Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

Une reine dans l’ombre de Marie

D’après Amichay Schwartz (1)
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
Escalier de lumière À gauche, en remontant, on voit l'entrée du tombeau de la reine Mélisende, si proche de celui de Marie. ©MAB/CTS

Un article récemment publié dans le journal de l’Institut d’archéologie de l’université de Tel Aviv, éclaire la tradition selon laquelle le tombeau de Mélisende se trouve dans la vallée du Cédron.


Quand les pèlerins descendent le grand escalier qui mène au tombeau de Marie, la Dormition dans la vallée du Cédron, ils regardent presque toujours droit devant eux. Leur but est avant tout de rejoindre la crypte où la tradition situe la sépulture de la Vierge. Pourtant, sur la droite de l’escalier, se cache une petite chapelle que beaucoup ne remarquent pas. D’après la tradition, elle abriterait la tombe de Mélisende, reine de Jérusalem au XIIᵉ siècle.

Après le conflit qui l’opposa à son fils Baudouin III, Mélisende s’éloigna du pouvoir mais pas de Jérusalem où elle mourut en 1161.

Lire aussi Les fouilles ont commencé aux abords des tombes croisées du Saint-Sépulcre !21 janvier 2024

Alors que les rois croisés reposaient au Saint-Sépulcre, une tradition a voulu que certaines femmes de la famille royale soient enterrées près de la tombe de Marie. La mère de Mélisende, la reine Morphia, y aurait elle aussi trouvé sa sépulture. Le choix du lieu n’était pas seulement spirituel. Il exprimait aussi un langage symbolique : Marie est la reine du ciel. Elle accueillerait Mélisende qui avait été la reine de la Jérusalem terrestre.

Une chapelle dans l’escalier

Guillaume de Tyr décrit la tombe avec précision. Derrière une grille de fer reposait le sarcophage de Mélisende. À côté se trouvait un autel où un prêtre célébrait chaque jour la messe pour le repos de son âme. Le sarcophage lui-même a disparu depuis longtemps. Les derniers témoignages de voyageurs qui disent l’avoir vu remontent au XVe siècle.

Mais un détail intrigue encore les chercheurs : sous l’autel actuel se trouve une grande dalle de marbre de taille humaine. Elle pourrait marquer l’endroit exact où le corps de la reine fut déposé. Si cette hypothèse est juste, Mélisende reposerait toujours sous les pas des visiteurs.

Une tombe et un autel – Dans l’arcosolium un tableau représente la mort de Mélisende et devant se trouve un petit autel où étaient célébrées des messes à sa mémoire.©MAB/CTS

La petite chapelle conserve aussi des traces discrètes de ceux qui l’ont construite. Sur l’un des blocs de pierre de l’arc intérieur apparaît une marque gravée : un simple “V” horizontal. C’est une signature de tailleur de pierre croisé. Au Moyen Âge ces marques servaient à identifier le travail des artisans. Elles permettaient de compter les blocs taillés et ainsi de payer les ouvriers. Dans les monuments francs de Jérusalem, ces signes sont fréquents. Mais les repérer dans la chapelle de Mélisende rappelle que ce lieu est l’un des rares vestiges encore visibles de l’architecture du royaume latin.

Lire aussi  

Un dernier détail attire l’attention : une niche creusée dans le mur oriental de la chapelle. Elle ressemble à un arcosolium, une forme de tombe monumentale en arc. Pourtant, les dimensions sont trop petites pour avoir accueilli un sarcophage. Les chercheurs pensent aujourd’hui qu’elle servait plutôt d’autel pour les messes célébrées en mémoire de la reine.

Un symbole pour les pèlerins

La position de la chapelle ne doit rien au hasard. Elle se trouve exactement à droite de l’escalier, là où passent tous les pèlerins qui descendent vers la tombe de Marie. Cette localisation reprend une idée très répandue au Moyen Âge : placer les tombes près du passage afin que les fidèles puissent prier pour les morts. Ainsi, chaque visiteur devenait, sans toujours le savoir, un intercesseur pour la reine défunte.

Huit siècles plus tard, le rituel continue d’une certaine manière. Les pèlerins descendent toujours les marches du sanctuaire. La plupart passent devant la petite chapelle sans la voir.

Pourtant, derrière ses pierres sculptées et ses marques d’artisans, elle conserve l’un des derniers témoignages matériels de la Jérusalem des Croisés — et peut-être le lieu où repose encore sa plus célèbre reine.t

  1. Amichay Schwartz
    (26 Jan 2026) : The Burial Chapel of Melisende, Queen of the Kingdom of Jerusalem :
    A Reexamination, Tel Aviv, DOI : 10.1080/03 34 43 55 2026.2609 317

Les reines de Jérusalem

Le Royaume latin de Jérusalem connut plusieurs souveraines. Leur pouvoir passe souvent par l’héritage dynastique.

  • Mélisende de Jérusalem (1131-1153), Jérusalem
  • Sibylle de Jérusalem (1186-1190), Jérusalem puis Acre
  • Isabelle Ire de Jérusalem (1190-1205), Tyr et Acre
  • Marie de Montferrat (1205-1212), Acre
  • Isabelle II de Jérusalem (1212-1228), Acre
  • Marie d’Antioche (1268-1277), Acre (titre revendiqué)
    Après la perte de Jérusalem en 1187, la capitale du royaume se déplace vers les villes côtières, surtout Acre.
Sur le même sujet