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Mgr Pizzaballa reprend les finances au patriarcat latin

Marie-Armelle Beaulieu
14 juin 2017
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Un an après sa désignation comme administrateur apostolique du patriarcat latin de Jérusalem, Mgr Pierbattista Pizzaballa imprime sa marque à la faveur de nouvelles nominations.


(Jérusalem) – C’est la vie traditionnelle d’un diocèse, chaque année, vers l’été c’est la période des nominations. Et le diocèse de Jérusalem n’échappe pas à la règle. Il y a un an, le ciel de Jérusalem était secoué d’un coup de tonnerre. Quelques mois après qu’il eut remis sa lettre de démission, Mgr Fouad Twal, patriarche de Jérusalem, ne se voyait pas remplacé. A sa place, Rome nommait à la tête du diocèse un administrateur apostolique (voir notre article) en la personne de Pierbattista Pizzaballa qui venait lui de quitter, après 12 ans, sa charge de Custode de Terre Sainte.

Après deux patriarches arabes, Mgr Michel Sabbah (1987-2008) et Mgr Twal (2008-2016), la décision du Saint-Siège de laisser le siège patriarcal vacant et l’arrivée (ou le retour) d’un italien à la tête du patriarcat avait fait grand bruit. Du reste celui qui devait être ordonné en septembre dernier évêque écrivit le jour même au diocèse qu’il recevait pour apaiser ce qui – à n’en pas douter – allait déclencher des réactions.

Pour l’essentiel, diplomatie et discrétion ecclésiale obligent, les vagues de la nomination furent contenues dans les limites du diocèse et dans la seule communauté arabophone. On savait qu’ici ou là, en Jordanie comme en Palestine, des prêtres n’avaient pas manqué de faire connaître leur avis à leur entourage. Les rumeurs leur ont prêté une lettre adressée au Saint-Siège pour faire part de leur désapprobation.

Les observateurs notaient néanmoins que la démission surprise en février dernier, à seulement 68 ans, de Mgr Mahoun Lahham, évêque auxiliaire et vicaire patriarcal pour la Jordanie depuis 2012, devait être une conséquence de la révolution de palais qui se jouait en sourdine. D’autant que l’intéressé quittait ses fonctions sans s’en expliquer.

Avec la liste des nominations publiées sur le site du patriarcat latin ce jour, une page se tourne. Mgr Pizzaballa a pris des décisions. Dans le courrier qu’il adresse aux évêques et aux prêtres du diocèse il s’en explique. Il évoque le temps « d’écoute et de consultation », de « remue-méninges avec ses confrères évêques ». Il explique avoir rencontré quasi chacun personnellement et n’ignore pas que « certains seront heureux tandis que d’autres seront déçus ».

Vu le nombre de changements, il ne pourrait en être autrement. Car ils sont de taille.

Pizzaballa prend les responsabilités financières à bras le corps

Ainsi pour l’instant, il n’y a plus d’évêque auxiliaire en Israël. Mgr Marcuzzo, qui en occupait la charge depuis 1993, passe à plein temps à Jérusalem où il servait déjà à temps partiel depuis le départ de Mgr Shomali pour la Jordanie. En Galilée, il est remplacé par un prêtre jordanien, le père Hanna Kildani dont la lettre de Mgr Pizzaballa nous apprend qu’il va occuper une charge pastorale pour la première fois en dehors de son pays natal. Il est nommé vicaire général patriarcal.

A l’intérieur des services du patriarcat, deux changements majeurs. Le premier, celui que les observateurs guettaient, était le poste d’administrateur général du diocèse, jusqu’ici tenu par le père Imad Twal.

