Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

À pieds, sur le “sentier de Jésus”

Cyrille David
30 septembre 2013
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Shalom, shalom” ! Deux jeunes, un chapeau de cow-boy sur la tête, nous interpellent dans un village arabe, sur le “sentier de Jésus”. Très curieux et un brin moqueurs, mais avenants, ils saluent les voyageurs qui, à pied, sacs sur le dos, traversent leur village. “Faire une randonnée, cette chose qui n’a aucun sens.” pensent-ils très fort, tout sourire.
Un coup d’œil sur notre appareil photo les convaincra qu’ils méritent une photo. Effectivement. La photo prise, on repart. Arpenter la Galilée et rencontrer au hasard des carrefours ses habitants, c’est ce que propose le “sentier de Jésus”.
Tantôt balisé d’un signe de grande randonnée, une bande orange et deux bandes blanches, tantôt signalé par des galets empilés qui, en plus d’indiquer la direction, rappellent que le but de ce chemin est, à Capharnaüm, la maison de Pierre, construite avec ces mêmes galets, le “sentier de Jésus” traverse la Galilée, de Nazareth jusqu’au lac de Tibériade.

Éviter l’été ?

On traverse des villes ou des villages arabes, comme Cana. On passe à proximité de kibboutz. L’un comme l’autre peuvent s’avérer précieux lorsqu’il s’agit de se ravitailler en eau.
Les randonneurs marchent de préférence avant ou après l’été car les conditions climatiques, plus que le dénivelé, compliquent le trajet. En effet, 600 m d’altitude à peine séparent la basilique de l’Annonciation à Nazareth (400 m au dessus du niveau de la mer) de Capharnaüm (200 m en dessous). En outre, on marche sur le sentier selon le mouvement que décrivent les évangiles, “il descendit à Capharnaüm”.
“Lire dans les Évangiles que Jésus marchait de Nazareth à Tibériade ou à Capharnaüm, c’est très bien. Mais on ne voit pas ce que ça représente. Faire le sentier, dans la chaleur, sous le soleil, permet de mesurer l’effort que c’était d’aller visiter Pierre à Capharnaüm, ou plus encore de se rendre à Jérusalem pour les fêtes juives en traversant la Samarie” explique un randonneur qui se repose quelques minutes à l’ombre d’un caroubier. Il confie en outre avoir découvert, après plusieurs heures de marche, la saveur d’un champagne millésimé dans quelques gouttes d’eau.

Jésus n’a pas pris le bus

De Nazareth à Cana, de Cana aux falaises d’Arbel en passant par les cornes de Hattin, des falaises d’Arbel à Capharnaüm. Le long de la route, ce ne sont pas les curiosités qui manquent : un pont ottoman, des grottes paléolithiques, les cornes de Hattin (la “colline rocheuse à deux dentelures” au sommet de laquelle les armées croisées se sont trouvées piégées par Saladin en juillet 1187), un sanctuaire druze, un village palestinien de 1948 dont il reste la mosquée ruinée, une synagogue du IVe siècle, des vues imprenables sur le lac de Galilée, Nazareth, le lieu d’enfance de Jésus, “son” village, Capharnaüm.
Le sentier de Jésus ne se déroule pas le long d’un itinéraire précis qu’aurait emprunté Jésus. Il passe dans des lieux qui ont probablement vu son passage. On emprunte un tronçon de route romaine qui reliait Haïfa et Tibériade en son temps. On croise à Arbel, une synagogue. Si elle n’est que du IVe siècle, le village juif aurait été habité depuis deux siècles lorsque Jésus naquit en Galilée. Quant aux paysages, que l’on a depuis les cornes de Hattin ou les falaises d’Arbel, sur le lac de Tibériade, ils parlent d’eux-mêmes.
À l’origine de ce sentier, de son balisage et de l’édition d’un guide qui détaille le parcours, les étapes et les lieux remarquables, il y a deux amis ; un israélien juif, Maoz Inon, et un américain chrétien, David Landis.
Le premier, qui a observé dans d’autres pays “que la randonnée pouvait servir à stimuler l’économie locale et à préserver la culture locale”, rêvait de développer un chemin de randonnée religieuse et historique dans son pays.
Le second a sillonné les chemins entre Nazareth et Capharnaüm pour définir l’itinéraire du Jesus trail que la Société de Protection de la Nature en Israël (SPNI) a balisé en 2009. C’est lui, par ailleurs, qui, avec Anna Dintaman, son épouse, a écrit le guide.
“Jésus n’a pas pris le bus. Pourquoi le prendriez-vous ?” est le slogan de ce petit guide. Se munir de la carte 1/50.000 de la Galilée, publiée par la SPNI, n’est pas inutile. En effet, les constructions de routes en cours brouillent parfois les pistes tracées. Sur la carte on peut suivre plus précisément le sentier.
Attention, tous les chemins ne mènent pas à Capharnaüm ! Lire une carte pour prendre la mesure d’un texte…


Des tracés concurrents

Est-ce grâce à une relative stabilité politique ? Les chemins de Grande randonnée se développent en Israël. Alors que l’Israel trail qui relie le nord au sud du pays sur à peu près 1000 km avait été lancé en 1995, le sentier de Jésus est plus récent : il date de 2008. Un concurrent, le sentier de l’Évangile (Gospel trail) est ouvert depuis 2011, développé par le Ministère du tourisme. Le chemin est signalé par des galets empilés. Les chemins de Jésus et de l’Évangile se confondent quand ils aboutissent au lac de Galilée. Sur sa première longueur, le Gospel trail présente moins de points de ravitaillement en eau. Car il passe par moins de villages arabes. Nombreux sont les chemins de randonnée, dans le Golan, dans le désert de Judée, en Galilée… qui permettent de découvrir le pays, d’un autre point de vue.


En savoir plus

Le Jesus trail, sentier de Jésus c’est un livre en anglais, avec des cartes, des suggestions d’itinéraires, des conseils pratiques etc. C’est aussi un site Internet.
Les plus fortunés pourront faire le sentier avec les guides du Jesus Trail eux-mêmes. C’est plus lent, c’est bien organisé, on rencontre plein de gens et on dort chez l’habitant, mais ce n’est pas accessible à tout le monde parce que c’est en anglais, mais surtout parce que ce n’est pas donné.
jesustrail.com

 

Dernière mise à jour: 30/12/2023 23:31

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