Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Jérusalem, mère des croyants

Archiprêtre Alexandre Winogradsky *
1 juillet 2011
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De l’omphalos, nombril du Christ, représenté au Saint-Sépulcre, à Jérusalem comme cité vierge parce que destinée à la Parousie, le père Winogradsky nous promène une nouvelle fois dans les trésors de la spiritualité orientale sur les traces de la Vierge Marie.

Selon la tradition, l’Église grecque orthodoxe de Jérusalem est considérée comme la « Mère de toutes les Églises de Dieu », inscription qui se trouve sur le fronton du Katholikon/Ouvert à la totalité (nef centrale de la partie « orthodoxe » au Saint-Sépulcre). On y voit, à l’entrée le « nombril de la terre/monde ». Il est vrai que le Christ est ressuscité pour les Chrétiens ; les Orthodoxes affirment que son corps ressuscité a aussi un nombril comme tout corps de fils d’homme. À la naissance, il faut couper ce cordon ombilical.

Beaucoup de pèlerins s’agenouillent devant cette pierre ombilicale ou la caressent, d’une manière qui ressemble trop souvent à des rites païens. En fait, elle indique que le Christ est né d’une femme, comme chacun d’entre nous (Galates 3,15-4,7). Le mot hébreu et araméen « tibbour » veut dire « nombril » et aussi « cordon qui se déploie en donnant la vie » (Talmud Yoma 85a).

Marie, Mère de Jésus-Emmanuel est vénérée dans l’ensemble du monde chrétien catholique et orthodoxe. Les Églises protestantes sont plutôt discrètes sur sa personne. La piété mariale s’est beaucoup développée dans la civilisation chrétienne, en dehors de Jérusalem. Jérusalem est comme la matrice de la foi. Elle rassemble, depuis les temps les plus reculés, l’expérience intime de la Présence Divine, de sa fécondité rédemptrice. La ville de Jérusalem s’est ainsi déployée entre la Vieille Ville et ses faubourgs alentours pour mettre au monde la foi au Dieu Unique.

On peut voir une convergence entre Marie, jeune fille vierge de Nazareth, promise en mariage à Joseph, charpentier de la ville. Les enseignements de l’Église semblent parfois difficiles à comprendre ou à accepter. Il existe des divergences entre les traditions occidentales et orientales. Est-elle la « Theotokos = Celle qui a engendré Dieu » (« Bogoroditsa » en slavon), la « Almatho » (la jeune fille) en araméen qui renvoie au verset d’Isaïe : « Voici la jeune fille [«almah »] enfantera un fils » (Isaïe 7,14) ? La virginité est peu compréhensible pour notre génération qui demande des preuves scientifiques, quasi génétiques. Personne n’a découvert les traces ADN du Seigneur…

Virginité ? Avant, pendant et surtout après l’enfantement ? Et la mise au monde de Dieu lui-même comme Fils Unique ? Sans l’intervention de l’homme qui avait accepté de la prendre pour épouse. Pour la tradition orientale, Joseph aurait précédemment été marié, d’où les « frères » de Jésus tandis que l’Occident interprète le mot au sens de « parenté, cousinage ».

Tout est au fond dans la rencontre à Aïn Karem. Marie s’empresse de rendre visite à sa cousine Elisabeth (Luc 1,39-56). Selon la tradition rabbinique, les deux femmes sont « betoulot = vierges » en ce qu’elle ne peuvent concevoir d’enfant. Marie est trop jeune et non mariée, Elisabeth est trop âgée, soyons clairs « ménopausée ».

Les fêtes de la Vierge sont nombreuses dans les Églises d’Orient ; elles restent presque confidentielles dans la ville où Jésus a parlé dans le Temple. La Vierge s’efface aussi dans les Évangiles : elle inaugure le ministère de son fils à Cana et sera présente au Calvaire. Pierre est au Cénacle avec les « officiels » de l’Église naissante. Marie est parmi la foule des croyants (Actes I, 14).

« Quae est ista – Qui est celle-ci ? » (Cantique 3,6 ; 6,10). La question se pose sur la personne de Marie. Sa personne, son rôle dans l’histoire et pour la rédemption interroge par définition, transfigurant les normes de la vie humaine. Marie pose la question de l’Église dans sa totalité. Voilà qui est sensible à Jérusalem ou peut être recherché. Elle est la Ville marquée de la sainteté, d’une forme de virginité en ce que seul Dieu la touche et lui donne sa direction historique, celle de la Parousie alors que le visiteur traverse les rues et les quartiers qui peuvent raviver la foi ou conduire à Dieu, au détour du chemin.

En Orient chrétien, le signe de l’évêque est une « Panaghia », une icône représentant la Vierge et Son Fils. Elle n’est jamais seule sur les icônes. Elle est le signe de l’Église dont le mystère se révèle peu à peu au cours des siècles.

L’Église orthodoxe parle de la « Pâque estivale » de la Vierge Marie au jour de sa Dormition ou endormissement dans la mort. À Jérusalem, on porte en procession son « épitaphios/icône d’autel faite d’étoffe » du Saint Sépulcre à Gethsémani. L’icône de la Dormition (cf. Assomption) montre Marie gisant comme endormie et le Christ tenant un nouveau-né emmailloté : il tient sa propre mère de Jérusalem à sa résurrection.

En ce sens, Jérusalem rassemble ses habitants, ses visiteurs à l’image de ces foules qui se croisent au-delà de toute cohérence humaine et où « tout ensemble fait corps » (Psaume 122,3).