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Un chrétien blessé dans une attaque de colons à Eïn Arik

Marie-Armelle Beaulieu
29 janvier 2026
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Le village d'Eïn Arik vu depuis la paroisse latine. ©MAB/CTS

Le père Firas Abedrabbo, curé de la paroisse latine de l’Annonciation à Eïn Arik, rapporte l’attaque de colons contre des villageois qui ont blessé un de ses paroissiens. Les chrétiens des villages de la Palestine sont inquiets de cette escalade de violence et d’accaparement de leurs terres.


Mardi 27 janvier 2026, un chrétien a été victime d’une agression physique, alors qu’il se rendait avec des amis sur un terrain leur appartenant, dans le village d’Eïn Arik. C’est le père Firas Abedrabbo, curé de la paroisse latine de l’Annonciation qui a diffusé l’information auprès de journalistes.  « L’un des membres chrétiens de notre paroisse, M. Nuzhat Shahin, a été violemment agressé physiquement par un groupe de colons israéliens », rapporte le père Firas.

« Un groupe de colons israéliens est apparu soudainement, certains armés, d’autres munis de bâton. Ils ont commencé à forcer les Palestiniens à quitter les lieux ». Aux injonctions — « Partez d’ici » — un des Palestiniens répondit : « C’est ma terre ». « C’est notre terre, pas la vôtre. Partez d’ici » rétorquèrent les colons.

Alors que les Palestiniens se retiraient « afin d’éviter toute escalade », « les colons les ont frappés à coups de bâtons, et M. Nuzhat Shahin a reçu un violent coup dans le dos », précise le curé.

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Cette attaque est la deuxième blessant des chrétiens palestiniens en l’espace d’une semaine, après une agression survenue à Birzeit. Celle-ci avait entraîné « une blessure à la tête de la mère, l’arrestation d’un fils pour s’être défendu, ainsi que l’enlèvement de deux autres membres de la famille, sévèrement battus puis abandonnés à l’entrée du village » rappelle le père Firas.
À Eïn Arik, il s’agit toutefois d’« une première attaque physique de ce type à l’intérieur des limites de notre paroisse », un seuil qui, selon le père Firas, « indique clairement que la situation sécuritaire se détériore et devient de plus en plus dangereuse ».

L’incident filmé depuis une caméra de sécurité →

Le curé replace ces faits dans un contexte plus large. « Bien que des colons soient présents dans la zone depuis plusieurs mois, et qu’un individu armé soit entré à plusieurs reprises dans le village, Eïn Arik était jusqu’ici un village calme, sans confrontations », écrit-il. Mais la situation a changé avec l’arrivée récente d’un colon qui a commencé « à ouvrir de force une route à travers les terres du village, pour relier une colonie existante à un nouvel avant-poste de l’autre côté ». À la population locale, cet homme aurait affirmé agir avec une autorisation « légale » donnée par son rabbin au nom de la loi de la Torah, « déclarant explicitement que la loi religieuse prime sur la loi civile et étatique ».

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Les auteurs de l’agression sont décrits comme « de jeunes hommes âgés de 17 à 22 ou 23 ans », appartenant à un groupe « avec lequel tout dialogue ou toute tentative de compréhension est extrêmement difficile, voire impossible », tant ils semblent « imprégnés de haine, de rancœur et d’idéologie extrémiste » note encore le père Firas.
Comme lors d’incidents précédents, le prêtre constate qu’« aucune mesure dissuasive efficace ni intervention significative n’a été enregistrée, en particulier de la part des autorités israéliennes », laissant ces colons agir « en toute impunité ».

Pour le curé d’Eïn Arik, « ce qui s’est produit n’est pas un incident isolé, mais fait partie d’un schéma inquiétant qui menace la sécurité des personnes, leur dignité et leur droit fondamental à vivre sur leur terre et en sécurité ». Ces propos résonnent avec la multiplication des attaques de colons documentées en Cisjordanie tout au long du mois de janvier 2026, dans un climat de radicalisation croissante.

Un ancrage chrétien ancien

Le village d’Eïn Arik se situe à environ six kilomètres à l’ouest de Ramallah, en Cisjordanie centrale.

Le village est souvent cité comme un exemple local de coexistence entre majorité musulmane et minorité chrétienne. Une tradition orale locale raconte même que le village aurait été fondé par deux amis, l’un musulman et l’autre chrétien, ancêtres des deux communautés actuelles.

Aujourd’hui, environ 500 chrétiens vivent à Ein Arik, soit un petit tiers de la population (1700 habitants) répartis entre orthodoxes et catholiques latins, ces derniers étant environ 200. La paroisse latine de l’Annonciation fut érigée à la fin du XIXe siècle. L’église orthodoxe est plus ancienne.
« Nous sommes des gens du pays, des chrétiens indigènes », souligne le père Firas interrogé par Terre Sainte Magazine.

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L’école catholique du Patriarcat latin, fondée en 1858, scolarise les enfants jusqu’en sixième et demeure un pilier de la vie sociale, éducative et interreligieuse du village. Depuis quelques années, Eïn Arik est aussi devenu un centre d’accueil de l’aumônerie des jeunes du Patriarcat latin en Palestine, « Mawtin Yessoua », la Patrie de Jésus.

C’est précisément ce qui inquiète aujourd’hui le curé : « C’est important que ce soit un lieu sûr pour les accueillir. Mais avec les attaques des colons, on se demande si c’est encore sécurisé, pour les chrétiens et pour les jeunes qui viennent ici faire des camps ».
Entouré de plusieurs colonies situées à deux ou trois kilomètres, et confronté à l’installation de colons sur ses collines, Ein Arik voit ainsi son équilibre historique mis à rude épreuve, dans un contexte où la violence n’épargne pas les communautés chrétiennes de Cisjordanie.

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