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Contempler Jérusalem depuis le 8e arrondissement parisien

Cécile Lemoine
23 avril 2021
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Contempler Jérusalem depuis le 8e arrondissement parisien
Exposé dans le showroom de la boutique Oscar de la Renta, le tableau illustre l'arrivée d’un diplomate français à Jérusalem ©Cécile Lemoine/TSM

Dissimulée derrière un mur, une incroyable toile du XVIIe siècle représentant Jérusalem a été découverte lors de travaux dans un immeuble parisien à l’été 2018. Si elle sert désormais d'écrin à une boutique de luxe, elle n’a pas fini de livrer tous ses secrets…


Terre Sainte Magazine accompagne votre confinement ! Parce qu’un peu de Jérusalem se cache partout en France, on vous raconte ce patrimoine souvent inconnu et actuellement inaccessible.


Ce n’est pas le hasard qui amène les passants dans la confidentielle boutique parisienne du luxueux Oscar de la Renta. Si c’est souvent l’achat d’une robe de soirée griffée de la maison de haute-couture, c’est aussi l’envie d’admirer le trésor qu’elle recèle : une toile monumentale représentant une visite officielle dans la Jérusalem du XVIIe siècle. Majestueuse, elle trône, au milieu des robes de soirées, dans le showroom du premier étage, encore tout auréolée du mystère de sa découverte, il y a tout juste deux ans.

Été 2018. Les travaux vont bon train dans un bel hôtel particulier de la rue de Marignan, perpendiculaire à la très chic avenue Montaigne, en plein quartier de la mode. Les ouvriers s’attaquent au plafond suspendu de ce qui était l’ancien open-space d’une maison de courtage d’assurance. L’architecte l’a jugé sans âme. Il doit être démoli.

Les délais sont serrés. Alex Bolen, le patron de la maison de haute-couture américaine Oscar de la Renta, compte bien ouvrir sa boutique parisienne d’ici janvier. Tout doit être prêt pour la saison des défilés. C’était sans compter sur un événement inattendu.

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À mesure que les morceaux du faux plafond s’écrasent sur le sol, de curieux assemblages de bois sombre se dévoilent. Bientôt, c’est tout un ensemble lambrissé qui refait surface : 29 caissons parsemés de différents sceaux héraldiques, et un diamant central. La découverte étonne bien que, l’immeuble datant du XIXe siècle, elle ne soit pas si surprenante.

Dômes et minarets

Les choses deviennent véritablement intéressantes lorsque les ouvriers, en abattant un des murs latéraux, ont une nouvelle surprise. Un tableau, noirci et encrassé par le temps, apparaît derrière les débris. Ses dimensions laissent le chantier pantois. Avec ses 6m de long sur 3m de haut, la toile s’étale sur tout un mur. Malgré sa noirceur elle laisse transparaître quelques détails. Au premier plan, un rassemblement de personnages et de cavaliers habillés de fastueuses tenues. En guise de décor, une ville, ceinte de remparts, déploie ses dômes et ses minarets…

Les artisans du chantier réalisent l’ampleur de leur découverte. « Tout, dans cette mise au jour, est exceptionnel, s’extasie encore le restaurateur Benoît Janson, dont l’entreprise, Nouvelle Tendance, a été sélectionnée pour la rénovation de la toile et du plafond. C’est le genre de chose qui n’arrive jamais. En quarante ans de métier je n’avais jamais rien vécu de tel. »

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Arrivé d’urgence en France, Alex Bolen met le chantier en pause. Les deux experts qu’il mandate font une première estimation. Il s’agirait du portrait équestre d’un ambassadeur de Louis XIV, arrivant devant Jérusalem. Marouflée contre le mur, l’huile sur toile daterait de 1674 et n’est pas signée.

Dans l’univers du luxe, c’est à qui aura l’expérience-client la plus exceptionnelle et la plus authentique. Ce trésor, dont l’énigme semble tout droit sortie d’un roman de Dan Brown, donnera, sans l’ombre d’un doute, du cachet à son magasin. Alex Bolen négocie avec les propriétaires des murs. Oscar de la Renta prendra en charge les frais de restauration, en échange de la jouissance du tableau pendant au moins 10 ans. La petite équipe du restaurateur Benoît Janson peut se mettre au travail. Il faut ôter la crasse et alléger le vernis qui s’est oxydé. D’anciens repeints, grossiers et maladroits, sont supprimés et retravaillés. Six mois sont nécessaires afin que la toile retrouve son éclat d’antan. « On s’est régalés », savoure l’artisan.

Une série de quatre toiles

À mesure que la restauration avance, les interrogations se multiplient. Comment cette toile s’est-elle retrouvée collée au mur de cet immeuble parisien du 8e ? Quelle est son histoire ? Pourquoi a-t-on voulu la dissimuler derrière une cloison ? Qui en est l’auteur ? Une enquête d’Histoire de l’Art commence. [À suivre…]

Découvrez la suite de l’article dans le prochain numéro (n°673 Mai-Juin 2021)

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