L’antenne jérusalémite de Caritas Internationalis, bras social de l’Église catholique, s’efforce de soutenir, en Cisjordanie occupée comme à Gaza, les populations les plus vulnérables.
Hassan s’agite, dans son jogging noir et gris, sur le terrain de football dessiné au sol par l’appareil vidéoprojecteur fixé au plafond. Un petit bond en arrière, un autre en avant : frénétique, il tente d’attraper le ballon virtuel, sur un fond sonore apaisant. Face à lui, Ansar, psychothérapeute, veille, dans la lumière tamisée, à la coordination des mouvements du garçon de 8 ans, atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.
Il est 10 h ce jeudi matin, et la séance vient à peine de commencer pour Hassan, dans la salle sensorielle aménagée à l’été 2024, au rez-de-chaussée du centre Caritas de Taybeh. Chaque semaine, depuis neuf mois, cet aîné de fratrie, originaire du village de Deir Jarir, à 2 km plus au nord, apprend à apprivoiser ses sensations, à son propre rythme, dans un environnement apaisant. “Nous sommes la seule structure à proposer ce type d’accompagnement aux enfants dans toute la Cisjordanie”, confie fièrement Fadia Owis, consultante médicale au sein du centre accolé à l’église de la paroisse catholique, qui lui a fait don du bâtiment.

Face à toutes difficultés…
Le soutien aux personnes souffrant de troubles psychologiques, de la communication ou du langage, repose désormais sur deux psychothérapeutes et un orthophoniste, qui accompagnent principalement des mineurs. “Nous avons répondu à l’appel des écoles, qui dénonçaient la vulnérabilité croissante des enfants dans le contexte actuel de violences”, explique Fadia, avant d’énumérer les agressions qui perturbent leur développement : raids quasi quotidiens de l’armée israélienne et des colons, checkpoints omniprésents, effondrement de l’économie palestinienne, qui appauvrit les familles et prive les enfants d’une scolarité stable, les écoles publiques étant désormais incapables d’ouvrir cinq jours par semaine.
“En tant qu’organisation chrétienne, nous répondons simplement à notre foi en prenant soin de l’être humain”, explique Harout Bedrossian, responsable de la collecte de fonds et des rapports de Caritas-Jérusalem, pour résumer le mandat. “Nous mettons l’amour en pratique”, conclut-il, en référence au slogan de Caritas Internationalis — (Love in action) — basée au Vatican. Les services proposés à Taybeh s’intègrent ainsi à un portefeuille d’actions déjà dense, déployé à partir de la Ville dite “sainte” depuis 1967, au lendemain de la guerre des Six-Jours. Ses 170 employés, répartis entre Jérusalem — où se concentrent les fonctions de direction — la Cisjordanie occupée et Gaza, articulent leurs actions autour de trois piliers inspirés de la doctrine sociale de l’Église : assistance sanitaire, développement communautaire et cohésion sociale.

“Toute personne qui a besoin d’aide peut venir frapper à notre porte : les jeunes, les personnes marginalisées, les malades”, décrit Harout, en traçant ainsi le contour des bénéficiaires de Caritas. Cette philosophie guide les équipes sur le terrain, qui disent inscrire leur action dans l’esprit du pape François. Celui-ci avait rappelé qu’“une Église sans charité ne saurait exister”, avant de présenter Caritas comme “l’institution d’amour de l’Église”.
Les consultations s’adaptent ainsi aux moyens de chacun. “La plupart de nos patients ne peuvent pas payer”, confirme le docteur Riyad Muaddi, médecin généraliste au sein du centre de Taybeh depuis son ouverture en 1997. Les soins généralistes et spécialisés, assurés au premier étage par des équipes permanentes ou ponctuelles, sont gratuits pour les enfants de moins de cinq ans. Les autres patients du centre — qui couvre une zone d’environ 50 km2 au sein du gouvernorat de Ramallah, incluant des communautés bédouines — paient en général moins de 5 shekels (1, 30 €) la visite.
…et pour tous les âges
Outre les enfants, Caritas accompagne aussi les personnes âgées, parmi les populations palestiniennes les plus vulnérables. “L’Autorité palestinienne ne prévoit pas vraiment de système de retraite, donc quand vous quittez le marché de l’emploi, vous pouvez vous retrouver sans soutien”, explique Nadine Bahbah, responsable de la communication. “Nous avons ouvert un centre de jour à Ramallah, où nous distribuons des repas chauds, et où nous proposons des activités de rééducation, y compris à domicile, pour les personnes ne pouvant plus se déplacer”, décrit-elle.
Les femmes constituent également une part importante des bénéficiaires des projets de développement communautaire de Caritas en Cisjordanie, au travers de formations destinées à renforcer leur résilience et leur autonomisation. “Nous avons un centre à Ramallah, où nous formons des femmes, principalement issues des zones les plus conservatrices, à différents savoir-faire”, décrit Nadine.

