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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Volontaires en Terre Sainte avec la DCC

Hélène Morlet
16 juillet 2015
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Terre Sainte Magazine accueille un/e volontaire de la Délégation catholique pour la coopération. Nous avons demandé à Hélène d’aller à la rencontre de ses “collègues” pour nous faire connaître la variété de leurs expériences.


Pour la troisième année consécutive Terre Sainte Magazine accueille un/e volontaire de la Délégation catholique pour la coopération, plus connue sous le nom de DCC. Pour saluer le travail fait par ce réseau qui maille le territoire de la Terre Sainte, nous avons demandé à Hélène d’aller à la rencontre de ses “collègues” pour nous faire connaître la variété de leurs missions et de leurs expériences.

Parmi les volontaires DCC, il existe un lien particulier. Nous nous sommes soit préparés ensemble soit de la même façon. Nous étions prêts à partir au fin fond de l’Amérique Latine, en Afrique ou en Asie. Et nous voici en Palestine, en Israël, à Jérusalem. Sur un territoire minuscule mais qui offre une telle variété !

A Naplouse, Matthias a été accueilli par abouna Johnny, curé de la paroisse qui veille aussi sur l’école du patriarcat latin. C’est là que Matthias enseigne le français : “C’est la langue officielle du patriarcat latin depuis sa restauration en 1847, en raison de l’aide apportée par la France et par son Église”, explique abouna Johnny. “Dans nos écoles, les jeunes l’apprennent mais ne le pratiquent pas beaucoup, d’où l’intérêt d’un assistant.” Et faire appel à quelqu’un de la DCC a du sens : “Les jeunes Palestiniens ne connaissent de la société occidentale que ce qu’ils en voient à la télévision, dans une liberté loin de l’Église. C’est important que le coopérant soit croyant et pratiquant, qu’il puisse reconstruire l’image”. Matthias assiste trois professeurs de français, une heure par semaine avec chaque classe. Diana Akkad Johary, l’une d’elles, est très enthousiaste. “C’est la première fois que les élèves voyaient un vrai Français! Au début, ils étaient intimidés et inquiets à l’idée de faire des erreurs. Maintenant, ils me demandent du vocabulaire pour lui parler. Un vocabulaire qu’ils retiennent beaucoup mieux, puisqu’il a un but concret! Matthias a noué des relations amicales avec eux, et nous apprend beaucoup sur la culture. Avec son expérience d’enseignant, il nous a proposé de nouvelles méthodes d’apprentissage. Il corrige aussi nos fautes à nous, professeurs…”. De son expérience, Matthias retient surtout le dialogue inter-religieux : “Dans une ville de 350000habitants où vivent 600 chrétiens, on ne peut pas passer à côté de la rencontre avec les musulmans. Nous avons eu de très belles discussions sur l’islam et le christianisme.” Il souligne aussi que “la différence avec un professeur, c’est qu’on est dans une démarche d’apprentissage l’un de l’autre”.

Vivre ensemble

Tous les volontaires DCC n’habitent pas en ville. Aller chez Béatrice, dans le village d’Aboud, 2 500 habitants, chrétiens et musulmans, au nord de Ramallah, c’est découvrir un univers totalement différent. Dans le taxi collectif, le chauffeur me reconnaît depuis ma dernière visite, et indiquer “la maison de la Française” suffit comme destination ! Dans ce village perdu au milieu des oliviers et entouré de colonies, Béatrice travaille avec Afaf, la professeur de français de primaire. Et comment travaillent-elles ? “Avec plaisir!” s’exclame tout de suite en riant Afaf. Installées dans la cour de la maison familiale, nous discutons autour d’une table, sous le regard de l’âne de l’autre côté de la barrière. Les voisins passent, la famille s’installe à côté, l’ambiance est chaleureuse. “J’apprécie surtout de pouvoir vivre dans le village, partager la vie quotidienne des habitants, confie Béatrice, j’ai été très bien accueillie par Afaf et les siens, que je considère maintenant comme ma propre famille. J’ai vécu des moments importants avec eux, comme les fiançailles de sa nièce, mais aussi des moments simples qui font le quotidien, cuisiner ensemble des plats traditionnels palestiniens… et de conclure, j’espère que, rentrée en France, je saurai accueillir les étrangers comme j’ai été accueillie ici.”

