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Vu dans la presse : Gaza face au Covid-19

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7 mai 2020
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Vu dans la presse : Gaza face au Covid-19
Des enfants à l'entrée d'une magasin de Khan Yunis, au sud de la bande de Gaza, le 20 avril 2020. ©Abed Rahim Khatib/Flash90

VU DANS LA PRESSE  - Le 04 mai dernier, le professeur gazaoui Ziad Medoukh donnait une interview en ligne à l’Institut de recherche et d’Etudes Méditerranée Moyen-Orient (IReMMO). Au micro du journaliste Dominique Vidal, le professeur universitaire, chercheur, poète et écrivain palestinien, également responsable du département de français de l’université Al-Aqsa de Gaza et coordinateur du Centre de la paix de cette université, revient sur la gestion de la crise sanitaire à Gaza. 


Tout le monde s’attendait à une catastrophe épidémiologique à Gaza. Or, selon les chiffres, l’impact sanitaire de la crise a été davantage violent en Israël, où l’on recense ce jeudi 6 mai plus de 16 000 malades et 238 morts, dont 50% sont issus de la communauté ultra-orthodoxe. En territoires palestiniens, selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de malades s’élève à 546 personnes – dont seulement 20 à Gaza – et 4 morts. Quel bilan peut-on dresser de l’épidémie dans la bande de Gaza ?

Entretien de Ziad Medoukh et Dominique Vidal.

Ziad Medoukh – A l’heure actuelle, les quelques cas de coronavirus ont été maîtrisés à Gaza, et leur situation est stable. Mais nous nous demandons toujours si les contaminations ne vont pas exploser, si nous n’allons pas être confrontés à un nombre considérable de cas dans les semaines à venir. Et cela pour trois raisons : d’abord car Gaza est une région très densément peuplée de 2 millions de personnes, et pauvre. Ensuite, car notre système sanitaire est faible. Enfin, car il y a à Gaza de nombreux camps de réfugiés, dans lesquels les gens se côtoient toute la journée et vivent à proximité les uns des autres. Cela signifie qu’une contamination dans un de ces camps peut avoir un impact catastrophique sur le reste de la population. 

Ajoutons à cela que notre système sanitaire est défaillant : nous n’avons que 55 lits de réanimation et 55 lits de soins intensifs dans tout Gaza, et manquons de personnel. Nous  souffrons aussi, évidemment, du blocus et du manque de moyens financiers. 

Dominique Vidal – Comment expliquez-vous que Gaza ait jusqu’ici été plutôt épargné par la crise ?

Z.M – Je pense que cela est dû à trois facteurs. Pour la première fois, les autorités sanitaires de Gaza se sont coordonnées avec l’Autorité Palestinienne de Ramallah pendant la crise. Même si le blocus sur Gaza est maintenu par l’Etat israélien, et qu’il n’y a aucune réconciliation [entre le Hamas, qui dirige Gaza, et l’Autorité Palestinienne], l’Autorité Palestinienne nous envoie régulièrement des kits de dépistage et des antibiotiques. Il y a donc tout de même, depuis le début de la crise, une certaine coordination. 

Ensuite, la population de Gaza a parfaitement conscience du danger que représente le virus, et applique à la lettre depuis le début les consignes de sécurité demandées par l’OMS et l’autorité de Gaza. Enfin, nous avons mis en place au tout début de l’épidémie quelques 22 centres de quarantaine, destinés aux Palestiniens rentrés de l’étranger. 

D.V – Quelle stratégie a été mise en oeuvre par les autorités de Gaza ? Sachant que ses habitants sont entièrement dépendants de l’aide internationale, de l’aide du Qatar, et des autorités gazaouies elles-mêmes.

Z.M – Plusieurs mesures ont été prises, notamment, comme je le disais, la mise en place de 22 centres de quarantaine sur tout le territoire. Le confinement de tous les habitants, également, mais sans couvre-feu pour le moment. Et puis l’application de mesures préventives générales telles que la fermeture des marchés, des écoles et des universités. Les mariages sont interdits, les salles de fête sont fermées, et l’enseignement à distance valorisé. 

Ces stratégies ont vraiment porté leurs fruits, car nous n’avons à l’heure actuelle que vingt cas de coronavirus qui ne sont pas graves, et aucun décès. 

 

D.M – Pour autant, cette situation ne doit pas endormir l’attention internationale, car en cas de reprise du développement de l’épidémie, les moyens mis en place ne semblent pas du tout suffisants. Par exemple, il faudrait fournir à Gaza des respirateurs artificiels… 

Z.M – Oui, et malheureusement l’aide internationale n’est qu’une aide ponctuelle à Gaza […]. Nous, ce dont nous avons réellement besoin, c’est de la levée du blocus israélien. Les soldats israéliens n’ouvrent le passage de Kerem Shalom, au sud de la Bande de Gaza, que quatre fois par jour pour faire entrer des produits sanitaires et alimentaires, ainsi que des tuyaux de carburants pour nos centrales électriques. A côté de cela, il y a toujours une liste de 900 produits de nécessité qui ne peuvent pas rentrer dans Gaza, empêchés par les autorités militaires israéliennes. Et nous manquons de kits de dépistage ; seulement 1000 par jour peuvent nous parvenir via l’OMS.

Je trouve que cette épidémie, en plus de dénoncer le blocus israélien et les mesures atroces prises sous l’occupation, met ces jours-ci en avant le silence de la communauté internationale. Il est urgent qu’elle se mobilise, nous avons besoin que le blocus cesse et que les frontières, qui relient la bande de Gaza à l’extérieur, rouvrent. 

D.M – En temps normal, Gaza est un territoire très particulier car la moitié de sa population active est au chômage. Les ¾ vivent de l’aide internationale ou régionale. Quelles sont les effets de l’épidémie sur l’économie et la société gazaouies ? 

Z.M – Gaza compte environ 2 millions d’habitants, dont la moitié n’a pas de travail et vie des aides de l’Autorité Palestinienne, des Nations Unies ou du Hamas. Donc la vie économique était déjà paralysée avant l’épidémie par le blocus. Depuis le début de la crise, 15 000 ouvriers et travailleurs ont perdu leur travail, notamment en raison du confinement […]. Le nombre de Palestiniens de Gaza qui vivent des aides alimentaires est passé de 75% à 83%. 

D.M – Quelles sont les conséquences de la crise au niveau politique ?

Comme vous le savez peut-être, nous avons malheureusement deux gouvernements à Gaza aujourd’hui. L’épidémie a révélé le manque de coordination entre ces deux gouvernements. Il y a eu une coordination pour les mesures préventives : la distribution des kits de dépistage, l’envoi de médicaments de l’autorité palestinienne, par exemple. Mais il n’y a pas de coordination au niveau politique, nous sommes assez pessimistes à ce niveau-là […].

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