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Jérusalem : pierres de la Mémoire

Michela Perathoner
1 mars 2011
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Jérusalem : pierres de la Mémoire

Réhabiliter, restaurer et conserver les habitations chrétiennes de la Vieille Ville de Jérusalem : “Jérusalem, pierres de la mémoire” est un vaste projet lancé par la Custodie de Terre Sainte pour préserver la présence de ceux qui en sont les pierres vivantes : les chrétiens locaux. Père Ibrahim Faltas, économe de la Custodie, explique ce qui pousse les franciscains à soutenir la présence chrétienne en ces lieux.

 

Père Ibrahim, combien la Custodie possède-t-elle de maisons dans la Vieille Ville ?

La Custodie de Terre Sainte possède à Jérusalem plus de 400 logements anciens en Vieille Ville, dont la majeure partie a besoin de restauration.

 

Pourquoi sont-elles mises à disposition des chrétiens ?

La custodie a acheté sa première maison à destination des chrétiens locaux en 1665. Ce n’est donc pas nouveau. Si nous poursuivons cette politique aujourd’hui c’est toujours pour les mêmes raisons : permettre aux chrétiens de rester dans la Vieille Ville de Jérusalem. Franciscains, nous sommes ici custodes des Lieux Saints, gardiens, mandatés par le pape ; or les Lieux Saints sans pierres vivantes, c’est-à-dire sans chrétiens locaux, deviendraient des musées. Je pense que la présence des chrétiens locaux est plus importante que les pierres.

Qu’est-ce qui pousse un chrétien à quitter Jérusalem et sa propre famille pour s’installer à l’étranger ?

Le problème des chrétiens locaux est que 90 % d’entre eux travaillent dans le secteur du tourisme – qui est quasi le seul créneau porteur – et quand ce secteur est un peu en crise, ou bien quand les pèlerins ne viennent plus, en été et au printemps par exemple (la majeure partie des pèlerinages ont lieu autour de Noël et de Pâques), ou dans des moments de crise politique ou de conflits, les chrétiens sans travail s’en vont. On l’a vu particulièrement durant la seconde Intifada, de 2000 à 2005, avec un effondrement important du tourisme, et les chrétiens sont partis d’ici, quittant les Villes Saintes de Nazareth, Bethléem et Jérusalem.

Comment peut-on éviter cette émigration ? Quelle est la contribution des franciscains ?

Avoir un toit tend à fixer les gens. C’est un souci de moins. Notre contribution, c’est de mettre des maisons à la disposition des gens, car les loyers sont excessivement élevés, ils sont d’environ 1 000 dollars par mois au minimum. Le plus souvent, les gens ne peuvent pas se le permettre. En rénovant notre patrimoine immobilier de la Vieille Ville, en continuant dans la mesure du possible à construire du neuf – en dehors des murs – non seulement nous fournissons des logements décents mais nous créons de l’emploi. Ainsi, grâce aux habitations et au travail, une communauté vivante continue de vivre à proximité des Lieux Saints.

 

Un vaste plan de rénovation des appartements est actuellement en cours. Où en est-il ?

Il reste énormément à faire. Pour le moment, une centaine de maisons ont été rénovées mais il en reste quelque 300. Il s’agit à chaque fois de tout mettre aux normes et surtout de combattre l’humidité. Paradoxalement, la vieille ville de Jérusalem souffre de l’humidité. Construite par couches successives, il existe ici ou là des poches qui retiennent l’eau qui s’infiltre partout par capillarité. Il faut aménager partout des systèmes d’aération efficaces, le plus souvent naturels, Cela entraîne de refaire systématiquement tous les murs et parfois les sols.

Les nouvelles générations auront-elles aussi la possibilité d’obtenir des logements de la Custodie ou faudra-t-il penser à d’autres solutions ?

Je ne saurais répondre, mais j’espère que nous réussirons à finir les travaux actuellement en cours et la réhabilitation de toutes les maisons le plus tôt possible, même si des problèmes de planning apparaissent souvent : c’est un travail long et complexe. Notre objectif reste quoi qu’il en soit de donner la possibilité au plus grand nombre d’obtenir une maison et un travail. Nous continuons d’acheter des terrains et en vue d’y construire de nouveaux logements. Mais à titre d’exemple. Pour les 70 appartements neufs que nous avons livrés en septembre 2010 nous avions plus de 1 000 dossiers de candidatures. Pour 70 familles heureuses, ce sont plus de mille déçues et qui doivent encore attendre. Les terrains sont très coûteux à Jérusalem, les permis de construire longs à obtenir et nous devons sans attendre d’être financièrement en capacité de construire. D’autant qu’il n’y a pas que Jérusalem mais aussi Jaffa où un projet de 127 appartements attend son financement et Nazareth, sachant que nous avons beaucoup fait déjà à Bethléem ces dernières années.

Comment ces travaux de restauration sont-ils financés ?

Nos financements proviennent d’aumônes des gens simples, de donations de privés qui veulent nous aider à soutenir les pierres vivantes de la Terre Sainte et de la Collecte pour les Lieux Saints du Vendredi saint. La Providence en somme.

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