Cette dimension de l’accueil est aussi celle qui a frappé Pierre-Loup, volontaire au département Médias et communication du patriarcat latin, à Jérusalem depuis 20 mois. “Je me suis rendu compte en habitant ici que nos sociétés européennes sont très individualistes. Malgré moi, par ma culture, je suis individualiste, même si j’ai appris au contact de la culture arabe locale à l’être beaucoup moins. Nous avons besoin de retrouver cette beauté de l’accueil en France”. Écriture d’articles, veille médiatique, dans son travail et immergé au cœur de la très religieuse vieille ville, Pierre-Loup a beaucoup appris sur l’Église. “Avoir le temps de visiter et de me familiariser avec les lieux saints m’a permis de faire grandir ma foi. La découverte de l’Église arabe multiséculaire, des différences de pratique, mais aussi des défis de l’Église catholique auprès des juifs, des musulmans et même des autres Églises contribue à une meilleure connaissance de ma religion. Il y a le visage international de l’Église-mère de Jérusalem, avec sa vocation à être tournée vers le monde, mais aussi son visage particulier avec ses chrétiens et ses propres défis: réfugiés, migrants, relations avec l’islam et le judaïsme, séparation des familles par le mur…”

Retour en Palestine pour aller à la rencontre d’Élodie, volontaire à Ramallah dans une école catholique de filles pour la plupart musulmanes. Élodie habite le quartier chrétien de la capitale économique et accueille souvent pour un café les volontaires de passage. “Même si je ne comprends pas tout, je vais à la messe tous les dimanches.
J’y retrouve des parents d’élèves ou collègues chrétiens, dans un autre contexte. L’an dernier, je suis allée voir le pape à Bethléem avec la paroisse. Les chrétiens d’ici m’ont réconciliée avec des pratiques plus traditionnelles de la religion catholique: le port du col romain, s’agenouiller ou communier à la bouche par exemple. Ça m’a toujours paru étrange en France mais ici c’est plus naturel.”

Réciprocité

Des couples et des séminaristes partent également avec la DCC. Mgr Shomali souligne : “Tous les séminaristes que nous avons accueillis via la DCC nous ont dit qu’ils avaient été fortement influencés par leur passage ici. Des amitiés se sont nouées.” Ces échanges permettent de renforcer et de vivre l’universalité de l’Église. Édouard et Marie, eux, se sont mariés deux mois avant de partir et ont voulu la coopération pour fonder leur couple dans cet esprit d’ouverture et de découverte. Ils ont passé un an dans un village isolé du nord de la Palestine à majorité chrétienne, et lorsque je leur parle sur skype, cela fait dix mois qu’ils sont rentrés. “Avec le recul, je pense que c’est notre présence plus que notre travail qui était importante. Nous étions les seuls étrangers, nous avons partagé leur vie, nous les avons rencontrés. Cela leur a apporté une ouverture sur le monde et leur a montré que le monde ne les oublie pas” explique Marie. Édouard complète : “C’est surtout nous qui avons appris, car nous avions des relations amicales avec nos élèves en dehors de l’école, nous étions invités à manger dans les familles et étions considérés comme les villageois.” L’école de Zababdeh a fait un échange avec le collège Sainte-Anne de La Trinité Porhoët : les Français étaient venus en Palestine l’an dernier, ils ont donc accueilli les Palestiniens ce printemps. Grâce à Édouard et Marie, les jeunes ont pu passer quelques jours en région parisienne en plus de la Bretagne. “La mission de témoignage, de retour en France, est très importante. Cela change le regard des gens sur ce peuple. Leur voyage aussi a permis de changer ce regard des deux côtés: contrairement aux idées reçues, tous les Français ne sont pas riches, et tous les Palestiniens ne sont pas pauvres!”.

A Jérusalem, l’expérience est tout autre. Internationale et multiculturelle, les volontaires ont un aperçu différent de la ville selon le quartier où ils habitent et les populations avec lesquelles ils travaillent. Étudiants arabes, juifs et internationaux à l’Université hébraïque, travailleurs et patients de toutes origines à l’hôpital Saint-Louis, clergé au patriarcat ou à la custodie…

Deux volontaires sont aides-soignantes à l’hôpital Saint-Louis. L’une d’elles, Isaure, travaille aussi en soutien au kinésithérapeute et à l’ergothérapeute locaux. De fait, lorsque je vais dans l’hôpital, ou simplement discuter avec Isaure dans la cour, je comprends tout de suite mieux cette idée de “joyeux mélange” dont elle me parlait. “Mon objectif est d’améliorer la qualité de vie des patients dans les soins prodigués et la relation créée. Je participe par exemple au sensori-groupe, pour les plus grabataires. Il s’agit de stimuler leurs cinq sens: leur faire goûter des aliments lorsqu’ils sont nourris par une sonde, mettre de la musique, leur masser les mains, etc. En retour, j’apprends énormément sur le plan religieux, humain, culturel.” J’ai rencontré Anne-Laure, la volontaire précédente, lorsqu’elle est revenue une semaine, dix mois après la fin de son volontariat. “On a beaucoup de chance d’être en contact avec nos collègues d’autres religions. J’ai assisté à plusieurs repas de shabbat, accompagné l’art-thérapeute à la synagogue, à une bar-mitzva, vraiment prête à me montrer les choses de l’intérieur. J’ai aussi vécu la rupture du jeûne pendant le ramadan avec mes collègues musulmans, c’était très convivial”. Maintenant qu’elle a repris un travail en région parisienne, elle perçoit toujours les retombées positives de cette expérience : “Dans le service où je travaille, j’ai pu expliquer à mes collègues que si un de nos jeunes patients juif ne venait pas aux activités le vendredi soir, ce n’est pas de la mauvaise volonté, mais simplement le shabbat. J’ai pu aussi apprivoiser une maman sur la défensive en lui parlant les quelques mots d’arabe que j’ai appris. C’est une richesse d’avoir vécu cette cœxistence.”

