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Israël en route vers un troisième scrutin en moins d’un an !

Christophe Lafontaine
12 décembre 2019
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Israël en route vers un troisième scrutin en moins d’un an !
Les membres du Parlement votent un projet de loi visant à dissoudre le parlement, à la Knesset, à Jérusalem le 11 décembre 2019 © Olivier Fitoussi/Flash90

Après les échecs successifs de Netanyahu, de Gantz, puis des députés de la Knesset à former un gouvernement, les Israéliens voteront en mars pour désigner leurs députés. Ce sera la troisième fois en un an. Du jamais vu.


La Knesset, le parlement israélien, avait 21 jours pour désigner un nouveau Premier ministre en vue de former une coalition gouvernementale. L’ultimatum a sonné hier à minuit, enclenchant la dissolution de l’éphémère 22ème Knesset et obligeant le pays à tenir de nouvelles – les troisièmes en moins d’un an – élections législatives, fixées au 2 mars 2020 (juste avant les fêtes juives de Pourim). Une nouvelle période de campagne de 82 jours s’ouvre donc, prolongeant toujours plus l’impasse politique et institutionnelle du pays.

Après les élections législatives du 9 avril 2019 et du 17 septembre 2019, ni Benjamin Netanyahu, leader du Likoud (droite), ni Benny Gantz son challenger centriste du parti Bleu et Blanc (les deux couleurs du drapeau israélien) n’ont réussi à obtenir une majorité de sièges à la Knesset (61 sur 120) dans le jeu d’alliances avec les autres partis élus. C’est ainsi, comme dernière possibilité institutionnelle, qu’après le scrutin de l’automne, les députés israéliens ont eu un délai de trois semaines pour désigner un candidat qui, soutenu par 61 d’entre eux, aurait été capable de former une coalition gouvernementale. En vain.

Et déjà le scrutin de mars (pour élire la 23ème Knesset) s’annonce une nouvelle fois, selon des sondages (diffusés cette semaine par la chaîne de télévision Kan) comme un nouveau duel serré entre Benjamin Netanyahu et son rival Benny Gantz. Le serpent se mord la queue.

Pour le Yediot Aharonot (quotidien centriste), le mot « honte » a été imprimé sur les visages de Benny Gantz et Benjamin Netanyahu qui n’ont pas réussi à s’entendre pour former un gouvernement d’union mais aussi sur celui d’Avigdor Lieberman qui n’a pas joué son rôle de « faiseur de roi » en donnant à l’un ou l’autre des rivaux arrivés en tête, les huit sièges obtenus par son parti au parlement. Israël Hayom (marqué à droite) lui, a choisi le mot « cirque » pour définir la situation politique actuelle dans le pays. Le Times of Israel qualifie, quant à lui, l’année passée comme « la plus dysfonctionnelle de l’histoire politique israélienne ». Haaretz (journal de la gauche israélienne) voit Benjamin Netanyahu comme « le seul homme responsable » du marasme politique et institutionnel que traverse le pays. Ce qu’un sondage réalisé par la chaîne israélienne Channel 13 confirme : 41% des sondés estiment que le Premier ministre sortant est responsable de l’impasse politique, tandis que 26% blâment Avigdor Lieberman contre seulement 5% des personnes interrogées qui eux, blâment le chef de file de la liste centriste Bleu et Blanc, Benny Gantz. 5% ne reprochent rien à qui que ce soit.

Y aura-t-il des primaires au Likoud ?

Le Premier ministre sortant joue sa survie politique depuis les élections législatives d’avril et septembre dernier et n’est pas prêt à lâcher. Mais pour le prochain scrutin, la donne a quelque peu changé par rapport aux deux autres. D’une part, Benjamin Netanyahu est depuis fin novembre officiellement inculpé par la justice pour corruption, abus de confiance et malversations dans trois affaires. Ce qui peut décourager certains de ses électeurs.

Et d’autre part, une fronde fomentée dans les rangs de son parti, le Likoud, à l’initiative du député Gideon Saar, demande la tenue de primaires avec l’espoir d’évincer Benjamin Netanyahu de la tête du parti et de l’empêcher ainsi d’être tête d’affiche pour les prochaines élections. Sa personnalité étant jugée par Gideon Saar qui rêve de lui ravir la place, comme handicapante pour tout gouvernement d’unité avec Bleu et Blanc. Benny Gantz a en effet toujours dit refuser de travailler avec Benjamin Netanyahu tant qu’il n’avait pas soldé ses démêles judiciaires.

La tenue de la primaire est prévue pour le 26 décembre. « Il s’agit d’une avancée qui permettra d’en finir avec la crise politique actuelle », a jugé Gideon Saar. Benjamin Netanyahu se dit assuré de les remporter n’hésitant pas à confirmer son projet d’annexer un pan stratégique de la Cisjordanie, territoire palestinien occupé, et de parapher un traité de défense commune avec les Etats-Unis.

En parallèle, David Bitan, homme fort du Likoud et fidèle parmi les fidèles à Netanyahu, a déclaré sur Twitter avoir assez de signatures pour convoquer la commission centrale du Likoud pour faire annuler les primaires, en organisant un vote à bulletin secret. Cela promet encore de nombreux rebondissements.

Pour l’heure, institutionnellement, Benjamin Netanyahu n’a pas à démissionner de son poste de Premier ministre à la tête d’un gouvernement de transition. Et fera tout pour rester à la tête du Likoudafin de remporter les élections et d’obtenir une immunité par un vote du Parlement. Et ses détracteurs de lui reprocher de faire passer son intérêt personnel avant la politique du pays.

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