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De Rosh Hashana à Kippour, Israël au rythme du pardon

Rédaction
18 septembre 2026
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Près d’un bassin en plastique contenant des poissons des juifs de Jérusalem accomplissent le rituel du Tachlikh. ©Chaim Goldberg/Flash90

On les appelle Yamim Noraïm, les jours redoutables. Il s’agit des dix jours entre le nouvel an juif et le jour de Kippour. Des jours d’introspection, de prières, des jours pour demander pardon. Comment et à qui ?


L’histoire ne dit pas si Bertrand Delanoë approuve, mais chaque année, la fontaine qu’il a fait offrir par la ville de Paris à Jérusalem est le théâtre d’une bien étrange cérémonie.  Des dizaines de juifs entourent le bassin pour le geste pénitentiel de tashlikh. Une coutume enjointe dans le livre de Michée « Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés » (Mi 7, 19).

Dans la tradition juive en effet, l’après-midi du nouvel an juif, commencent 10 jours de pénitence qui auront leur sommet avec le jour de Kippour, le grand pardon. Cette année, du 20 septembre au soir au 21 au coucher du soleil.

Dix jours consacrés à l’examen de conscience, au repentir et à la réparation et qui sont de plus en plus visibles dans l’espace public, des vêtements blancs des pénitents aux embouteillages aux abords de la vieille ville tandis que des milliers de juifs se rendent sur l’esplanade du Mur occidental pour accomplir des prières.

Des juifs prient pour obtenir le pardon lors des prières des Selichot au Mur occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 17 septembre 2026, à l’approche de la fête juive de Yom Kippour. © Chaim Goldberg/Flash90

Ces Yamim Noraïm, jours redoutables, articulent trois aspects : la teshouva, le retour ; la tefila, la prière ; et la tsedaka, le don charitable, dont le sens dépasse l’aumône pour rejoindre l’idée de justice. Ils s’accompagnent de trois traditions.

Les selichot – littéralement les « pardons » – sont un ensemble de supplications, de confessions et de poèmes liturgiques. La demande de pardon est adressée à Dieu.
À Jérusalem, ce qui fut une prière discrète est devenu un phénomène populaire. La Fondation du Mur occidental a programmé cette année dix-neuf grands rassemblements. Des dizaines de milliers de fidèles convergent vers le Kotel pour les veillées principales.


Tashlikh est un des gestes les plus accessibles à l’observateur. Le nom vient du verbe impératif du verset de Michée : « Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés » (Mi 7, 19). Le premier après-midi de Rosh Hashana — ou le second lorsque le premier tombe un shabbat, comme cette année — les fidèles se rendent près d’un point d’eau et récitent des prières. Certains secouent les pans de leur vêtement ou vident symboliquement leurs poches. Le geste veut donner corps au désir de rupture avec le mal.

En l’absence de mer ou de rivière, on se rassemble autour d’une source, d’un bassin, d’un réservoir ou d’un simple récipient.

Square de Paris, Kikar Paris en hébreu, sous les fenêtres du bureau de TSM, des juifs accomplissent le rite de tashlikh dans la fontaine offerte par Bertrand Delanoë. ©Hadas Parush/Flash90

Lire aussi → Le rite des Kapparot: une tradition juive qui bat de l’aile

À l’approche de Kippour, un autre rite se remarque dans les quartiers ultra-orthodoxes : les kapparot, les expiations. Le fidèle fait tourner trois fois au-dessus de sa tête un poulet vivant, en récitant une formule qui évoque symboliquement le sort de l’animal et celui de l’être humain. Le poulet est ensuite abattu selon les règles rituelles et sa viande, ou sa valeur, donnée aux pauvres.
La pratique est ancienne, mais elle n’a jamais fait l’unanimité dans le judaïsme. Des autorités rabbiniques l’ont critiquée au cours des siècles, soit parce qu’elles y voyaient une coutume étrangère, soit parce qu’elle pouvait laisser croire à un transfert automatique de la faute. Aujourd’hui, la souffrance animale et les conditions sanitaires alimentent également la contestation.

Un juif ultra-orthodoxe accomplit la cérémonie des Kaparot dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim, à Jérusalem, le 16 septembre 2026. © Yonatan Sindel/Flash90.


Cette année, treize municipalités – un nombre grandissant chaque année – ont annoncé qu’elles n’autoriseraient pas les cérémonies de kapparot avec des poulets vivants sur leur territoire.

La cause animale étant sensible en Israël, les pratiquants préfèrent accomplir les kapparot avec une somme d’argent, éventuellement tournée au-dessus de la tête, remise à une œuvre charitable.

Tous les gestes doivent être accompagnés d’un repentir sincère qui doit conduire à la conscience de la fragilité de la vie, à la compassion et à la charité.

La cérémonie traditionnelle des « Malkot » dans une synagogue du quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim, à Jérusalem. © Chaim Goldberg/Flash90

Certains courants ultra-orthodoxes, la veille de kippour, ajoute un autre geste, moins connu, les malkot, ou « coups ». Le fidèle s’incline et prie tandis qu’un autre lui donne trente-neuf coups à l’aide d’une lanière de cuir.

Des gestes à caractère pénitentiel, c’est le seul qui se pratique uniquement dans les synagogues.

Enfin, et lui aussi moins visible vient le jeûne. Le plus important est celui de 25 heures, le jour de kippour.

Les adultes en bonne santé s’abstiennent de manger et de boire. La tradition énumère cinq privations : manger et boire, se laver pour le plaisir, s’enduire de parfums ou de lotions, porter des chaussures de cuir et avoir des relations conjugales.

Au fil de ces jours, les rites peuvent surprendre et pris isolément, ils risquent d’être vus ou vécus comme un folklore.

Mais la demande de pardon pour être agréée par Dieu – et la personne offensée – doit s’accompagner de plusieurs démarches : reconnaître son tort ; restituer ce qui a été volé ou réparer le dommage ; demander pardon à la personne lésée ; prendre la résolution de ne pas recommencer.

Si les demandes de pardon sont souvent adressées à la famille, aux amis, aux collègues et aux membres de la communauté, elles ne sont pas censées s’arrêter aux frontières de la seule communauté juive… dans le contexte actuel, combien de juifs s’en souviennent ?

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