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Juifs et Arabes travaillent côte à côte dans les hôpitaux d’Israël : une expérience à défendre

Giulia Ceccutti
25 octobre 2026
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L’ONG The Abraham Initiatives en est profondément convaincue. Elle propose des lignes directrices pour désamorcer les tensions, la méfiance et les soupçons qui ont aussi gagné le personnel soignant après le 7 octobre 2023.


En Israël, les hôpitaux et les établissements de soins constituent des espaces de travail partagés, où des professionnels juifs et arabes — médecins, infirmiers, personnels administratifs et techniciens — travaillent côte à côte plusieurs heures par jour, souvent dans des conditions éprouvantes.

Récemment, The Abraham Initiatives — organisation mixte dont nous avons déjà présenté le travail en faveur de l’égalité des droits des citoyens palestiniens d’Israël — a adressé aux directions des hôpitaux de tout le pays, et rendu publique, une proposition de lignes directrices nationales en dix points visant à prévenir et à combattre le racisme et les tensions dans le secteur de la santé.

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Les hôpitaux, peut-on y lire, « ne sont pas seulement des lieux de soins ; ils comptent parmi les espaces de travail partagés les plus importants d’Israël, où des professionnels arabes et juifs travaillent ensemble sous une forte pression et où la confiance influe directement sur le bien-être du personnel, le travail d’équipe et la prise en charge des patients ».

Ces lignes directrices ont donc pour objectif d’« aider les hôpitaux à dépasser la simple gestion des épisodes de tension isolés et à mettre en place des dispositifs cohérents qui protègent les employés et garantissent que le système de santé demeure un espace sûr et équitable pour tous ».

La façade de l’hôpital Rambam à Haïfa, sur la côte nord d’Israël. ©Yossi Aloni/Flash90

L’initiative de The Abraham Initiatives s’inscrit dans un contexte plus large. En août, par exemple, une vive polémique a agité l’opinion publique israélienne à la suite d’un épisode survenu au centre hospitalier Rambam de Haïfa. Les proches d’un soldat juif blessé au Liban avaient accusé le personnel arabe de l’hôpital d’avoir maltraité leur parent, en ne lui prodiguant pas des soins suffisamment rapides et adaptés.

Ces accusations ont immédiatement été relayées par des responsables politiques d’extrême droite, dont le ministre Itamar Ben Gvir, qui ont demandé l’ouverture d’une enquête. Les députés arabes ont répliqué que cet incident constituait un nouvel exemple du racisme répandu à l’encontre des Arabes israéliens dans le secteur de la santé. La polémique s’est ensuite rapidement propagée sur les réseaux sociaux.

Après une enquête interne, l’hôpital Rambam a rejeté toutes les accusations, affirmant que le militaire avait bénéficié d’une prise en charge appropriée.

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Selon The Abraham Initiatives, cet épisode a révélé des tensions plus profondes : les employés arabes ont reproché à l’hôpital de ne pas les avoir défendus publiquement, tandis que des responsables du secteur de la santé et des juristes arabes ont souligné que les réactions politiques ébranlaient la confiance dans l’ensemble du système de santé. Nous en avons parlé, lors d’un entretien en visioconférence, avec Yana Neumann, directrice du programme Shared Workplaces (« Espaces de travail partagés »), qui conseille depuis quinze ans des institutions et des organisations sur leur fonctionnement.

Madame Neumann, dans quel contexte s’inscrit le programme Shared Workplaces de The Abraham Initiatives ?

Il faut rappeler qu’en Israël, comme on le sait, certains lieux de travail sont partagés : ils emploient à la fois des Juifs et des Arabes. Le secteur de la santé est précisément l’un de ces espaces, dans lequel environ 40 % des employés sont arabes. Selon nous, les deux communautés ne doivent pas seulement être représentées sur les lieux de travail : ceux-ci doivent aussi être gérés sur un pied d’égalité et dans un esprit de coopération. Ils devraient intégrer les valeurs d’une société partagée et constituer ainsi un exemple, un modèle de ce qui pourrait également exister dans le reste d’Israël.

Dans le secteur de la santé israélien, quelles professions comptent la plus forte proportion de travailleurs arabes palestiniens ?

Environ 25 % des médecins sont arabes. Les Palestiniens représentent 60 % des infirmiers et 49 % des pharmaciens. La proportion d’Arabes est également élevée parmi les dentistes. En outre, environ 50 % des personnes qui obtiennent aujourd’hui une nouvelle autorisation d’exercer la médecine sont issues de la communauté arabe.

Pourquoi avez-vous décidé de lancer ce programme ? Existe-t-il un lien avec l’épisode survenu à l’hôpital Rambam ?

Non, en réalité, le programme Shared Workplaces a commencé il y a plusieurs années. Lorsque j’ai rejoint The Abraham Initiatives, quelques mois s’étaient déjà écoulés depuis le massacre du 7 octobre 2023 et le début de la guerre à Gaza. Dans le secteur de la santé — qui était jusque-là un milieu résolument inclusif —, nous avons commencé à constater, de plus en plus fréquemment, des manifestations de peur, d’hostilité et, parfois, de véritables persécutions à l’encontre des employés arabes. Notre organisation a donc décidé d’examiner de plus près ce qui se passait et de mener des recherches pour, d’une part, « prendre le pouls de la situation » et, d’autre part, comprendre comment empêcher que les hostilités entre employés juifs et arabes ne se reproduisent lors d’une violente recrudescence du conflit israélo-palestinien.

