Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

Les portes du Saint-Sépulcre sont sorties de leurs gonds!

Marie-Armelle Beaulieu
20 février 2026
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
En début d'après-midi, le battant à droite de l'image avait été enlevé. © Adeeb Joudeh Alhusseini

Les deux battants de bois de la porte du Saint-Sépulcre ont été déposés hier jeudi en vue de leur restauration. Un événement pour des portes chargées d’histoire.


Les deux battants de bois de la porte du Saint-Sépulcre ont été déposés hier jeudi en vue de leur restauration. Un événement pour des portes chargées d’histoire.

Un événement peu banal s’est déroulé jeudi 19 février à l’entrée de la basilique du Saint-Sépulcre. Les portes médiévales de la basilique sont sorties de leurs gonds. Littéralement. Aidées en cela de l’équipe des ouvriers en charge du chantier de restauration du pavement de la basilique.

Profitant de leur présence et de leur matériel et alors que la porte montrait des signes de faiblesse, les Églises gardiennes de l’édifice ont décidé en concertation de les restaurer.

En attendant que les portes qui datent du XIIe siècle ne retrouvent leurs gonds, elles ont été remplacées par des portes sur lesquels pour faire illusion ont été collé les photos des portes originales.

La dernière fois que des soins auraient été apportés aux portes seraient en 1810 lors des restaurations entreprises par l’Eglise grecque-orthodoxes après l’incendie de la basilique.

Jeudi saint dans le calendrier grégorien, la porte fermée pour les pèlerins accueille les dévotions ©Custodie de Terre sainte

La plupart des pèlerins prêtent peu d’importance aux deux uniques portes de la basilique et tiennent pour normales de les trouver ouvertes. Ils ne remarquent pas nécessairement qu’elles ont des jumelles justes à côté, murées, comme le furent toutes les pores de la basilique croisée lors de la conquête de la ville en 1187 par Saladin.

Pour être certain que les chrétiens n’entreraient pas dans leur église sans payer de taxe, il fit aussi murer les fenêtres de la rotonde, plongeant dans l’obscurité un lieu bâti pour accueillir la lumière.

Ce que les pèlerins d’aujourd’hui ignorent, comme la plupart des guides, c’est que Saladin confia les clés à des familles musulmanes chargées de s’acquitter de ladite taxe[1].

Les récits de pèlerins regorgent de ces témoignages qui les décrivent devant la porte close de la basilique. Après un long voyage à pied et après avoir payé la taxe d’entrer dans la ville, ils étaient parfois sans la ressource nécessaire pour faire ouvrir les portes. Du reste, celles-ci n’ouvraient qu’une fois par jour, l’après midi vers 15 heures. Elles se refermaient sur les pèlerins qui n’étaient libérés que le lendemain matin.

La serrure installée par Saladin ©Custodie de Terre Sainte

C’est pour cette même raison que les religieux des différentes confessions choisirent, au début du XIVe siècle de se faire enfermer dans la basilique. Ainsi purent-ils assurer la prière dans l’église la plus importante de la chrétienté. C’est pour eux et leur ravitaillement qu’ont été aménagé des ouvertures dans le bois des portes.

Aujourd’hui, une seule sert encore quotidiennement pour la fameuse fermeture des portes à laquelle assistent régulièrement des groupes.

C’est par cette ouverture, dans le battant droit, que transite l’échelle qui sert à un descendant de la famille Nusseibeh à monter pour fermer la porte à clé, tandis qu’un descendant de la famille Joudeh récupère la fameuse clé. Ce sont les deux mêmes familles depuis 1246.

Depuis 1832, on doit à Mehemet Ali l’ouverture quotidienne des portes (et l’annulation de la taxe[2]).

Quand en 2018 pour protester contre l’offensive fiscale dont elles faisaient l’objet les Églises firent fermer les portes de la basilique du Saint-Sépulcre, on a vu les pèlerins empêchés d’entrer les toucher, les caresser, prier devant elles. Elles furent aussi tenues fermées durant le Covid et, à cette occasion, désinfectées à grandes eaux par les services municipaux.

Au grand dam des pèlerins, la basilique est également fermée la plus grande partie du Jeudi saint après la messe pontificale et jusqu’au Vendredi en fin de matinée après l’office de la Passion[3]

Âgées de plus de 800 ans, les portes de bois de la basilique avaient bien besoin de soins. Elles devraient garder leur cachet et les traces de l’histoire qu’elles ont traversé. Preuve en est, jeudi soir, sur les portes installées en remplacement, les Églises ont fait coller la photo des portes originales. Pour que ce témoin silencieux de l’histoire de Jérusalem ne nous manque pas de trop.


[1] CQFD : Les guides qui prétendent que la clé est dans les mains des musulmans parce que les Eglises ne s’entendent pas ne font étalage que de leur ignorance. Il n’en demeure pas moins que les Eglises – qui ont fait beaucoup de progrès en choisissant ensemble de conduire des vagues de restauration – ont encore des progrès à faire.

[2] Qui demeure néanmoins à d’autres occasions et que paient les 3 Églises majeures.

[3] Les portes ne sont ouvertes que pour laisser entrer les fidèles qui veulent assister aux (longs) offices.

Sur le même sujet
Le numéro en cours

 

Newsletter hebdomadaire