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La mer de Galilée prend l’eau… et c’est un exploit

Marie-Armelle Beaulieu
2 mars 2026
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L’Autorité de l’eau et la compagnie nationale des eaux Mekorot se préparent à augmenter le débit d’eau dessalée pompée depuis les usines de dessalement d’Ashkelon et de Rishon Lezion vers le lac, dans le nord d’Israël, le 27 février 2026 ©Ayal Margolin/Flash90

La saison des pluies ne remplit pas ses promesses, aussi faut-il compenser en déversant dans le lac de l’eau dessalé. Une première à cette échelle.


À mi-parcours de la saison des pluies, l’Autorité israélienne de l’eau a d’ores et déjà estimé que le niveau du lac de Galilée ne sera pas suffisant.

« Le niveau du lac n’a augmenté que de 30 centimètres pendant la saison des pluies actuelle, rapporte le Times of Israël, bien loin des 1,6 mètre d’une saison moyenne ».

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L’Autorité de l’eau a donc annoncé une augmentation significative des volumes d’eau dessalée transférés vers le lac. Une opération déjà réalisée en octobre. Israël était devenu « le premier pays au monde à remplir un lac d’eau douce avec de l’eau dessalée, en y déversant 1 000 mètres cubes par heure » d’après la même source. L’objectif est désormais d’augmenter le volume d’eau injecté à 4 000 à 6 000 m³ par heure.

L’objectif est non seulement de stabiliser le niveau du lac de Tibériade, mais aussi de sécuriser l’approvisionnement en eau du pays.

Le lac de Galilée, situé dans la vallée du Jourdain au nord-est d’Israël, se trouve à 213 mètres sous le niveau de la mer. Il est le lac d’eau douce le plus bas du monde. Alimenté par les pluies et les neiges de Haute-Galilée et du Golan, il a longtemps constitué la principale réserve stratégique du pays. Pendant des décennies, il fournissait près d’un quart de l’eau consommée en Israël.

Jauge de niveau d’eau sur la plage d’Eïn Gev, dans le nord d’Israël, le 15 janvier 2026. © Michael Giladi/Flash90

La situation a changé. Les années de sécheresse ont fait baisser son niveau. Parallèlement, la construction d’usines de dessalement sur la côte méditerranéenne a transformé le paysage hydrique du pays. Aujourd’hui, le lac ne représente plus que 2 à 13 % de la consommation nationale. Son niveau est contrôlé chaque jour. Lorsque la cote descend sous les seuils fixés, le pompage est interdit afin de protéger l’écosystème et la qualité de l’eau.

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Tandis que les hivers se succèdent sans faire ruisseler l’eau tant attendue, l’Autorité israélienne a achevé la préparation d’un projet qu’elle a élaboré : l’inversion du flux du transporteur national d’eau. Depuis les années 1960, le National Water Carrier acheminait l’eau du nord vers le centre et le sud du pays. Désormais, le nouveau réseau permet d’acheminer de l’eau dessalée produite sur la côte vers le lac de Galilée. L’eau ne descend plus seulement du lac vers les villes. Elle peut aussi y remonter.

Cette évolution met fin à une époque où le lac était au cœur des tensions régionales. Dans les années 1960, la question de l’eau avait nourri des affrontements entre Israël et la Syrie, épisode parfois qualifié de « guerre de l’eau ». Aujourd’hui, l’enjeu n’est plus l’accès à la ressource naturelle, mais la gestion d’un système intégré mêlant nature, technologie et coopération régionale.

Le lac, autrefois source quasi unique, est devenu réservoir de stockage pour l’eau produite par dessalement.

Un lieu évangélique majeur

Pour les pèlerins chrétiens, le lac de Galilée ne se réduit pas à une infrastructure hydraulique. Il est le théâtre d’une part essentielle de l’Évangile. C’est sur ses rives que Jésus appelle ses premiers disciples. C’est là qu’il enseigne, qu’il apaise la tempête et qu’il marche sur les eaux. Autour de Capharnaüm, du Mont des Béatitudes ou de Tabgha, les groupes se succèdent chaque année.

Le Kinneret, la lyre en référence à saforme, reste un paysage spirituel. Le voir se remplir grâce à l’eau dessalée venue de la mer Méditerranée dit quelque chose du temps présent. La technologie soutient un site chargé de mémoire. Le lac demeure à la fois ressource vitale pour le pays et lieu de silence pour ceux qui viennent y prier.

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