Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Dieu n’a pas puni Ève

Eliora Mischler
30 juillet 2013
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Sans être féministe, Vered Hollander-Goldfarb soutient pleinement les Femmes du Mur. Cette enseignante n’est pas partisane, elle est rationnelle. L’interprétation des textes religieux et leur observance épanouissent pleinement cette juive du mouvement Massorti.


Que pensez vous des ‘femmes du Mur’?
Je ne vois absolument aucun problème dans ce qu’elles font ! Elles prient avec le châle de prière, mettent les phylactères, lisent dans le rouleau de la Bible ; ceci me semble tout à fait normal et acceptable. Personnellement, je ne mets pas les phylactères ni le châle de prière car j’ai décidé de ne pas prendre sur moi les mêmes commandements que les hommes. Avec quatre enfants dont des jumelles, je n’aurai jamais eu le temps de les honorer. Et une fois que l’on prend sur soi le commandement et que l’on formule la bénédiction et que l’on dit que D.ieu nous a commandé de le faire, alors il faut le faire toute notre vie sinon on a prononcé le nom de D.ieu en vain et ceci est une transgression d’un des 613 commandements.
Même si je n’ai pas voulu prendre sur moi tous ces commandements, mes trois filles ont fait leur bat mitzva (profession juive à l’âge de 12 ans pour les filles). Il était pour moi indispensable qu’elles soient éduquées aussi bien qu’un homme, pas seulement parce que j’enseigne moi-même la Bible mais pour que leur propre choix soit éclairé et qu’elles n’aient jamais peur d’ouvrir un livre. Les filles de l’illustre commentateur français Rashi (1040-1105) portaient les phylactères tous les matins ! Si les filles d’un tel génie de la Torah appliquaient ce commandement, pourquoi ces femmes feraient-elles quelque chose d’insensé ? Par leurs actions depuis 24 ans, elles ont réussi à mettre le sujet épineux de l’égalité des droits et devoirs de la femme par rapport à l’homme sur la scène publique, médiatique et maintenant, politique, israélienne ; et nous avons bien besoin d’avoir un tel débat.

Comment expliquez-vous l’histoire d’Adam et Ève à vos étudiants ?
De façon générale, je conseille systématiquement de remettre une citation de la Bible dans son contexte temporel et chronologique. Il faut savoir que le passage concernant la punition divine intervient juste avant qu’Ève ne donne naissance à Caïn et Abel. Lorsque Caïn naît elle dit “J’ai fait naître un homme, conjointement avec l’Éternel !” (Gn 4, 1). L’arbre de la connaissance s’appelle etz hadaat en hébreu. Ainsi on apprend qu’il s’agit à la fois de la connaissance d’un point de vue cérébral mais aussi de la connaissance d’un point de vue physique ce qui expliquerait pourquoi D.ieu parle à Ève de passion envers son mari. Le terme biblique pour désigner les rapports sexuels entre homme et femme est daat : connaître. Ainsi, la connaissance du Bien et du Mal était accompagnée de la connaissance physique entre un homme et une femme ; c’est pourquoi D.ieu les revêt de peau après cet événement. Avant la consommation du fruit de la connaissance les rapports entre Adam et sa femme étaient exclusivement spirituels. Ce n’est qu’après qu’ils sont devenus cérébraux et physiques qu’Ève a reçu un nom. C’est pourquoi ils ne pouvaient plus rester dans le jardin d’Éden.
En fin de compte, D.ieu n’a pas “puni” Ève, mais il l’a surtout guidée pour qu’elle comprenne ce qui allait se passer dans son corps lors de sa grossesse et son premier accouchement. Ainsi D.ieu a accompagné Ève plutôt que de la punir.

À quoi ressemble la vie d’une femme juive conservative ?
Il s’agit principalement d’accepter qu’il y a un temps dans sa vie où materner et éduquer ses enfants est plus important que la pratique systématique de tous les commandements. Ma vie de tous les jours est pleinement guidée par ma pratique du judaïsme. Cela commence lorsque, ouvrant les yeux le matin, je fais cette petite prière pour remercier mon Créateur de m’offrir de vivre la nouvelle journée qui commence. Je prends aussi chaque jour un temps pour adresser une prière, celle du matin, du midi ou du soir. C’est un temps que je m’octroie pendant la journée, un moment intime entre D.ieu et moi.
Ceci a un impact incommensurable sur toute ma journée. J’observe aussi des concepts de base qui guident notre humanité comme aimer son prochain comme soi-même, pratiquer la justice, juger son prochain favorablement en tout temps. Nous mangeons casher, nous gardons le shabbat. Enfin, en tant que femme je suis très consciente du temps qui sanctifie notre union conjugale. La femme étant interdite à son mari pendant 12 jours dus à son impureté, chaque mois nous créons un moment pour nous retrouver après cette période de séparation physique. Il s’agit pour moi d’un moyen très positif d’être comblée en tant que femme juive où mon cycle naturel de vie inspire le respect entre mon époux et moi.


Fiche d’identité – Vered Hollander-Goldfarb

À 45 ans, originaire de Suède et diplômée de l’université de Bar-Ilan en études bibliques, Vered enseigne la Bible à des étudiants d’écoles rabbiniques américaines passant leur quatrième année d’étude en Israël dans la yeshiva du mouvement Massorti (appelé conservative judaism aux États-Unis). Mère de 4 enfants, elle a immigré en Israël en 1996.

Dernière mise à jour: 30/12/2023 21:39

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