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Covid-19 : Israël vit une crise économique sans précédent dans son histoire

Cécile Lemoine
9 octobre 2020
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Covid-19 : Israël vit une crise économique sans précédent dans son histoire
Rideaux baissés dans le célèbre marché Mahane Yehuda quand le gouvernemnt de l'tat hébreu impose un nouveu confinement à la population © Olivier Fitoussi/Flash90

Professeur d’économie au collège universitaire de Netanya à Jérusalem, Jacques Bendelac porte un regard inquiet sur la reprise économique de l’État hébreu, alors que le confinement se prolonge et que les dissensions politiques empêchent la définition d’un plan de relance.


Comment l’économie israélienne est-elle touchée par la pandémie de Covid-19 ?

Israël vit une crise sans précédent dans son histoire. Le second confinement, décidé mi-septembre va être fatal pour l’économie, qui n’a pas eu le temps de se relever du premier confinement. Selon les projections réalisées par le Trésor israélien, la pandémie de Covid-19 entraînerait pour Israël une perte record de 10,2% de son PIB en 2020-2021. C’est du jamais vu. Même la récession provoquée en 2001 par la seconde Intifada, considérée comme une des périodes noires de l’économie israélienne, apparaît aujourdhui comme un épisode passager et modéré. De plus, ces chiffres ne prennent en compte que les pertes en matière de production. Le coût total de la pandémie doit aussi inclure les dépenses de lEtat pour relancer l’économie. La note sera très salée.

Quelles sont les mesures prises par le premier ministre Benyamin Netanyahu, et sont-elles efficaces ?

Les mesures prises par le gouvernement ne visent qu’à indemniser les chômeurs ou les entreprises. Ce n’est pas suffisant pour relancer l’économie. Plus occupé à gérer ses dissensions internes qu’à lutter contre la Covid-19, le gouvernement d’union nationale n’a pas pris la peine de décider d’un plan de relance. Les entreprises ne disposent daucune vision à moyen terme. Les défaillances pourraient s’accélérer en 2021. Plus grave, Israël n’a pas non plus voté de budget pour 2020 ou 2021. Résultat, c’est l’improvisation qui domine dans un pays ou les politiques ultra-libérales menées depuis dix ans aggravent les retombées économiques de la crise et en retardent la sortie. Les coupes dans les dépenses publiques et sociales font, qu’aujourd’hui, le pays n’est pas au niveau pour faire face à la crise.

Israël est souvent présenté comme une économie à deux vitesses : une croissance importante, peu de chômage, mais beaucoup de pauvreté. La crise actuelle aggrave-t-elle les inégalités ?

Israël n’a pas de mécanisme de chômage partiel. Les entreprises sont obligées de mettre leurs employés en congés sans solde. S’il n’était que de 3% avant la crise, le chômage est passé à 21% de la population active. Faute de pouvoir payer leurs loyers, le nombre de sans-abri augmente. Les distributions de repas se multiplient. Les Arabes israéliens et les communautés juives ultraorthodoxes sont les populations les plus touchées.

La lassitude de la population face au marasme économique et au manque de renouvellement politique pourrait-elle se traduire par un soulèvement populaire de grande ampleur ?

Depuis mars, la contestation s’organise contre Netanyahu. Les manifestations actuelles sont un phénomène rarement vu dans un pays qui n’a pas de tradition syndicale. Les manifestants se fatiguent vite. Ce genre de mouvement ne s’est jamais traduit par un renversement du gouvernement. Cette situation est renforcée par un autre paradoxe bien israélien : les pauvres votent traditionnellement à droite, ces mêmes partis qui les appauvrissent, car la motivation sécuritaire lemporte. Et les riches votent à gauche, parce quils se disent que la Gauche va apporter la paix et que ce sera favorable aux affaires. La droite est encore en tête dans les sondages.

Sur quoi faudra-t-il miser pour relancer l’économie israélienne ?

Le gouvernement assure qu’il y aura une reprise dès 2021. Je pense plutôt que sans intervention massive de l’État, Israël pourrait connaître une nouvelle « décennie perdue », comme celle vécue après la guerre du Kippour de 1973. Le gouvernement doit mettre ses politiques libérales de côté et lancer de grands plans d’investissement dans les infrastructures : transport, santé, protection sociale… Il faut inciter à la reprise de l’emploi, investir dans la formation professionnelle, ou même éventuellement racheter les entreprises dans les secteurs stratégiques.

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