Le nombre d’heures d’enseignement religieux dans les écoles chrétiennes d’Israël et de Palestine a de quoi faire pâlir toutes les écoles catholiques de France et de Navarre. C’est que l’enseignement religieux est un pilier de l’éducation de ces écoles. Mais cet enseignement religieux est-il une transmission de la foi ?
De la première à la quatrième année [du CP au CM1 en France], en Palestine et à Jérusalem, nous avons trois cours de religion par semaine. De la cinquième à la neuvième [CM2 à la Troisième], c’est cinq. Et de la dixième jusqu’à la douzième [Seconde à la Terminale], à nouveau trois périodes par semaine.”
Une période a beau ne faire que 45 minutes, le décor est planté. Dans les écoles chrétiennes de Terre Sainte, la religion n’est pas une activité périphérique. Elle fait partie du cœur du projet éducatif.
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Cet ancrage plonge dans l’histoire même du diocèse. “En 1847, le patriarche Valerga avait deux priorités : le séminaire et l’école”, rappelle le père Yacoub Rafidi, directeur des écoles du patriarcat latin et secrétaire général des écoles chrétiennes en Palestine et à Jérusalem. L’école n’était pas seulement un lieu d’instruction. Elle a longtemps été un prolongement de la paroisse. “L’école était le lieu du catéchisme et de la préparation aux sacrements.” C’est la même règle qui fut appliquée aux écoles ouvertes par les congrégations religieuses qui arrivèrent à partir des années 1850.

Cette dimension demeure aujourd’hui très visible dans les établissements du Patriarcat latin. Chaque semaine, la messe est proposée. Dans la mesure du possible, des prêtres ou des religieux et religieuses sont présents dans les établissements. Et les cours de religion s’inscrivent dans une vie ecclésiale plus large.
En Israël de nos jours, l’enseignement religieux occupe une place stable dans l’emploi du temps. Dans les écoles chrétiennes, les élèves suivent deux heures de religion par semaine. C’est le double des écoles publiques, où une seule heure hebdomadaire est prévue pour chaque religion.
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Le cours en Israël porte un nom significatif : “Éducation religieuse et héritage”. Il vise à transmettre un patrimoine spirituel autant qu’un savoir.
D’un pays à l’autre, les manuels sont presque les mêmes. “Il a fallu adapter un peu pour Israël” précise Mgr Rafic Nahra, évêque latin, auxiliaire pour Israël. En Palestine, l’enseignement religieux a une dimension catéchétique peut-être un peu plus assumée, aussi parce que le temps d’enseignement est plus long. Les manuels abordent la vie de Jésus, les sacrements, les récits bibliques et “tout ce qui est nécessaire dans la foi catholique”, résume le père Rafidi. La matière s’inscrit dans une pédagogie qui veut rejoindre la vie des élèves. “Nous cherchons à en faire une matière qui puisse toucher le cœur et leur vie, pour témoigner de Jésus dans le monde.”
La religion et la foi
Cette orientation se manifeste aussi dans la préparation aux sacrements. Dans plusieurs écoles, la première communion ou la confirmation sont préparées dans les salles de classe mais en dehors des heures au programme pour respecter l’enseignement de chacune des confessions. L’école, souvent à l’ombre de la paroisse, reste donc un lieu associé à la transmission de la foi.

En Israël, le cours est d’abord conçu comme une formation culturelle. “Il s’agit d’un cours de culture religieuse qui aide à transmettre la foi, certainement, mais pas à préparer aux sacrements”, explique le diacre grec-catholique Jeries Mansour, inspecteur des écoles chrétiennes au ministère israélien de l’Éducation.
La préparation sacramentelle relève de la paroisse. L’école, elle, transmet des connaissances sur le christianisme.
Dans les deux contextes, l’enseignement religieux est conçu de manière œcuménique. Les programmes ont été élaborés par un comité regroupant toutes les confessions chrétiennes de Terre Sainte. “On enseigne les choses communes et on distingue les usages des orthodoxes de ceux catholiques ou des protestants”, explique Jeries Mansour.
La même logique prévaut en Palestine. Cet œcuménisme n’est pas seulement théorique. Dans les classes, les élèves appartiennent souvent à plusieurs traditions ecclésiales. L’enseignement doit donc transmettre un socle commun sans gommer les particularités.
L’école, lieu de coexistence
Les écoles chrétiennes de Terre Sainte accueillent aussi un grand nombre d’élèves musulmans. Cette réalité influence inévitablement la manière d’enseigner la religion.
En Palestine comme en Israël, les élèves se séparent au moment du cours de religion. “Musulmans et chrétiens reçoivent le même nombre d’heures de cours, chacun dans sa religion”, précise le père Rafidi et occasionnellement, des passerelles de découvertes réciproques existent.
La coexistence quotidienne crée une atmosphère particulière. “Les musulmans qui viennent chez nous sont respectueux, puisque l’école est comme une famille.” L’éducation chrétienne met l’accent sur “l’ouverture, le respect des autres et le dialogue”.
En Israël, la logique est différente. Les élèves étudient uniquement leur propre religion. Il n’existe pas de cours d’introduction à l’islam pour les chrétiens, ni au christianisme pour les musulmans. En revanche, le judaïsme est appris par tous dans les cours d’Histoire.

