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“Nous vivons un moment de pause au milieu de ces temps complètement fous”

Claire Riobé
2 avril 2020
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“Nous vivons un moment de pause au milieu de ces temps complètement fous”
La région de la Galilée, au nord d'Israël, est déserte en cette période de confinement. Mars 2020 ©Andrea Krogmann/KNA

En cette période de confinement, Terre Sainte Magazine vous propose de vivre au plus près le quotidien de nos frères et soeurs de Terre Sainte, au travers d'une série de portraits exclusifs. Retrouvez aujourd'hui le témoignage d'Andrea Krogman, journaliste et habitante de la vieille ville de Jérusalem.


Andrea Krogmann habite depuis 10 ans en Terre Sainte, dans la vieille ville de Jérusalem. Journaliste pour une agence de presse allemande, elle a été autorisée à parcourir le pays pendant la crise du coronavirus. Elle raconte.

Andrea, comment ressentez-vous l’ambiance du pays ces jours-ci ?

J’ai quitté Jérusalem ce matin pour aller vers la Galilée. Je suis passée près du Jourdain puis suis montée à Tabgha, au lac de Tibériade. Tout le pays est vide, un grand calme règne. La plupart des magasins est fermée, même dans les petits villages arabes, et les gens restent chez eux. On ne voit que les bergers avec leur troupeau, ce qui est assez joli d’ailleurs. La vallée du Jourdain est complètement verte.

Les autorités vous laissent circuler librement ? 

Oui, car tous les journalistes ont reçu une lettre qui les autorise à travailler comme d’habitude. A priori, nous pouvons aller partout, à condition de respecter les mesures demandées par le Ministère de la santé israélien telles que l’interdiction de se réunir à plus de 10 personnes. A vrai dire aujourd’hui, personne ne m’a arrêté ou demandé quoi que ce soit, à part à la sortie de la vieille ville de Jérusalem.

Par contre, en vieille ville, nous voyons énormément de groupes de police et police de frontières qui sillonnent la ville. La porte de Jaffa n’est pas complètement fermée, mais les soldats contrôlent l’identité de chaque personne qui veut sortir.  

Dans quel état d’esprit sont les personnes que vous rencontrez ?

Les moines de Tabgha me parlaient aujourd’hui du paradoxe de cette situation. D’un côté, le calme dans la région leur fait du bien, car cela leur permet de respirer un peu. Voir leur monastère complètement vide a un côté assez beau, reposant. D’un autre côté, c’est assez triste parce que les employés du monastère n’ont plus de travail ; tous les pèlerinages ont été annulés jusqu’en mai. 

A Jérusalem, j’entends certains habitants dirent que cette situation est un drame car ils sont en train de perdre leur travail et n’ont plus de quoi vivre. D’autres disent que les autorités ne vont pas assez loin dans les mesures de sécurité qui ont été prises, qu’il vaudrait mieux fermer complètement le pays. Ils ont peur que le gouvernement ne perde le contrôle. L’incertitude règne, partout.

Les autorités ne laissent pratiquement plus entrer de fidèles au Mur des Lamentations. Seuls les habitants de la vieille ville ont encore le droit d’y accéder, ce qui limite pas mal le nombre de personnes qui peuvent prier. J’y étais vendredi soir, à la tombée du shabbat, et la sécurité a seulement laissé entrer trois femmes juives pour prier, après avoir vérifié leur adresse. 

Seuls quelques Franciscains de la Custodie de Terre Sainte ont pu se réunir pour le Chemin de Croix sur la Via Dolorosa, le vendredi 27 mars 2020. ©Andrea Krogmann/KNA

Vendredi (27 mars), j’ai suivi le Chemin de Croix des Franciscains le long de la Via Dolorosa. Tout était déjà fermé, donc ils étaient en nombre très réduit, seulement 6 ou 7 d’entre-eux. Ils ont fini leur procession dehors, sur la place du Saint-Sépulcre, sans rentrer à l’intérieur. Les Grecs-orthodoxes et les Arméniens les ont rejoints, mais la police a vidé complètement les lieux, et nous avons dû partir (…). En fait nous sommes tous un peu dans l’insécurité, la situation n’est pas très claire. 

Qu’est-ce qui vous marque le plus depuis le début de ce confinement ? 

Je pense que c’est ce paradoxe, qui est qu’à travers cette épidémie, Jérusalem a enfin le temps de respirer. Moi qui vis en vieille ville, je vois à la fois la douleur et la peur des gens, la crise existentielle qu’ils traversent face à cette situation, et à la fois le soulagement d’un pays, d’une ville qui débordent habituellement de monde. En temps normal, la vieille ville est pleine de groupes qui courent dans tous les sens. Les gens se bousculent dans les ruelles… bien sûr, c’est positif pour l’économie du pays, pour les pèlerinages, mais c’était trop quelque part. Personnellement, je peux enfin respirer dans ma propre ville. 

Vraiment, ce qui me marque est que ce confinement fait du bien à la société et au pays, dans le sens où le rythme effréné de Jérusalem ralentit, et que l’on prend le temps de respirer. J’ai l’impression que nous vivons un moment de pause, au milieu de ces temps complètement fous que l’on traverse. 

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