Corentin lui, s’est occupé de personnes handicapées pendant 18 mois. “J’ai appris à me connaître en tant qu’éducateur, à gérer les conflits et les différences culturelles. Tout en respectant la culture des employés, et en apprenant beaucoup d’eux, j’ai essayé de leur montrer que des améliorations sont possibles lorsqu’on travaille avec des personnes handicapées, que cela vaut la peine de prendre le temps.” Il a aussi été très marqué par la présence du conflit : “Même s’il n’y a pas de conflit physique, on vit dedans au quotidien. Il faut en tenir compte car les gens sont méfiants, parfois violents malgré eux, à cause du poids du passé et des tensions.” Quelles que soient leurs expériences, les volontaires prennent conscience de la complexité de la situation. “Tout ce qui a trait au conflit et à la politique, je veux le laisser ici. Je préfère ramener en France mes belles expériences” termine Pierre Loup.

La rencontre

Lorsque je demande à Corentin ce qui, finalement, l’a marqué pendant ses 18 mois à Jérusalem, il répond : “Les hommes. La beauté de chaque être humain dans son individualité et dans son humanité, en dépit du conflit et de ses conséquences sur sa vie. J’ai commencé la photo à Jérusalem car cette ville m’a donné envie de photographier les hommes, dans leur quotidien malgré le conflit.” La rencontre, les hommes. Il semble que ce soit là l’essence de la DCC.

Fiche d’identité

Fondée en 1967, la Délégation catholique pour la coopération est une organisation non gouvernementale catholique de développement. Elle fait partie du service national de la Mission universelle de l’Église au sein de la Conférence des évêques de France. Chaque année, près de 220 volontaires sont envoyés dans plus de 50 pays en développement pour des missions d’un ou deux ans auprès de partenaires locaux.

Pour la Terre Sainte, une partie des frais est financée par l’association des Oeuvres de l’Ordre équestre des Chevaliers du Saint-Sépulcre.

En savoir plus sur www.ladcc.org

« Nos mondes à partager » comme slogan

Avec ce slogan la DCC accompagne chaque année près de 500 volontaires dans le monde entier. La DCC est en quelque sorte le témoin du souci et du soutien de l’Église de France pour les Églises et les populations des pays en développement.

Logés dans des conditions simples, les coopérants créent des liens, expérimentent les différences culturelles et le dialogue avec l’autre, deviennent des étrangers et se laissent surprendre. Certains sont très enracinés dans la foi, d’autres moins sûrs, mais tous sont désireux de collaborer avec l’Église au bien de tout homme.

Le fonctionnement de la DCC est tel que les volontaires se voient affectés une mission et un pays selon les besoins. Ils arrivent donc tous en Terre Sainte par hasard.

Dans un contexte de conflit, la DCC insiste sur l’importance de rester “neutre”. “On essaye depuis toujours d’être présent à Jérusalem, en Israël et en Palestine. Certaines années sont plus ou moins heureuses sur les effectifs, mais nous comptons sur les liens entre les différents volontaires pour être témoins des liens à construire” explique Marie-Bernadette Caro. Elle et Frédéric Mounier forment un tandem de chargés de mission. Bénévoles, ils sont responsables, pour la zone, de l’accompagnement des volontaires et des relations avec les partenaires locaux. Chaque année, ils passent deux semaines à leur rendre visite, vérifier l’adaptation à la mission, mais aussi prospecter et découvrir les lieux où un volontaire pourrait être utile. Ils rassemblent tous les coopérants sur le terrain pendant un week-end sur le ton de la convivialité et de la relecture, avec un temps spirituel.

“La complexité du terrain est telle que nous ne sommes pas trop de deux pour confronter nos points de vue. Il est préférable, pour être mieux entendu dans cette culture proche-orientale, qu’un homme parle aux hommes, et une femme aux femmes.” explique Nadette.

Et Frédéric d’ajouter : “Les volontaires restent une durée relativement brève et ils ne changent pas le monde, mais ils contribuent à quelque chose qui les dépasse largement, et qui, nous le pensons, portera des fruits dans l’avenir.”

Etre volontaire

Agés de 21 ans minimum, les coopérants partent sous contrat de volontariat de solidarité internationale (VSI), encadré par la loi du 23 février 2005 et bénéficient ainsi d’une couverture sociale complète. Ils sont logés et nourris par le partenaire local, qui paye également les billets d’avion aller-retour et verse une indemnité mensuelle. Après le recrutement et avant le départ, les volontaires reçoivent 10 jours de formation de la DCC afin d’être préparés aux situations diverses qu’ils rencontreront sur le terrain.

 

 

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