Plus que le nombre d’heures ou le contenu, la plus grande différence dans l’enseignement religieux entre la Palestine et Israël, c’est le rapport à la judaïté de Jésus. En Israël, “on mentionne que Jésus est de culture juive et qu’on ne peut pas comprendre le christianisme sans comprendre le judaïsme”, explique Jeries Mansour. En Palestine, “la judaïté de Jésus n’est pas niée, explique le père Rafidi, mais elle n’est pas non plus soulignée pour des raisons évidentes de contexte politique qui brouille le rapport au judaïsme.”
Au-delà des programmes et des horaires, l’enseignement religieux joue un rôle plus profond dans ces écoles.
Dans un contexte souvent marqué par l’instabilité et l’émigration, il contribue à forger une identité. En Palestine, les enseignants, par l’exemple donné, deviennent parfois des repères spirituels. “Le témoignage de celui qui enseigne est très important”, insiste le père Rafidi.
Pour beaucoup d’élèves, la foi n’est pas seulement une matière scolaire. Elle peut devenir une ressource pour affronter une réalité difficile.
À Gaza et en Cisjordanie, où la guerre marque profondément les enfants, les écoles doivent désormais accompagner les traumatismes psychologiques. Dans ce contexte, la mission éducative prend une dimension nouvelle : aider les jeunes à rester enracinés dans leur terre et dans leur foi. C’est différent en Israël, mais l’enracinement n’est pas moins nécessaire.
Entre catéchisme et culture religieuse, entre paroisse et école, l’enseignement religieux dans les écoles chrétiennes de Terre Sainte reste donc un équilibre délicat. Mais partout demeure la même conviction : l’école est un lieu privilégié “Afin qu’ils TE connaissent” comme dit la devise des écoles du patriarcat latin, un lieu pour transmettre une foi capable d’éclairer la vie.
1. Un merci tout spécial à Mgr Shomali pour son travail d’intercesseur et traducteur de l’arabe.
Le programme d’enseignement religieux
Première année – CP
Le manuel “Venez à moi“ présente les premières bases de la foi. Les élèves découvrent le Credo et les débuts de l’histoire du Salut : Dieu créateur, Adam et Ève, Noé, Abraham, jusqu’à la vie et aux enseignements de Jésus.
Deuxième année – CE1
Le programme introduit les sacrements. Leur sens est expliqué, mais l’accent porte surtout sur leur dimension éducative : comprendre les sacrements et apprendre à les vivre pour rencontrer Dieu.
Troisième année – CE2
Le manuel “Jésus, notre chemin“ présente la vie chrétienne comme une suite du Christ, “chemin, vérité et vie“. Les élèves l’explorent à travers les Béatitudes, les Dix Commandements et les enseignements de Jésus.
Quatrième année – CM1
Le Credo est étudié sous l’angle du Salut. Les élèves parcourent les grandes étapes de l’histoire du Salut, de la création au retour glorieux du Christ.
Cinquième année – CM2
Quatre thèmes structurent l’année : les sacrements de l’initiation chrétienne, les sacrements de guérison et la vie de la communauté, l’année liturgique et les grandes fêtes chrétiennes, notamment mariales.
Sixième année – 6e
La vie chrétienne est présentée comme une suite du Christ Sauveur. Les élèves approfondissent sa connaissance à travers l’Écriture, les Dix Commandements et les Béatitudes.
Septième année – 5e
La Bible est présentée comme Parole de Dieu. Le manuel retrace la vie et l’enseignement de Jésus et évoque la naissance de l’Église appelée à poursuivre son œuvre.
Huitième année – 4e
Les élèves découvrent l’histoire de l’Église, des premiers siècles jusqu’à aujourd’hui.
Neuvième année – 3e
Le programme aborde la croissance dans la foi et la relation du chrétien à Dieu, aux autres, à l’Église et à la société.
Dixième année – Seconde
Le manuel revient sur la doctrine chrétienne et les grandes étapes de l’histoire du salut.
Onzième année – Première
L’accent est mis sur la dimension liturgique de la foi chrétienne.
Douzième année – Terminale
La dernière année propose une synthèse de la foi chrétienne dans ses dimensions doctrinale et existentielle.


