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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

L’Esprit d’Assise à Istanbul

Frédéric Manns ofm
2 janvier 2012
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L’Esprit d’Assise à Istanbul
Partage de cultures ©M.-A.B./CTS

Jean-Paul II en arrivant au Paradis avait été accueilli par saint Pierre, le premier pape. À tout Seigneur, tout honneur. Depuis des mois il passe son temps à saluer et à discuter avec les nombreux successeurs de Pierre. C’est ainsi que la semaine dernière il rencontra Innocent III. Le Moyen âge avait laissé quelques souvenirs dans sa mémoire, mais il avait oublié beaucoup de détails. Heureusement que derrière Innocent III se cachait un petit moine vêtu de la bure. Jean-Paul II reconnut immédiatement le poverello d’Assise. Il prit les devants et, après l’avoir salué, il rappela à François que c’est lui qui avait organisé il y a vingt-cinq ans la prière d’Assise qui avait trouvé un grand écho dans le monde entier.

François, après avoir salué le pape et l’avoir remercié pour cette initiative, lui raconta comment à Damiette, pendant la période difficile des croisades, il avait réussi avec frère Illuminé sa rencontre avec le sultan, parce qu’il aimait les musulmans. Il avait pu dialoguer avec le sultan parce qu’il était sans arme et parce qu’il était livré au pouvoir des hommes comme au pouvoir de Dieu, le maître de l’histoire. Le sultan l’avait trouvé désarmé et désarmant.

Pour une rencontre spirituelle

Jean-Paul II rappela à François que son successeur, Benoît XVI, s’apprêtait à célébrer le vingt-cinquième anniversaire de cette rencontre et qu’un peu partout dans le monde, étant donné le climat islamophobe de l’Occident, de nombreuses initiatives allaient être prises pour relancer le dialogue.

François répondit au Saint Père : « Oui, j’ai demandé à mes frères qui partaient parmi les Sarrasins de partir en frères mineurs, en petits, parmi les non-chrétiens. La rencontre spirituelle entre chrétiens et musulmans ne fut pas comprise en son temps parce que même l’Église était enfermée dans une mentalité de guerre sainte. Saint Bernard avait bien préparé le terrain ».

Jean-Paul II intervint : « Après le printemps arabe la violence éclate de nouveau en Orient, et il est urgent de tendre la main à tous les hommes de bonne volonté sans aucune naïveté, pourtant ».

François acquiesça. « Il faut laisser jaillir le chant de la vie. Le partage de la vie c’est la richesse des pauvres. Si la violence éclate par l’action des extrémistes, elle trouve sa source dans l’injustice : elle s’étale aux yeux du monde, parce que les violents ont récupéré le cri des pauvres ».

Le pape écoutait et approuvait. François demanda au pape la permission de parler encore. « Avec votre permission, Saint Père, je voudrais vous citer l’exemple de nos frères d’Istanbul qui depuis des années ont tissé de bons rapports avec les derviches et les soufis. Cette année au mois d’octobre ils ont organisé une session de formation au dialogue avec la participation de musulmans et de juifs. Le 27 octobre ils ont invité les derviches tourneurs à danser dans l’Eglise St Louis des Français, tout cela avec la bénédiction de Monseigneur Pelâtre. Cette danse est l’expression de l’ascèse spirituelle, voyage mystique par lequel l’homme, grâce au travail intérieur, accède aux plus hauts degrés de conscience divine. Car en tout homme il y a une étincelle divine. Mevlana, leur maître, s’inspirant des astres qui tournent autour du soleil, a imaginé cette danse mystique. Moi aussi j’aimais danser en chantant frère soleil.

Bâtisseurs de ponts

Le pape écoutait et son regard se perdait dans l’infini. Il reprit : « J’ai l’impression que durant ton voyage auprès du sultan tu as rencontré des soufis qui t’ont enseigné des doctrines secrètes… »

François concluait : « Puisque l’Islam insiste sur les noms divins je voudrais rappeler à mes frères chrétiens que Dieu est sagesse, humilité, sécurité, repos, joie et liesse, justice et mesure, beauté, force et fraîcheur. Il nous faudrait égrener ces noms chaque jour ».

« Tu as raison, reprit Jean-Paul II. Le printemps arabe se fait entendre. Il arrive que les amandiers fleurissent et qu’un coup de froid mette en danger toute la récolte. Avant de voir le dialogue interreligieux fleurir comme les roses, il faudra encore pour un certain temps laisser jaillir le chant du dialogue quotidien fait d’attention et de respect. Trop de vents contraires soufflent, mais notre monde a besoin de semeurs d’avenir et de bâtisseurs de ponts ».

François embrassa la main du pape et lu promit de continuer cet entretien avant la célébration du cinquantième anniversaire de la prière d’Assise.

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