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A Gaza, le Hamas veut empêcher les musulmans de fêter Noël

Christophe Lafontaine
22 décembre 2020
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A Gaza, le Hamas veut empêcher les musulmans de fêter Noël
Palestiniennes cousant des Pères Noël, dans le nord de la bande de Gaza, le 24 décembre 2019 © Hassan Jedi / Flash90

Le mouvement islamiste, au pouvoir dans la bande de Gaza depuis 2007, a décidé de « limiter » l’interaction des musulmans avec les célébrations chrétiennes de Noël. Les réactions ne se sont pas fait attendre.


C’est une décision qui n’est pas liée aux restrictions sanitaires liées à la lutte anti-covid. Elle émane du directeur général de l’Autorité générale de prédication et d’orientation, affiliée au Ministère du Wakf – pour la gestion des biens musulmans – et des Affaires religieuses, contrôlé par le Hamas à Gaza.

Dans une circulaire interne datée du 15 décembre, rendue publique par le Jerusalem Post, samedi dernier, l’organisme recommande une série de mesures aux musulmans pour limiter leur « interaction » avec les célébrations chrétiennes de Noël dans l’enclave palestinienne, a fait savoir le Jerusalem Post, samedi dernier.

Les mesures indiquent, entre autres, la publication d’une fatwa (décision islamique) et la conduite d’une campagne de mobilisation en ligne, sur cette mesure. En outre, dans le même élan, le document demande que les prédicateurs musulmans et les médias rappellent aux musulmans « la nécessité de s’abstenir de participer directement aux rites et célébrations non musulmanes ».

Une cohésion sociale malmenée

Comme l’a rapporté le Jerusalem Post, l’Union démocratique palestinienne (FIDA), un groupe laïque de l’OLP (Organisation pour la Libération de la Palestine), a exprimé son indignation face à la décision du Hamas. Il l’a qualifiée de « rupture flagrante avec les valeurs de tolérance et de fraternité qui ont toujours prévalu parmi le peuple palestinien, chrétiens et musulmans ». De telles mesures, a ajouté le groupe, « constituent une menace pour la paix civile palestinienne, provoquent des conflits sectaires odieux ».

Dans les colonnes du journal israélien précité, le Front de lutte populaire palestinienne, un autre groupe politique de l’OLP, a condamné lui aussi les mesures du Hamas : « la décision du Hamas est une atteinte aux libertés et une grave violation des droits d’une partie intégrante de notre peuple palestinien ».

Le 19 décembre au soir, le Ministère du Wakf et des Affaires religieuses a publié un communiqué pour clarifier ses mesures. En précisant que son document ne s’adressait qu’aux musulmans qui participent à des événements religieux non-musulmans et n’étaient pas dirigées contre les chrétiens. Les présentant comme des compatriotes et partenaires dans la lutte pour la cause palestinienne et assurant que le Hamas protège les églises de ce millier de chrétiens, sur une population d’environ 2 millions d’habitants, qui vit encore dans la bande de Gaza. La très grande majorité étant orthodoxe.

« Une Page noire »

Pour autant, selon Fides, « la déclaration du Ministère, confirmant l’existence de la directive en question, a eu pour effet de multiplier les réactions négatives ». Et l’agence de presse de citer la réaction du père Ibrahim Falta, de la Custodie de Terre Sainte. Il a fait paraître hier sur le site chrétien d’informations arabes, abouna.org une diatribe dans laquelle il dénonce explicitement la décision du Hamas. Pour lui, c’est « une page noire pour l’histoire du mouvement, du ministère et de l’administration publique » à Gaza.

Le franciscain reproche au mouvement islamiste de vouloir « empêcher le peuple de célébrer ensemble la fête la plus belle de Palestine, la fête au cours de laquelle l’attention de millions de personnes du monde entier se dirige avec enthousiasme sur le suivi des détails de cette célébration à Bethléem, capitale de la Nativité, qui devient capitale de la joie et de la joie en Palestine ».

« Quel aspect religieux de cette célébration vous terrifie ? », s’interroge le religieux en s’adressant aux leaders du Hamas. « C’est la fête de la joie, répond-il, c’est la fête des enfants, la fête des démunis, des tourmentés, des affamés, des nus et de ceux qui n’ont pas de maison pour les abriter et pas de médicaments pour les guérir. Pourquoi refusez-vous aux enfants la possibilité de ressentir de la joie au moins quelques jours par an, ceux qui vivent dans la misère, la peur et la misère tout au long de l’année ».

« Noël – insiste le religieux franciscain – c’est l’anniversaire du Messager de l’Amour et de la Paix, ce Christ Jésus fils de Marie que vous honorez en tant que prophète de Dieu et qui est cité dans le Coran 25 fois. Et la Vierge Marie n’est-elle pas mentionnée 34 fois dans le Coran ? »

Et de rappeler qu’en temps normal, Bethléem attire un million de pèlerins chaque année et constitue donc une source de revenus pour tout le peuple palestinien. Ne manquant pas de faire remarquer, en outre, que le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, musulman, participe chaque année aux célébrations de Noël « non pas une fois, mais trois fois » avec les catholiques, les orthodoxes et les Arméniens. Comme en son temps Yasser Arafat.

Le père Ibrahim Faltas, aurait préféré « voir se mobiliser les énergies pour faire révoquer le blocus de Gaza ou pour soutenir les efforts de réconciliation entre le Fatah et le Hamas et arriver à l’unité du peuple palestinien ou au moins pour convaincre la population à s’aider réciproquement en ces circonstances difficiles ». Plutôt que de voir apparaître des dispositions zélées servir « l’intérêt de la division ». Le franciscain appelle donc le Hamas à modifier sa position et à retirer ses mesures. Loin d’être naïf, il ne demande pas à ce que le Hamas pousse les Gazaouis musulmans à participer activement aux festivités de Noël. Il souhaite juste voir laisser libres « ceux qui recherchent une occasion de déposer un sourire dans le cœur d’un enfant orphelin ».