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Après l’attentat en Jordanie, les Églises affirment : « Nous sommes ici pour rester »

Rédaction
24 octobre 2026
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Vendredi 23, chrétiens et musulmans se sont réunis en signe de solidarité devant la cathédrale orthodoxe d’Amman ©Archidiocèse grec-orthodoxe de Jordanie

Après l’attaque contre l’église d’Hamoud en Jordanie , les condamnations se sont multipliées en quelques heures. Derrière les appels à l’unité, une même question demeure : comment protéger la présence chrétienne et lui permettre de rester ?


Samedi matin, le bilan s’est alourdi avec le décès d’un blessé, portant le nombre de morts à 8 après l’attaque d’une église survenu à Hammoud en Jordanie vendredi 23 octobre. Une quarantaine de personnes avaient été blessées. Les assaillants sont toujours en fuite et aucune revendication n’a été confirmée.

En quelques heures, les condamnations ont afflué. Du palais royal aux autorités religieuses musulmanes, de Jérusalem aux capitales arabes, les déclarations ont affirmé que la blessure de Hammoud était celle de toute la Jordanie. Dans les textes des Églises, une autre résolution revient avec insistance : les chrétiens ne sont pas des étrangers sur cette terre et n’entendent pas la quitter.

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Le premier le Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, dont relève l’église Saint-Georges, condamnait l’attaque. Le patriarche Théophilos III partageait le deuil des familles et leur confiance dans les services de sécurité. Mais le communiqué allait au-delà des condoléances : « Si le message vise à nous arracher à notre Terre sainte et à nous en chasser, il ne fera que renforcer notre attachement à cette terre et notre enracinement en elle. »

Le Patriarcat poursuit : « Quelle que soit la gravité des événements qui nous entourent ou des épreuves qui nous frappent, ils ne nous pousseront pas à quitter notre terre. Nous sommes les enfants de cette terre, ses racines vivantes, et nous prenons part à son histoire, à son présent et à son avenir. » Il exprime aussi sa conviction que cet acte est étranger à l’islam modéré du pays.

Le roi de Jordanie Abdallah II au chevet des blessés vendredi soir à l’hôpital de Karak ©Maison royale de Jordanie

Le Patriarcat latin de Jérusalem – qui inclut dans son territoire géographique la Jordanie – inscrit sa condamnation dans la même perspective. Il rappelle ce que les balles ont atteint : « Ce crime a fait des morts et des blessés, violant le caractère sacré d’un lieu de culte et portant atteinte au droit fondamental de l’être humain à la vie, à la sécurité et à la liberté de pratiquer son culte dans la dignité. »

À l’entreprise de division, il oppose une appartenance commune : « Les Jordaniens, musulmans et chrétiens, forment une seule famille nationale, unie par une histoire commune et un même destin, liée par l’affection, l’appartenance et la fidélité à sa terre et à ses dirigeants. » Le Patriarcat salue le rôle de la famille hachémite dans la protection de la liberté religieuse et appelle à faire de cette épreuve une occasion de renouveler l’unité nationale.

Les patriarches et chefs des Églises de Jérusalem ont également parlé d’une seule voix. « Cette attaque terroriste contre des civils sans défense est une grave offense à Dieu et à l’humanité. » Leur déclaration souligne l’horreur particulière de frapper des personnes en prière pendant l’ensevelissement de leurs morts. Elle voit dans l’attentat une attaque contre toute la communauté chrétienne de Jordanie et contre les liens de fraternité qui unissent la société jordanienne. À la solidarité des mots, les responsables ajoutent un geste commun : ils ont appelé toutes leurs Églises dans la région à faire sonner les cloches samedi 24 octobre à midi, heure jordanienne, pour les morts et les blessés.

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Le roi Abdallah II a, lui aussi, répondu sans attendre. « Ceux qui s’imaginent pouvoir diviser les Jordaniens avec leurs balles n’ont aucune chance face à notre unité », a-t-il déclaré sur X. Le souverain, qui s’est rendu à Karak après l’attaque pour visiter les blessés, a insisté sur la solidarité de tout le pays, du nord au sud, avant de promettre : « Chaque vie jordanienne est précieuse, et nous frapperons d’une main de fer ceux qui osent menacer notre nation. » Trois jours de deuil national ont été annoncés.

Les autorités religieuses musulmanes jordaniennes ont donné à cette condamnation un fondement explicitement religieux. Le grand mufti Ahmad Al-Hassanat a rappelé : « Le sang des chrétiens est inviolable comme celui des musulmans, et il n’est permis d’y porter atteinte en aucune circonstance. » En visant des innocents, les tueurs s’en prennent aussi à la nation et cherchent à défaire les liens entre ses citoyens, a-t-il souligné.

Cette solidarité a rapidement débordé les frontières du royaume : Liban, Égypte, Syrie. Irak, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Bahreïn, Qatar et Koweït ont adressé leurs condoléances et soutenu la Jordanie. La Ligue islamique mondiale a joint sa condamnation à celles des États.

Pour autant, l’unanimité des condamnations n’épuise pas ce que cette attaque réveille. Dans une déclaration transmise depuis Jérusalem, Mgr Atallah Hanna, archevêque grec-orthodoxe de Sébaste, demande davantage qu’une réponse policière : « L’arrestation des auteurs est le strict minimum, mais ce qui est requis va au-delà : un traitement intellectuel et culturel, et la confrontation de l’environnement nourricier de cette pensée ténébreuse, exclusionniste et terroriste. » Il avertit que le crime vise aussi à installer les chrétiens dans la peur et à attiser la haine entre les membres d’une même société.

Pour les chrétiens de la région, Hammoud ne survient pas dans un vide. L’attentat contre l’église Saint-Élie de Damas, en juin 2025, les violences qui frappent les communautés chrétiennes et l’insécurité de leur avenir composent une mémoire lourde. Les contextes et les responsables diffèrent ; les confondre empêcherait de comprendre. Comme le traduisaient les cloches des églises de la région qui ont sonné le glas hier soir, chaque nouvelle église ensanglantée atteint bien au-delà de ses murs.

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