de l’Eglise orthodoxe.

Je pense que tous veulent que Chypre devienne plus visible en Europe grâce à la visite du Pape. Le problème de la division entre la République de Chypre, membre de l’Union européenne, et l’autoproclamée République turque de Chypre du Nord, se trouve au sein de la communauté européenne et c’est auprès d’elle que les Chypriotes espèrent avoir un soutien. Face à cette réalité douloureuse, ils espèrent obtenir également de la communauté internationale un soutien fort à la cause de la réunification, une plus grande protection de l’héritage culturel et religieux dans le nord de l’île. Le Pape ne touchera certainement pas aux aspects politiques, mais étant dans ce petit pays, je pense aussi que dans ce contexte de périphérie, d’une petite communauté catholique, d’un pays pas très grand, le Pape voudra exprimer sa solidarité avec cette population, sans faire de distinction. Il lancera certainement un message positif, un message d’espoir, un message de dialogue et j’espère aussi de réconciliation.

Comme vous l’avez précédemment souligné, la question des migrants à Chypre, située aux portes de l’Orient, sera aussi évoquée.

Nous savons que la messe au stade de Nicosie sera célébrée en l’honneur de saint François-Xavier, ce qui représente certainement un aspect missionnaire, un aspect d’ouverture à d’autres cultures. Nous le pensons, mais c’est une question à laquelle je ne peux pas répondre, car il est trop tôt et nous ne sommes pas non plus informés des sujets que le Pape veut aborder.

Il est certain que le point d’orgue, qui sera le moment de conclusion du voyage à Chypre, aura lieu dans l’Eglise de la Sainte-Croix avec des représentants de migrants et de la Caritas. Caritas Chypre, qui travaille en première ligne pour aider des milliers de réfugiés, de demandeurs d’asile, de personnes qui viennent ici (plusieurs illégalement), en passant par la Turquie ou par la mer.

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Nous sommes ici convaincus qu’il s’agira d’un message très fort, un message qui sera à nouveau un appel à la solidarité, adressé à la communauté non seulement locale, mais aussi européenne et internationale, avec des personnes qui, pour des raisons de pauvreté, de persécution aussi, sont chassées ou forcées de quitter leur pays à la recherche d’un avenir meilleur. C’est certainement pour moi un signe très fort et je crois que pour le Pape, le voyage à Chypre a aussi ce but, en plus de la visite pastorale à la communauté latine, petite, mais forte, car riche de la foi de migrants et de travailleurs étrangers.

Comme je l’ai dit, la visite du Pape se conclura par un dialogue avec les migrants et par une prière commune œcuménique, d’espérance et d’engagement de la part de l’Eglise locale et de l’Eglise universelle pour aider ceux qui sont vraiment dans le besoin.

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