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Les ostraca de Samarie, nouvelles découvertes

Terrasanta.net
14 juin 2020
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Les ostraca de Samarie, nouvelles découvertes
Tessons d'argile avec des inscriptions en hébreux ancien découverts en Samarie. Image retravaillée par le Harvard Museum of the Ancient Middle East (USA).

En Israël, on a récemment recommencé à parler des tessons trouvés il y a un siècle à Naplouse portant des inscriptions de l'époque biblique. Une étude qui identifie le nombre d'auteurs en même temps que la diffusion des connaissances des scribes ouvre de nouvelles hypothèses de recherche sur l’élaboration de la Bible.


Il arrive que les avancées technologiques ouvrent la voie à de nouvelles découvertes sur des vestiges archéologiques déjà disponibles et étudiés. C’est le cas pour les informations que les tessons d’argile de Samarie révèlent au sujet de l’ancienne langue hébraïque.

Les fragments sont parmi les matériaux épigraphiques les plus importants de l’ère biblique. Connus sous le nom grec ostraca, ils ont été retrouvés lors de fouilles, en 1910, à Naplouse au milieu des débris d’un ancien palais. Il existe une centaine de pièces portant des signes d’écriture en hébreu ancien : des notes d’il y a environ 2800 ans qui se réfèrent à la livraison d’huile et de vin des domaines royaux du pays au palais de Samarie, capitale du Royaume du Nord. Selon l’année indiquée, il y a trois royaumes dans lesquels les ostraca peuvent être reliés : celui d’Achab (IXe siècle, mais considéré comme improbable), de Joas ou de son fils, Jéroboam II, au VIIIe siècle.

La signification des mots sur les tessons, désormais conservés dans un musée d’Istanbul, était déjà connue. La nouveauté, dont la presse israélienne a beaucoup parlé ces derniers mois, provient d’une étude menée par l’Université de Tel Aviv et consacrée à l’analyse algorithmique de l’écriture manuscrite.

La recherche jette une nouvelle lumière sur l’appareil bureaucratique en Israël à l’époque de la Bible. Avec l’utilisation des nouvelles technologies et la participation de mathématiciens et physiciens, ainsi que d’archéologues, l’enquête a voulu déterminer le nombre d’auteurs ayant écrit les textes. Etant donné le contexte, cela revient à estimer combien de personnes en Samarie à cette époque étaient en mesure d’écrire.

Un examen de 39 fragments a révélé qu’il n’y avait que deux scribes dans le palais, au sommet de la prospérité du Royaume du Nord. Les chercheurs sont donc parvenus à la conclusion que l’écriture était une activité limitée à quelques-uns et contrôlée dans des centres d’activités bureaucratiques. Ce qui a eu comme résultat quelques titres ironiques dans la presse, tel que « Israélites illettrés ? ».

D’autres découvertes effectuées en Samarie d’objets contemporains aux influences phéniciennes et égyptiennes, montrent clairement le niveau du développement économique atteint par le Royaume du Nord qui contrôlait un territoire s’étendant de la Syrie au Sinaï, avant la capitulation en 722 avant J.-C. devant les Assyriens.

Les quelques mots tracés à l’encre sur les ostraca montrent ce qui a été enregistré : tel conteneur contient telle chose, la région et le clan d’où elle provient, et la date de livraison des marchandises à la ville. Quelques mots de l’âge du fer qui ont permis aux linguistes de découvrir que ceux qui les ont écrits parlaient un dialecte hébreu biblique, aujourd’hui appelé « dialecte du nord », différent de celui répandu dans le royaume de Juda, avec une prononciation et des constructions lexicales différentes. En plus d’enrichir l’étude de l’hébreu biblique, les tessons révèlent des aspects de l’agriculture et du commerce dans le monde antique.

La découverte relative aux ostraca de Samarie contraste avec les recherches effectuées sur l’usage de l’écriture dans le royaume de Juda quelques siècles plus tard. Des inscriptions gravées sur des tessons des VIe-VIIe siècles découvertes près d’Arad (désert du Néguev) suggèrent que l’alphabétisation était plus répandue à cette époque. Parmi les 18 inscriptions d’Arad examinées, qui contiennent de la correspondance militaire et qui précèdent la chute de Jérusalem devant les Babyloniens (597 avant J.-C.), on compte au moins six auteurs différents.

Ces résultats pourraient révéler une transition vers une diffusion des compétences en écriture. La tentative de reconstruire le développement des compétences d’écriture dans les anciens royaumes israélites est liée à un débat sur la composition des textes bibliques. La plupart des savants croient que la Bible a été écrite, réécrite et recorrigée par plusieurs mains au cours des siècles, en s’appuyant sur différentes sources. Mais il n’y a pas d’accord sur le début de ce processus et sur la période pendant laquelle les premiers scribes ont mis la main sur le manuscrit. Selon certains, cela se serait produit après la destruction de Jérusalem et de l’exil babylonien, car rien ne prouve que la capacité d’écrire était assez répandue à l’époque du premier Temple pour soutenir une telle entreprise littéraire.

Les conclusions des ostraca d’Arad contrediraient cette thèse : au moins certaines parties de la Bible auraient été compilées à Jérusalem avant la destruction du Premier Temple, peut-être à la fin du VIIe siècle, sous Josias, roi de Juda (640-609 avant J.-C.). Pendant son règne, est-il écrit dans le Second Livre des Rois, le livre du Deutéronome a été « retrouvé ». Cependant, les scribes de Josias ne sont probablement pas sortis de nulle part, mais ils ont compilé et rédigé des traditions écrites et orales antérieures, dont certaines sont peut-être venues avec des réfugiés du royaume du Nord lorsqu’il a été submergé par les Assyriens.

D’autres découvertes de la même période trouvées dans le Nord ont cependant montré que même si le nombre de scribes était faible, la possibilité de composer des textes littéraires existait déjà.

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