Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été – TSM 702

Marie-Armelle Beaulieu
8 mars 2026
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
©Luana

Le titre de ce billet est d’Albert Camus. Je le trouve magnifique. Je ne lis pas Camus. J’en ai lu au lycée ce que les cours exigeaient et rien depuis. J’ai découvert cette phrase grâce à Grégoire. Grégoire est neurologue. Je l’ai contacté au lendemain du mercredi de carême en vue d’écrire ce billet. Je lui demandais s’il existait une maladie réversible dont les symptômes s’apparentaient à ceux que l’on voit chez les malades d’Alzheimer. Quand les malades oublient la belle personne qu’ils/elles ont été, les relations exceptionnelles que l’on a eues avec eux. Quand elles oublient la complicité et la tendresse, quand leur raffinement et leur subtilité a cédé la place à l’agressivité et à la vulgarité. Je voulais que Grégoire me trouve une maladie qui soit réversible, pour laisser de la place au retour.

Alzheimer touche le lobe temporal, m’a-t-il expliqué. Mais il existe une hypersensibilité du lobe frontal. Elle entraîne irritabilité et colère au point de mettre à rude épreuve les relations et rendre les interactions sociales difficiles. Ça semblait coller à mon attente. Mais sauf traumatisme crânien ou tumeur, c’est aussi une maladie dégénérative. Ça ne m’arrangeait pas.

Tout ça à cause d’une question qui m’a été posée : « Mais vraiment tu aimes encore les Israéliens ? » Ce jour-là j’avais répondu sans hésitation « oui ». Quand j’ai lu que le ministre Bezalel Smotrich a déclaré que le prochain gouvernement devrait « encourager la migration » des Palestiniens de Cisjordanie et que personne ne bronche ni en Israël ni ailleurs, je me suis posé la question : « Mais vraiment tu aimes encore les Israéliens ? ». Et je me suis dit que je les aimais comme une amante aime encore son amant quand elle le perd par morceaux, emporté par le mal qui le ronge.

J’expliquais ça à Grégoire et mon désir de trouver une maladie réversible. Parce que je ne veux pas d’une fin inéluctable. Alors mon neurologue préféré m’a parlé de la gentillesse et conseillé d’écouter les propos du psychothérapeute belge Jean Van Hemelrijck. Il parle de la gentillesse et de la bienveillance comme des formes de résistance à la brutalité. Il convoque avec la gentillesse, la bienveillance, l’empathie, le respect, la générosité, la patience.  C’est lui qui cite Camus et cette autre phrase : « La lucidité face au monde ou à la brutalité du monde ne doit pas nous mener au désespoir mais à une révolte active et à une persévérance de l’humanité. » Voilà, nous y sommes « Au milieu de l’hiver, découvrir en soi un invincible été ». Le mien a un nom. J’écris au lendemain du mercredi des cendres, vous me lirez à quelques jours de Pâques. Vous l’avez, le nom ?

Sur le même sujet