“Nous aidons toute personne dans le besoin, sans distinction”, insiste de son côté Harout. Cette prise en charge se fait en effet sans aucune distinction de religion, conformément au principe humanitaire d’impartialité. Malgré la croix du logo qu’arborent les équipes de l’organisation sur leurs uniformes et leurs véhicules, la majorité des bénéficiaires ne sont pas catholiques, dans une région largement arabo-musulmane. “Les populations ont besoin d’un soutien, et nous sommes là pour le proposer. Au fond, nous sommes tous Palestiniens, que nous soyons chrétiens ou musulmans”, rappelle le docteur Muaddi.
Ce principe vaut aussi pour le personnel. “À Gaza, la grande majorité de nos équipes sont musulmanes, mais elles portent toutes l’uniforme de Caritas avec fierté”, souligne Harout. “Travailler pour Caritas, c’est défendre l’idée que, qui que vous soyez, si vous êtes dans le besoin, nous ferons tout pour vous aider”, confirme fièrement Jamil Khoury, qui travaille au sein du département Santé et Urgences de l’organisation catholique. “Au travers de nos activités, nous œuvrons aussi pour préserver la présence chrétienne en Terre Sainte”, reconnaît Harout, inquiet du nombre croissant de départs au sein de cette communauté. “Ils ne sont pas forcément plus vulnérables que les autres, mais ils affrontent les mêmes difficultés, la même violence. Alors, beaucoup choisissent de partir”, constate-t-il.
Et surtout les enfants
Cette violence, Caritas-Jérusalem l’a vécue de plein fouet dans la bande de Gaza, où la majorité de ses effectifs — une centaine de salariés au total — sont déployés autour de dix cliniques mobiles. Depuis l’offensive israélienne d’octobre 2023, elles se déplacent au gré de la situation sécuritaire et des besoins sur le terrain. “Nos équipes sont locales, donc elles ont pu continuer à travailler pendant la guerre, en vivant au même rythme que les populations, dont elles partagent les épreuves”, décrit Harout. Beaucoup ont perdu des proches, et ont été déplacées plusieurs fois. “Nous avons même dû installer des cliniques sous tente, comme à Rafah, avec des défis logistiques considérables”, ajoute-t-il.
Si les équipes gazaouies ont continué à assurer soins primaires, distributions alimentaires et transferts monétaires dans l’enclave, leur activité reste entravée. Malgré le cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas en octobre 2025, l’aide humanitaire demeure largement bloquée à la frontière. Parmi les centaines de camions en attente se distingue un véhicule Mitsubishi blanc, enfermé jusqu’à ce jour dans une cage de verre à Bethléem. Offert au pape François par Mahmoud Abbas lors de sa visite de 2014, il a ensuite été confié aux franciscains, puis remis à Caritas, pour être transformé en clinique mobile destinée aux enfants blessés, sous-alimentés ou privés d’accès aux soins à Gaza.
“Après deux ans d’immenses destructions à Gaza, nous accomplissons l’un des derniers vœux du pape François”, affirmait le 25 novembre, devant l’église de la Nativité, Alistair Dutton, secrétaire général de Caritas Internationalis, lors de l’inauguration du “véhicule de l’espoir”. Le pape avait régulièrement alerté sur la situation à Gaza jusqu’à sa mort, en avril 2025. Privés d’accès stable à l’eau, à la nourriture ou aux soins, les enfants de l’enclave demeurent les premières victimes de la guerre : d’après un rapport des autorités sanitaires de Gaza, publié par Reuters en octobre 2025, ils représentent près de 30 % des victimes.
Dans ce paysage humanitaire profondément bouleversé, les équipes de Caritas poursuivent leurs efforts, animées par une même volonté de soulager la souffrance et raviver l’espérance. “Face à tant de détresse, nous ne pouvons pas rester silencieux”, conclut Harout.
Service d’Eglise
La Caritas n’est pas une ONG comme une autre, c’est un service d’Église attaché au patriarcat latin de Jérusalem.
Elle est membre de la Coordination des Organisations catholiques d’Aide (CCAO) en Terre Sainte et a été créée conformément à la décision pastorale n°6, adoptée à l’issue du synode diocésain de l’Église catholique en Terre Sainte en l’an 2000.
Pour en savoir plus : www.caritasjr.org

