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Arabes et juifs des périphéries unis par le coronavirus

Giorgio Bernardelli
14 juillet 2020
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Arabes et juifs des périphéries unis par le coronavirus
La police a barré l'accès à certains quartiers ultra-orthodoxe qui connaissent une résurgence du nombre de contamination ©Olivier Fitoussi/Flash90

En Israël, où la Covid-19 sévit-elle le plus ? Dans deux environnements bien précis : dans les quartiers arabes de Jérusalem et (plus encore) dans ceux des haredim, les juifs ultra-orthodoxes.


L’alarme a sonné depuis plusieurs jours maintenant : Israël et la Palestine sont à nouveau en état d’urgence avec une deuxième vague de contagion estivale du coronavirus qui – comme l’a déjà relaté Terresainte.net – s’avère encore plus intense que la première.

Dans ce scénario général, il y a toutefois un aspect particulier sur lequel il est intéressant de porter attention : où la Covid-19 sévit-elle le plus en Israël ? Dans deux environnements bien précis : dans les quartiers arabes et (plus encore) dans ceux des haredim, les religieux ultra-orthodoxes. On en parle plus particulièrement dans un article du Times of Israel, qui a dessiné il y a quelques jours la carte des foyers de contagion à Jérusalem, en citant expressément Mea Shearim, Geulah, Mekor Baruch, Sanhedria (les fiefs des haredim) ainsi que Jérusalem-Est. Et en expliquant que sur les 160 nouveaux cas de coronavirus enregistrés au cours des dernières 24 heures dans la Ville Sainte, 114 provenaient de l’ensemble de ces quartiers.

La nouvelle en soi n’est pas surprenante : quiconque connaît un tant soit peu Jérusalem sait que les quartiers des haredim et les quartiers arabes de Jérusalem-Est ont en commun d’abriter de grandes poches de pauvreté, ce qui est peut-être l’unique visage véritablement unificateur de la Jérusalem d’aujourd’hui. En outre, dans de nombreuses régions du monde, le coronavirus sévit dans les bidonvilles et d’autres zones où les conditions de logement sont plus précaires et les établissements de soins moins répandus. Joue aussi contre les haredim la contestation de nombreux dirigeants de cette communauté à imposer l’obéissance aux mesures de l’espacement social, notamment en ce qui concerne les cérémonies religieuses.

Et la Covid-19 montre une fois de plus toutes les contradictions dans les rapports entre les haredim et les institutions de l’Etat d’Israël, surtout là où se posent des problèmes de compatibilité avec la halakha, c’est-à-dire avec le système de règles auquel tout juif ultra-orthodoxe adhère scrupuleusement.

Cela dit, réduire la propagation du coronavirus en Israël à une question de « fanatisme » est une opération très naïve. Qui se greffe sur la question plus large du rapport entre laïcs et religieux, et innerve depuis longtemps la société israélienne. Ce monde israélien laïc, qui ne supporte guère les rentes de situation obtenues par le Shas et le Judaïsme unifié de la Torah (les deux partis religieux des Sépharades et des Ashkénazes) grâce à l’importance de leurs voix dans l’alliance avec Netanyahu, crie haro aujourd’hui sur les haredim. Tout comme pour les Arabes israéliens, le monde israélien laïc les considère comme quelque chose d’ « étranger ». Sans comprendre que l’inclusion sociale du monde ultra-orthodoxe est l’un des grands défis autour desquels se jouera demain l’identité d’Israël. Et sans rappeler que l’alliance avec la droite n’est pas un destin inéluctable pour les religieux : dans les années 90, Yitzhak Rabin lui-même, non sans difficultés, a régné avec le Shas dans sa majorité. Mais il y avait surtout des forces comme le Meimad, un parti religieux qui regardait ouvertement à gauche et dont le représentant le plus connu était le rabbin Michael Melchior. Une partie non négligeable du suicide de la gauche modérée en Israël était précisément de donner ce monde dans sa totalité à Netanyahu et à sa droite nationaliste.

Mais qu’ont gagné les religieux à rejoindre ce bloc de pouvoir ? La Covid-19 justement, soulève un grand point d’interrogation. Pourquoi, en fin de compte, le coronavirus déchire le voile sur la question de savoir si les haredim d’Israël, apparemment les plus convoitables, restent encore sur la touche. « Achetés » avec un peu d’argent pour leur yeshiva et quelques interdictions de nature religieuse imposées à tous, ils restent cependant toujours confinés dans leur quartier.

Il n’est donc pas étonnant – alors – que celui qui leur envoie le plus de signaux soit le leader de la liste arabe, Ayman Odeh. Car en réalité, les points de contact entre les Arabes israéliens et les haredim sont bien plus nombreux qu’on ne le pense. Citons-en deux : ce sont tous deux des groupes sociaux en forte croissance numérique et tous deux sont victimes de préjugés. Mea Shearim et Jérusalem-Est sont plus proches l’une de l’autre que Tel-Aviv et les colonies de la vallée du Jourdain. Le jour où – en plus du coronavirus – l’Israélien moyen le remarquera aussi, peut-être que la réflexion sur l’avenir de cette terre pourra vraiment commencer.


Cliquez ici pour lire l’article du Times of Israel sur les quartiers ultra-orthodoxes et arabes comme épicentre de Covid-19 à Jérusalem

Cliquez ici pour lire cette analyse de l’Israel Democracy Institute sur les coronavirus dans les communautés arabes et haredi

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