Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Jaffa d’hier à aujourd’hui

Fanny Houvenaeghel
17 septembre 2012
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Jaffa, une des plus anciennes cités du monde, continue son processus de modernisation tout en essayant de préserver son patrimoine et garder son charme.

Dominant la mer à une quarantaine de mètres d’altitude, Jaffa s’impose comme vestige du temps à tous les visiteurs. Le port de Jaffa fut de tout temps la porte d’entrée principale à tous les pèlerins et voyageurs venus en Terre Sainte.

Selon une légende juive, sa fondation remonterait au Déluge : la ville aurait été édifiée par Japhet, le fils de Noé. Le Livre de Josué nous apprend par ailleurs que c’est l’une des villes qui fut donnée à la Tribu de Dan, l’une des douze tribus d’Israël1.

Pendant 4 000 ans, alors que Tel Aviv n’était encore que dunes, ce port était l’un des plus importants de la Méditerranée.

Selon le livre des Chroniques, c’est là qu’Hiram (roi de Tyr, situé dans l’actuel Liban) débarqua les précieux cèdres qui servirent à construire le Temple de Salomon2. Quatre siècles plus tard, le port fut de nouveau utilisé pour importer le bois destiné la construction du Second Temple3.

C’est aussi de ce port que le prophète Jonas, chargé par Dieu d’annoncer la destruction de Nivine, s’acquitta de cette mission dangereuse et s’enfuit en embarquant pour Tarsis avant d’être avalé par une baleine4.

L’histoire s’impose

Aujourd’hui le bâtiment le plus imposant sur la côte de Jaffa demeure le couvent franciscain. Son église, érigée une première fois en 1654, avait été détruite et reconstruite deux fois au XVIIIe siècle avant d’être définitivement rebâtie entre 1888 et 1894. L’édifice repose sur les ruines de l’ancienne citadelle médiévale construite par Godefroy de Bouillon et Louis IX. Certains vestiges sont d’ailleurs toujours en place, notamment à l’intérieur de la sacristie.

Avec sa façade de briques et son clocher, l’édifice est le plus grand et le plus caractéristique du vieux Jaffa. L’église est dédiée à saint Pierre et sa mission dans la ville (Actes des Apôtres, chapitre IX)

Non loin de là se trouve toujours la maison de Simon le Tanneur, où Pierre aurait logé après avoir ramené à la vie. Il reste encore dans la cour un sarcophage de pierre datant de l’époque de l’apôtre. Les musulmans utilisèrent ce dernier comme bassin à ablutions après la construction d’une mosquée sur le site en 1730.

En 1799, le général Kleber s’empara de Jaffa au cours de la campagne de Napoléon en Palestine. Ce dernier séjourna d’ailleurs dans le couvent franciscain. Suite au retrait des troupes, le nouveau gouverneur de la ville, Abou-el-Nabout, releva alors ses murailles et ses habitations. Au milieu du XIXe siècle, on estime à environ cinq mille habitants la population de la ville, composées d’Arabes musulmans, de chrétiens de différents rites (presque tous arabes aussi) et d’une centaine de juifs.

Rivalité avec Tel Aviv

Très vite après la fondation de Tel Aviv en 1910, des tensions apparurent entre les habitants des deux cités. Elles atteignirent leur sommet lors de la révolte Arabe de 1936, durant laquelle les Arabes déclarèrent la grève générale et fermèrent le port de Jaffa pendant 175 jours. En réponse et pour permettre la poursuite de l’immigration juive, les Juifs demandèrent à l’autorité britannique un permis pour construire un second port qui leur serait réservé. Une fois le permis délivré, les habitants se mirent à l’ouvrage et le nouveau port de Tel Aviv fut créé, faisant rapidement de l’ombre à son voisin.

En 1947, la population de Jaffa était de 100 000 habitants répartis comme tel : 52 000 Musulmans, 32 000 israélites et 16 000 Chrétiens. Un an après, la ville fut une fois de plus bouleversée. Jaffa fut presque entièrement détruite lors de combats de rue. Afin de contrer les attaques arabes, des commandos juifs firent des raids nocturnes dans les quartiers arabes qui furent désertés les uns après les autres. La ville fut conquise en mai 1948 et Jaffa devint un proche faubourg de Tel-Aviv.

Heureusement, un vaste plan de reconstruction fut conduit, Jaffa la Belle se releva de ses ruines et l’artisanat reprit peu à peu. Les orangeraies et les vergers tombés aux mains des Israéliens5 reverdirent, permettant ainsi la recrudescence de l’exportation des fameuses oranges de Jaffa (dont la culture commença au XVIIIe siècle).

Depuis, des travaux de rénovation et la réalisation de divers projets immobiliers ont transformé le vieux Jaffa en un quartier israélien branché, riche en galeries d’art, boutiques d’artisanat et cafés. Le quartier ancien d’Ajami abrite quantité de maisons ottomanes délabrées, qui cèdent les unes après les autres la place à des immeubles flambant neuf ou sont rachetés par des Juifs de Tel Aviv en quête d’un peu d’authenticité. Si cela a permis d’augmenter les revenus des Arabes vivant sur place, le fossé séparant riches et pauvres ne cesse de se creuser.

1. Livre de Josué, 19:46
2. Livre II des Chroniques, 2 : 16
3. Livre d’Esdras, 3 :7
4. Livre de Jonas, 1 :3
5. Voir à ce sujet le documentaire Jaffa, la mécanique de l’orange, d’Eyal Sivan.

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