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La Suisse restitue à Chypre une icône disparue en 1974

Christophe Lafontaine
15 juillet 2022
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La Suisse restitue à Chypre une icône disparue en 1974
Le ministre chypriote des Transports (à gauche) a remis à Chrysostome II, primat de l’Eglise orthodoxe de Chypre une icône du XVe siècle volée en 1974 au nord de l’île © Eglise orthodoxe de Chypre © Press and Information Office/PIO

Huit ans après sa saisie par les autorités zurichoises, une icône vieille de 500 ans du « Christ pantocrator sur son trône » qui avait disparu en 1974, a été restituée à l’Eglise orthodoxe de Chypre.


Volatilisée en 1974, lors de l’invasion turque de Chypre, une icône du XVe siècle ou du début du XVIe siècle vient de retourner sur son île d’origine, a fait savoir l’Eglise orthodoxe de Chypre dans un communiqué daté du 13 juillet.

Jusqu’en août 1974, l’icône du « Christ pantocrator sur son trône » qui représente le Christ dans son corps glorieux, faisait partie, selon le département des Antiquités de Chypre, d’une iconostase en bois – un mur d’icônes à trois portes – qui appartenait à une église byzantine située dans le nord de l’île. Il s’agit de l’église du Christ Antiphonitis (qui signifie « Christ qui répond »), à Kalograia (Bahçeli en turc) dans le district côtier de Kyrenia, située au nord de l’île et sous le contrôle de facto de la République turque de Chypre du Nord. 

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L’église fut bâtie au VIIe siècle, puis reconstruite au XIIe siècle lorsque l’intérieur de l’église a été orné de fresques de style byzantin. Elle a été ensuite agrandie au XVe siècle à l’époque où l’île était encore contrôlée par les rois Lusignan (1192-1489). Son célèbre dôme reposant sur huit piliers, fait de cette église, la seule du genre à Chypre à être parvenue jusqu’à nos jours.

L’iconostase a été supprimée après 1975. Fresques, icônes et décorations en bois sculptées ont été en grande partie pillées et vendues sur le marché international de l’art. Certaines icônes ont été malgré tout retrouvées chez un collectionneur privé aux Pays-Bas.

Une aventure judiciaire par-delà les frontières

Le Gouvernement chypriote avait alors engagé une action en justice pour obtenir leur restitution. Quatre d’entre elles ont été rapatriées en septembre 2013. Une icône de l’église montrant la Vierge Marie et datant du XVe siècle, qui avait été localisée à Athènes en Grèce, est, elle aussi, retournée à Chypre, en 1998.

Pour ce qui concerne l’icône du Christ pantocrator, elle a ressurgi 40 ans après sa disparition quand sa propriétaire qui l’avait reçue en héritage, décida de la vendre aux enchères à Zurich en Suisse. Parce qu’elle ignorait tout de son origine, elle n’a commis aucun délit.

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L’icône a finalement été confisquée en septembre 2014 par le parquet de Zurich à la suite d’une dénonciation des autorités policières chypriotes, qui avaient repéré sur Internet l’annonce de la vente aux enchères et ont ainsi immédiatement après contacté la maison de vente.

La restitution est intervenue sur la base des accords européens d’entraide judiciaire, de la convention de l’Unesco et des accords bilatéraux entre la Suisse et Chypre. Un accord a été conclu entre l’ancienne propriétaire de l’icône et l’Eglise grecque-orthodoxe de Chypre concernant les modalités de sa restitution.

Plus de 20 000 icônes volées après 1974

Le rapatriement a eu lieu le 7 juillet ont fait savoir la police cantonale zurichoise et le parquet zurichois.  Mais l’icône a été officiellement présentée le 12 juillet par le ministre chypriote des Transports et des Communications en charge du dossier, à l’archevêque de Chypre Chrysostomos II, primat de l’Eglise orthodoxe de l’île. Dans son communiqué, l’Eglise a déclaré que pour l’heure, l’icône serait transférée au « Musée de Chypre » à Nicosie.

Elle fait partie des innombrables icônes, fresques, panneaux de bois sculptés, et mosaïques qui furent volés dans les églises de Chypre lors de l’offensive militaire des forces armées turques il y a 40 ans et qui a occasionné la partition de l’île entre principalement des Chypriotes grecs-orthodoxes dans le sud et des Chypriotes turcs musulmans au nord.

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Depuis des décennies, l’Eglise orthodoxe de Chypre en partenariat avec le département des Antiquités chypriotes, les services juridiques et la police chypriotes ainsi que la police dans chaque état où se trouve un artéfact volé, tente de retrouver de nombreux objets d’art religieux volés dans des centaines d’églises et de monastères abandonnés dans le nord de l’île et qui ont été vendus à l’étranger.

On estime qu’après 1974, plus de 20 000 icônes et des dizaines de fresques ont été prises dans les églises du nord de Chypre. Néanmoins, le ministre des Transports a déclaré qu’il y avait « un objectif de renforcer le Département des Antiquités avec du personnel spécialisé, en créant ainsi un groupe spécial qui traite du sujet », a fait savoir le communiqué de l’Eglise de Chypre.