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Rabbi Menachem Froman, le rabbin qui cherche à comprendre les Palestiniens

Andrea Krogmann
30 novembre 2011
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Rabbi Menachem Froman, le rabbin qui cherche à comprendre les Palestiniens
amitiés improbables Le rabbin Menachem Froman, colon israélien avec son ami Ibrahim Abou El-Hawa défenseur du droit des Palestiniens à vivre sur leur terre. © Eliyahu McLean

C’est un rabbin orthodoxe aux idées pas très orthodoxes. C’est un colon israélien qui parle de vivre en Palestine. Le rabbin Menachem Froman, est, à 66 ans, un électron libre et, qui sait, un prophète ?


« Les idées de Froman sont un coup de poignard dans le dos de notre mouvement ! » La réaction de cette femme, habitante d’une colonie, quant à son éminent voisin est directe et franche. Pour le rabbin orthodoxe et colon lui-même, Menachem Froman, la religion est une clef pour la paix entre Israéliens et Palestiniens. C’est pourquoi il n’hésite pas à s’asseoir avec les chefs du Hamas ou à déclarer sa solidarité aux Palestiniens lorsque ces derniers lancent leur campagne pour la reconnaissance à l’ONU.
« Une des valeurs principales de la religion est l’ouverture à la parole de Dieu », déclare Menachem Froman, « et je sens que le plan de Dieu pour cette région est que nous, les Juifs, soyons une minorité. » En tant que « colon de la première heure », le rabbin surprend avec ses paroles pour le moins inhabituelles. L’homme de 65 ans considère avec un doux sourire le fait que la plupart de ses voisins sont peu enthousiastes de son ouverture vers les Arabes.
Menachem Froman n’entre pas dans les cases habituelles du conflit israélo-palestinien. Dans les années 70, il fut l’un des cofondateurs du mouvement national-religieux de colons le Gusch Emunim (Bloc de la Foi). Plus tard, il a initié Eretz Shalom (pays de paix), une association de colons qui œuvre pour une cohabitation paisible entre Israéliens et Palestiniens.

Un air de prophète

Comme colon, Froman a été évacué du Sinaï et de Gaza. Aujourd’hui il vit à Tekoa, à deux pas de Jérusalem et de Bethléem, entouré de voisins qui, pour la plupart, sympathisent avec les mouvements national-religieux des colons.
« Tout compte fait, Tekoa me va bien », plaisante Froman qui reprend lentement des forces après à une opération d’urgence subie cet été. Selon la tradition biblique, le prophète Amos venait d’ici : « un des prophètes les plus socialistes et un des combattants les plus fondamentalistes de ‘l’arrogance hébraïque’ – certes il n’a pas toujours été couvert de succès, du coup il me reste encore pas mal de travail ».
Son mauvais état de santé n’empêche pas le rabbin de s’acquitter de ce qu’il considère être son devoir : « Il faut que je travaille pour la paix, et donc pour Dieu ». Alors que des colons radicaux attaquaient récemment deux mosquées en Cisjordanie, il s’est rendu dans un des villages en se positionnant résolument contre ces actions. Peu avant le début officiel de la campagne palestinienne pour une reconnaissance de la Palestine en tant que membre de l’ONU, il a rencontré le président palestinien Mahmoud Abbas pour l’assurer de son soutien pour la reconnaissance de la Palestine en tant qu’État indépendant – dans les frontières de 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale.

« Si nous avons la paix et un État à nous, avec Jérusalem comme capitale, nous devons faire en sorte que les Palestiniens le reçoivent également. Tout ce qui nous est donné par Dieu, nous devons essayer d’en faire également profiter nos voisins. »

Les principes de Froman sont clairs. Il est dit dans la Bible : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Ce que Froman traduit : « Si nous avons la paix et un État à nous, avec Jérusalem comme capitale, nous devons faire en sorte que les Palestiniens le reçoivent également. Tout ce qui nous est donné par Dieu, nous devons essayer d’en faire également profiter nos voisins. »
Ce rabbin insolite ne manque pas d’assurance dans sa mission de paix, malgré les critiques qui fusent de ses propres rangs. Il prodigue généreusement ses conseils à tous ceux qui sont concernés par le conflit, « même s’ils ne sont pas toujours écoutés ». Dernièrement, il aurait fait deux suggestions à Benjamin Netanyahu alors que ce dernier devait prendre la parole à Washington, et toutes deux auraient été prises en compte par le Premier ministre israélien lors de son discours devant le Congrès américain – « même si ce n’était pas aussi clair que ce que je lui avais dit. »
La « prise en charge de la minorité par la majorité » est pour Froman le « critère d’une société démocratique – et religieuse, parce que la Bible est remplie de commandements demandant d’avoir de bonnes intentions à l’égard de l’étranger ». Pour le rabbin il est évident qu’inversement les colons juifs ont le droit à l’existence dans un État palestinien : pour le premier État arabe démocratique, le critère serait « l’acceptation de la minorité juive à l’intérieur des frontières de l’État ». La plupart des Palestiniens, dit Froman, « savent très bien que 20 % de Juifs leur seraient d’une plus grande aide pour leur État que n’importe quelle déclaration de Barack Obama ». La minorité juive serait garante d’un niveau de vie meilleur que celui des autres pays de la région – « parce les Juifs n’accepteraient pas des situations comme en Libye ou en Syrie ».
Mais au fond – insiste le rabbin qui en 2008 avait élaboré une ébauche d’armistice entre Israël et le Hamas avec un journaliste proche du Hamas – la grande politique est sans intérêt pour lui : « cela m’est égal de savoir de quel côté de la ligne verte je me trouve et si c’est l’armée israélienne ou palestinienne qui s’occupe de ma sécurité : je suis citoyen du royaume de Dieu, où il importe peu de savoir qui est le Premier ministre ! »

Dernière mise à jour: 31/12/2023 20:50

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