L’une des tables rondes réunissant des professionnels de santé et des responsables publics pour élaborer et présenter les lignes directrices de The Abraham Initiatives. © Courtoisie de The Abraham Initiatives

Comment avez-vous organisé ce travail ?

Nous avons d’abord recueilli de nombreuses données, conçu une étude, puis publié ses résultats. Cette recherche a été menée de manière approfondie, à plusieurs niveaux et selon différentes perspectives. Elle a associé des Juifs et des Arabes à différentes périodes, car cette terrible guerre, qui dure malheureusement depuis trois ans, a connu plusieurs pics d’intensité. L’objectif était de comprendre ce qui se passait dans le secteur de la santé et de mettre des mots dessus. Jusqu’alors, le vocabulaire utilisé relevait uniquement de la diversité, de l’inclusion, de l’égalité, des politiques de lutte contre les discriminations et le racisme, ainsi que des compétences interculturelles. Toutes ces politiques sont très pertinentes, mais elles n’ont pas été conçues pour faire face à une situation aussi extrême que celle que nous vivons depuis le 7 octobre.

Ensuite, après de longues discussions, nous avons élaboré un véritable modèle qui, s’il est mis en œuvre, devrait, nous l’espérons, empêcher que se reproduisent les événements auxquels nous avons assisté à plusieurs reprises et garantir que notre système de santé demeure un environnement respectueux et sûr pour les Juifs comme pour les Arabes. En période de calme comme en période de crise.

Enfin, nous avons officiellement présenté notre modèle et ouvert un débat public. La conférence de présentation était prévue à la mi-juillet, mais elle a été reportée en raison d’une nouvelle attaque venant d’Iran. Elle s’est donc tenue à la mi-septembre.

Encore quelques questions. Qui avez-vous pu associer à la présentation officielle de l’étude et des recommandations en matière de politiques publiques ?

Des représentants du gouvernement, des dirigeants d’hôpitaux et d’établissements de santé ainsi que des professionnels du secteur ont participé à la conférence. Notre modèle a ensuite été envoyé, bien entendu, au directeur général du ministère de la Santé, aux directeurs généraux de tous les hôpitaux et aux organismes de gestion des soins de santé. En Israël, il existe quatre organismes indépendants qui assurent les soins et la couverture maladie ; les citoyens peuvent choisir l’une de ces quatre « caisses de santé » et sont libres de passer de l’une à l’autre — NDLR.

Cette présentation publique a été un moment très important, d’abord parce que je pense que la plupart des dirigeants de ces établissements et du ministère de la Santé sont juifs, ensuite parce que la question des tensions dans le secteur de la santé avait été officiellement mise de côté. Nous avons contribué à la remettre sur la table.

En effet, lorsque, après les premiers mois de guerre, les tensions — du moins celles qui étaient visibles — se sont atténuées et que la continuité de l’activité a été assurée, la position des directions hospitalières était la suivante : « Bon, maintenant tout va bien : regardez-nous, nous travaillons ensemble. Nous apportons notre aide dans cette situation incroyablement difficile et il n’est plus nécessaire d’aborder la question des relations entre Arabes et Juifs. Elle est réglée, ou du moins suffisamment pour nous permettre de travailler ensemble. »

Notre conférence a au contraire permis de réunir tout le monde et, en substance, de leur dire que, oui, du point de vue juif, tout semble globalement aller bien, mais que des fractures très graves se sont produites dans les relations entre Juifs et Arabes, concernant le sentiment de sécurité au travail, le sentiment d’appartenance et la capacité à travailler ensemble. Ce problème doit être traité : il faut comprendre ce qui se passe réellement « sous la surface », et il est essentiel d’agir maintenant que la situation est relativement plus calme.

Pourquoi est-il urgent d’agir maintenant ?

Parce que les élections législatives approchent et que les lignes directrices que nous avons proposées pourraient s’avérer très utiles pour prévenir les hostilités et favoriser un environnement de travail sûr et uni, même si, pour l’instant, la situation dans le reste d’Israël est évidemment très instable.

C’est précisément le moment, selon nous, de chercher à construire un partenariat stable entre Juifs et Arabes pour garantir non seulement la continuité, mais aussi la survie et le professionnalisme de notre système de santé, ainsi qu’un environnement sûr pour tous les employés, quelle que soit l’ampleur de la crise qui se déroule à l’extérieur.

Cette campagne s’adresse-t-elle aussi au grand public ?

Oui, sans aucun doute. Ce n’est pas un hasard si nous avons déployé des efforts considérables pour publier le plus possible d’articles et d’interventions dans les journaux, à la radio et sur les réseaux sociaux. Nous nous employons à sensibiliser l’opinion publique et à lui faire comprendre que le système de santé israélien pourrait constituer un exemple positif et un modèle pour le reste d’Israël : il est donc essentiel de le protéger et de consacrer des efforts à son amélioration.

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