Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Visite du surprenant musée Rockefeller

Marie-Armelle Beaulieu
1 juillet 2011
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Si le musée d’Israël est un des plus beaux musées au monde, la ville de Jérusalem recèle un autre trésor historique, archéologique et architectural : le musée Rockefeller inauguré en 1939 et où le temps semble s’être suspendu.

 

Sa tour hexagonale se dresse à l’aplomb de l’angle Nord Est de la Vieille Ville de Jérusalem. Elle est aujourd’hui perdue au milieu des arbres.

À la construction du musée, en 1930, la petite colline de Karm el-Sheikh était déserte à l’exception d’une maison, la plus ancienne construite en dehors des murailles de la ville, en 1711, par le Grand Mufti de Jérusalem Sheikh Mohammad al-Khalyly. D’autres maisons depuis avaient été construites à proximité, mais la grande propriété de la famille Khalyly avait gardé son cachet campagnard. Au début du XXe siècle, à plusieurs reprises, des juifs s’en portèrent acquéreurs, mais les descendants du Mufti ne voulurent pas s’en séparer jusqu’au moment où ils se laissèrent convaincre de vendre au gouvernement Britannique qui projetait d’y installer le Musée archéologique de Palestine.

Les plans furent confiés à un architecte britannique : Austen St. Barbe Harrison. Il avait 32 ans quand il fut nommé Architecte en chef du Département mandataire des travaux publics et 34 quand il s’attela aux plans du musée.

Un écrin méconnu

Aujourd’hui encore l’architecture de l’édifice apparaît d’une stupéfiante modernité. Harisson voulut délibérément combiner non seulement l’Orient et l’Occident, mais aussi réunir les époques byzantine et islamique, comme le Moyen âge et la Renaissance.

Inspiré par la Vieille Ville de Jérusalem, il alterna lignes droites et courbes, et joua sur les variations de hauteur des murs des ailes et de leurs contreforts. Les salles d’exposition ont été conçues pour ressembler à des cathédrales baignées de lumière naturelle, tandis que croisés et sarrasins se trouveraient à leur aise dans la bibliothèque aux voûtes magnifiques. La symétrie de l’ensemble, qui s’articule autour d’un bassin à ciel ouvert et à trois niveaux, reflète les élans modernistes de l’architecture des années 30.

Construits en pierres blanches de Jéricho et en béton, orné de bas-relief, de boiseries et de céramiques arméniennes, l’ensemble des bâtiments aurait dû être achevé en deux ans. C’était sans compter sur les découvertes archéologiques dès lors qu’on chercha à le fonder sur le roc, les difficultés d’acheminement des pierres de taille et l’insécurité politique consécutive aux événements politiques de l’année 1929. Finalement, il fut inauguré le 13 janvier 1938 en l’absence de l’architecte et du mécène, le millionnaire John D. Rockefeller Jr qui investit rien moins que deux millions de dollars américains, une fortune pour l’époque.

Fortune d’un nom

À ce prix, on dit qu’il exigea que le musée portât son nom. En fait, inauguré par les Britanniques, tombant sous la coupe jordanienne en 1948, il est depuis la conquête de la partie orientale de la ville par les Israéliens une dépendance du musée d’Israël à Jérusalem Ouest et on le rebaptisa du nom de son bienfaiteur et mécène.

Mais alors que son tuteur israélien est un des musées les plus modernes au monde, le musée Rockefeller est délicieusement suranné. On se croirait au musée du Caire. On y retrouve les mêmes vitrines sans protection électronique, les mêmes boiseries et si ce n’était le canapé de skaï bleu roi sorti tout droit des années 70, celles de la conquête israélienne, on croirait que rien n’a bougé depuis 1939. Et de fait, la comparaison avec les clichés de l’inauguration est flagrante : rien n’a bougé ou si peu.

Et c’est tant mieux tant l’ambiance qui y règne restitue, comme la collection, l’atmosphère d’une autre Jérusalem.

Une autre histoire de la Terre Sainte

Jérusalem, la cité trois fois sainte, trois fois millénaire. David en effet ne la conquit-il pas au Xe siècle avant notre ère ? Mais ce tournant, ô combien historique et décisif, ne saurait marquer l’âge de la cité ni du pays.

Précisemment, ce que propose le musée Rockfeller, c’est un plongeon deux millions d’années en arrière. Pas de fautes de frappe, vous avez bien lu. Jérusalem et la Terre Sainte ont un âge littéralement préhistorique.

On finirait par l’oublier à force de ne voir ce pays que par le prisme du conflit qui le torture. Mais, au néolithique, à Jérusalem, des hommes taillaient des outils dans de la pierre. Ce pays n’a pas l’âge du conflit mais l’âge de l’humanité ou presque.

De ce point de vue c’est un regard neuf que la collection du musée Rockefeller permet de poser sur cette terre. Avant le judaïsme, avant le christianisme, avant l’islam, des femmes se sont parées de bijoux, des artistes ont sculpté statues et amulettes, des potiers ont travaillé la terre, des enfants ont joué.

Il est possible que la ville se soit appelée Urušalimum, c’est ce que disent des textes égyptiens 1000 ans avant le roi David, 2000 ans avant Jésus-Christ.

Les cananéens ne sont pas qu’un peuple mentionné dans la Bible pour être vaincus par les Hébreux, mais un peuple présent sur cette terre 3000 ans avant Jésus-Christ, avec sa culture et sa civilisation d’une incroyable richesse.

La quasi totalité du patrimoine juif du musée ayant été déménagé à l’exception de pièces qu’on trouve à foison dans le pays, on fait un bond dans l’histoire d’une salle à l’autre pour se retrouver 1500 ans plus tard à la période byzantine, puis islamique, traversée par la période croisée pour finir au XVIIe siècle.

Quelques pièces majeures figurent au catalogue du musée comme des montants de bois  du VIIIe siècle de notre ère sortis tout droit de la mosquée El Aqsa et aussi une partie de la décoration du palais d’Hisham à Jéricho quand l’art islamique représentait encore des animaux et n’hésitait pas à sculpter des statues de personnages festoyant.

Pour les chrétiens, le musée Rockefeller possède un joyau méconnu, deux pièces exceptionnelles : les deux linteaux croisés de la façade du Saint-Sépulcre (voir page suivante). Ils sont là, dans un quasi anonymat. deux bas reliefs d’une grande beauté.

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