Tout d’abord, l’administrateur apostolique annonce qu’en tant qu’administrateur, c’est justement lui (et logiquement) qui prend la responsabilité de ce secteur clé dont on sait qu’il connait des difficultés. Mais c’est en fait tout le département financier qui est repensé. Avec à la tête d’une direction financière un délégué qui (surprise) est un laïc, Monsieur Sami Al Youssef, jusqu’ici directeur de la Mission pontificale, et un directeur du département des propriétés, le père Firas Aridah, l’actuel curé de la paroisse Saint-Joseph de Jifna. Ces changements, explique Mgr Pizzaballa sont dus à la nécessité de « restructurer et de réorganiser nos finances ».

On sait que ce sont précisément les difficultés économiques du diocèse qui sont regardées à la loupe par un Saint-Siège inquiet et peu disposé à renflouer les caisses s’il s’avérait qu’elles sont sans fond. Charge donc à l’administrateur apostolique à colmater les fuites.

Dans son courrier, Mgr Pizzaballa remercie chaleureusement le père Imad pour son dévouement. Il remercie aussi celui qui a été « son bras droit (et gauche) » le père George Ayoub qui part parfaire ses études à Rome. Il est remplacé par le père Ibrahim Shomali qui était à la paroisse de Ramallah et qui secondera également le père Rafiq au service pastoral.

Une nouveauté pourrait passer inaperçue, qui est pourtant importante, la création d’un service de la pastorale. Il a été demandé par les prêtres et les fidèles. Il est confié au père Rafiq Khoury. A 74 ans, le père Rafiq pouvait espérer couler des jours tranquilles. En le choisissant, l’administrateur apostolique a remis au cœur du dispositif diocésain le soin des fidèles. Le père Rafic a été la cheville ouvrière du synode diocésain de l’an 2000, il a travaillé à l’écriture des livres de catéchisme communs à toutes les Eglises de Terre sainte. Eminemment spirituel, c’est aussi un spécialiste de la question du christianisme du monde arabe qu’il analyse avec une espérance communicative  comme le savent les lecteurs de Terre sainte Magazine[1].

Changement encore à la tête du séminaire, où sont nommés un nouveau recteur, le père Yaqoub Rafidi de retour de Rome qui aura pour vice-recteur le père Aziz Halaweh qui lui aussi étudiait à Rome la liturgie.

Si quelques changements interviennent en Israël et en Palestine, c’est la Jordanie qui connait le plus grand nombre de nominations. Seize des 35 paroisses voient arriver des nouveaux, dans un audacieux mouvement de chaises musicales.

Dans son introduction Mgr Pizzaballa concède que « toutes les décisions ne sont pas parfaites, et que toutes les problématiques n’ont pas été résolues », il remercie chacun des prêtres dont il a pu constater  « le désir d’aider et de servir l’Eglise » et dont il a expérimenté l’amour qu’ils ont du peuple qui leur est confié. « Cela me permet d’être sur, qu’en dépit de ma propre faiblesse, l’Eglise est entre bonne main » conclut-il avant d’annoncer que les changements devront être effectifs au 15 août prochain.

Si Mgr Pizzaballa n’affecte certainement pas de remercier ses prêtres, il n’en demeure pas moins qu’il attend d’eux une nouvelle dynamique.

On sait que l’administrateur apostolique est un fin analyste du Moyen-Orient et de ses crises actuelles. Bien que très différent dans sa personnalité du pape François qui l’a nommé à ce poste,  Pizzaballa partage avec lui la conviction que le christianisme en Orient se maintiendra dans la région dans la mesure où une vie authentiquement évangélique permettra aux chrétiens de trouver la force et le courage d’affronter les situations dans lesquelles la géopolitique les a plongés.

Il faudra encore un peu de temps pour que le Patriarcat latin (et d’autres Eglises de Terre Sainte) se libèrent du poids de l’institution, de la sociologie et d’une partie de leur histoire, pour redevenir l’Eglise de témoins qui a irrigué le monde de l’annonce du Christ.

 


[1] Terre Sainte Magazine depuis le numéro de novembre décembre 2016, conduit une série d’entretiens avec le père Rafiq Khoury sur la question de l’arabité et du christianisme dans le monde arabe.

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