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Une bibliothèque pour rapprocher les peuples à Jérusalem

Cécile Lemoine
6 avril 2021
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L' "Abu Tor Book Stop", une bibliothèque de rue pour favoriser la cohabitation dans un des rares quartiers multiculturel de Jérusalem ©Lauri Donahue

Le 12 avril prochain, le maire de Jérusalem inaugurera la première bibliothèque de rue trilingue lancée par l'association du quartier mixte d'Abu Tor pour stimuler la coexistence.


C’est un étrange abribus qui a poussé dans le parc du quartier méridional d’Abu Tor à Jérusalem. Ses étagères colorées et garnies de livres en hébreu, arabe et anglais annoncent la couleur : on ne s’y arrêtera pas pour prendre les transports en commun, mais pour s’y cultiver. L’ « Abu Tor Book Stop« , rejoindra officiellement le contingent des 14 autres bibliothèques de rue qui maillent la ville, lors de son inauguration par le maire de Jérusalem, le 12 avril prochain, mettant un point final à un projet dont l’histoire a débuté il y a quelques mois.

« À la fin de l’hiver 2020, le confinement a stoppé la campagne d’envoi de livres vers Gaza dont je faisais partie, raconte à Terre Sainte Magazine la réalisatrice Lauri Donahue, à l’origine du projet de bibliothèque. Je me suis retrouvée avec beaucoup de livres sur les bras, et me refusant à les jeter, j’ai décidé de les partager avec mon quartier. »

Des livres accessibles à tous

Sa passion pour les livres remonte à l’enfance. « J’étais une mécène très dévouée à la bibliothèque de la ville où j’ai grandi, en Californie. Partout où je vais, je visite les bibliothèques et les librairies », rit-elle. « Les livres ouvrent le champ des possibles. Ils offrent d’autres réalités, multiplient les savoirs et sont un puissant moyen d’empowerment (autonomisation). Il est essentiel de les rendre accessibles à tous« , affirme la réalisatrice avec conviction.

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Elle poste alors un message sur le groupe WhatsApp du quartier d’Abu Tor, où elle réside et commence par faire des livraisons avant de poser des caisses dans le parc pour que les gens viennent se servir directement. Une affichette explique les règles : n’importe qui peut donner des livres, et l’emprunt est conditionné à la mise à disposition de nouveaux livres. Les retours des habitants du quartier sont positifs. La bibliothèque grandit à mesure que de bonnes volontés ajoutent des étagères.

Rare quartier où Palestiniens et Israéliens vivent encore ensemble

Face au succès de l’initiative, elle contacte Good Neighbours, une association d’Abu Tor qui organise des activités interconfessionnelles. De ces échanges, naît le projet d’une bibliothèque de rue trilingue, avec des étagères pour les livres en hébreu, en arabe, en anglais, et pour les livres d’enfants. Une idée qui prend tout son sens dans l’environnement multiculturel et l’histoire géographique de ce quartier de Jérusalem. Jusqu’en 1967, la ligne verte qui divisait la ville en deux, traversait Abu Tor. C’est un des rares où Palestiniens et Israéliens vivent encore ensemble.

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« La bibliothèque est très importante pour la cohabitation : elle répond aux différents besoins et se concentre sur les mêmes intérêts pour une communauté mixte. C’est vraiment spécial et unique », déclare Suheir Irsheid, coordinatrice de Good Neighbours pour le secteur arabe à The Media Line. « La coexistence devrait bien se passer. Les habitants vivent dans la même rue. Ils doivent communiquer et interagir de manière positive les uns avec les autres », ajoute-t-elle.

La magie opère

Sur l’affichette où s’étale le nom de la librairie, voté par 80 habitants, la philosophie de la démarche prend corps dans des citations tirées des trois cultures. La citation en anglais est de William Shakespeare: « Viens, et choisis toute ma bibliothèque ». En hébreu, on peut lire une phrase de SY Agnon: « Alors que le monde d’une personne est sombre pour lui, il lit un livre et voit un autre monde. » La sélection arabe est d’Ahmed Shuqairi: « Deux choses vous rendront plus sage : les livres que vous lisez et les personnes que vous rencontrez. »

C’est la seule bibliothèque de rue, avec celle installée dans le quartier arabe de Beit Safafa, à ne pas être située dans un quartier juif. L’endroit est donc symbolique et stratégique, ce qui explique le déplacement du maire la semaine prochaine. Déjà, la magie opère. « Hier soir, j’étais à la bibliothèque pour l’installation des lumières, relate Lauri Donahue. J’y ai fait la rencontre d’un voisin nommé Bashir. Il est historien et a publié une quarantaine de livres. Nous avons parlé de la bibliothèque. C’est une conversation que je n’aurais pas eue si elle n’existait pas. »

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