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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Quand la Chine pérégrinera

Hélène Morlet
5 mai 2016
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Devant le nombre grandissant de pèlerins chinois, la Custodie s’adapte. Bientôt les frères chinois seront secondés par une communauté religieuse féminine formée à guider en Terre Sainte.


Frère Johannes* est arrivé à Jérusalem en février dernier. Comme son nom ne l’indique pas, ce franciscain souriant et toujours prêt à dégainer son appareil photo est chinois. Il a quitté son pays natal pour venir en service à la Custodie. Sa mission : guider les groupes de pèlerins chinois en Terre Sainte. Son séjour aux États-Unis et ses études au Studium Biblicum Franciscanum (SBF), l’université franciscaine de sciences bibliques et archéologiques de Jérusalem, l’y ont bien préparé. “Il y a un besoin criant de guides chinois catholiques pour répondre à la demande spirituelle des pèlerins” explique-t-il. Ces cinq dernières années, alors qu’il était basé en Chine, il a accompagné plus de quinze groupes, et son agenda aujourd’hui se remplit rapidement. C’est un fait, le nombre de pèlerins chinois augmente chaque année de 100 %. Ces chiffres du Bureau franciscain des pèlerins (Franciscan Pilgrim’s office) pour 2015 sont révélateurs d’une tendance nouvelle. Ils demandent à la Custodie de s’adapter à ces chrétiens du bout du monde.

Il est très difficile de connaître le nombre exact, mais les chrétiens en Chine se comptent par millions. Ils sont catholiques ou protestants, de l’Église officielle approuvée par le gouvernement ou de l’Église souterraine. Ces dernières années, la Chine s’ouvre et laisse davantage circuler les religieux. Mais l’organisation de pèlerinages reste compliquée, notamment à cause du manque de liberté religieuse. “Pour différentes raisons, on ne peut pas afficher de liste à la sortie de l’église pour que chacun s’inscrive au pèlerinage. Au contraire les groupes sont organisés très discrètement, par le bouche-à-oreille” explique frère Johannes. Ce sont donc officiellement des touristes chinois qui se rendent en Israël, dans un but inavoué de pèlerinage.

Améliorer l’accueil

Frère Lionel, franciscain singapourien de la Custodie, s’est rendu compte il y a quelque temps du besoin de guides sinophones catholiques. En effet, ces pèlerins sont des personnes âgées de plus de cinquante ans et pour beaucoup c’est le premier voyage hors des frontières de leur pays. Quasiment aucun d’entre eux ne parle anglais ou une autre langue étrangère.
“Dans le car à leur arrivée, j’essaye de leur apprendre les quelques mots dont ils peuvent avoir besoin”, raconte frère Johannes. “Mais ils ne savent pas comment s’exprimer pour acheter une bouteille d’eau ou un chapelet. Je me retrouve parfois à servir d’intermédiaire à trente personnes qui veulent toutes acheter des souvenirs en même temps”, ajoute-t-il en riant.

“La plupart du temps, explique frère Lionel, les pèlerins chinois sont guidés par des femmes chinoises athées mariées à des Israéliens. Elles n’ont aucune connaissance de la foi chrétienne et organisent le séjour comme un voyage touristique et non pas comme un pèlerinage priant. Contrairement à d’autres pays comme l’Italie, l’Allemagne ou la France, il n’y a pas de communauté chinoise vivant en Terre Sainte pouvant éclairer spirituellement les pèlerins.” Frère Lionel rencontre certains groupes, et abonde en anecdotes sur les difficultés qu’ils rencontrent faute de guide catholique : “J’ai parlé une fois avec un vieil homme de 80 ans. Il avait passé vingt ans de sa vie en prison parce qu’il était chrétien et il avait mis toutes ses économies dans ce voyage. Mais la guide ne leur laissait pas le temps de prier dans les églises : après les explications et les photos, le groupe devait repartir illico pour le prochain lieu. Cet homme a dû batailler pour pouvoir prier son chapelet dans les sanctuaires.”

C’est pour cela que frère Lionel déploie, depuis quelques années, une grande énergie pour que la Custodie développe l’accueil de ces chrétiens d’Extrême-Orient. Les initiatives sont diverses. Cela va d’offrir une bourse à des religieux chinois pour qu’ils viennent étudier au SBF, à faire venir des frères en service. C’est comme ça que frère Johannes est arrivé pour quelques années, “prêté” par les franciscains chinois. Mais ce dont frère Lionel rêvait, c’était d’installer une communauté de religieuses chinoises formées à l’accompagnement spirituel de pèlerinages en Terre sainte. C’est désormais quasiment chose faite.

Au printemps dernier, sœur Anne a emménagé aux abords de la vieille ville. L’aménagement de ce petit couvent a été possible grâce à l’aide de la Mission Pontificale, des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul et des dons de nombreux Chinois du monde entier. Si Dieu le veut, d’autres sœurs la rejoindront. Sœur Anne est membre d’une communauté récemment fondée en Chine, et dont les religieuses, apostoliques, sont principalement présentes en paroisse. Elle a fait ses études à Paris, puis a vécu à Lourdes pour y accompagner spirituellement les pèlerins en visite. Elle revient sur son expérience en français : “J’ai été parmi les premières sœurs envoyées à Lourdes pour accueillir des groupes chinois. Comme nous habitions là-bas, nous étions plus à même d’organiser leur programme de façon adaptée et réaliste.” Elle y a réalisé l’importance pour les pèlerins de trouver sur place des religieux de leur pays pouvant les aider à mieux comprendre la spiritualité du sanctuaire. L’an dernier, elle a rejoint Jérusalem pour y étudier la topographie, la Bible et la théologie. Dès cet été elle pourra accompagner des groupes. “C’est très important de connaître les lieux saints et leur histoire, et d’avoir des notions d’archéologie. Mais si on ne connaît pas les besoins spirituels des gens auxquels on s’adresse, ça reste abstrait. Les habitudes et traditions en Chine sont extrêmement différentes de celles de l’Occident ou du Proche-Orient. Nous sommes tellement loin du monde catholique romain ! Mon but est de lier les deux : que la Bible devienne vivante pour ces gens, que leur séjour ici les renouvelle dans leur foi. C’est une occasion rêvée pour la catéchèse.” Elle souligne combien ces chrétiens ont besoin de venir en Terre Sainte pour mieux connaître leur religion et approfondir leur foi, et se rappelle du témoignage d’un d’entre eux : “La foi m’a été transmise par mes parents, mes grands-parents, les missionnaires étrangers… Désormais il n’y a plus d’intermédiaire, Jésus est vivant ! Il n’est plus seulement dans l’Évangile, il est présent tout au long de ma vie.”

Education religieuse

Frère Johannes en a de nombreux exemples, l’expérience est très féconde lorsqu’ils sont bien accompagnés spirituellement. “En Chine, explique-t-il, on nous enseigne à l’école que Dieu n’existe pas. Jésus est vu comme une invention et la Bible comme un livre d’histoires imaginaires qu’il ne faut pas prendre au sérieux !” Pour que ce livre leur devienne encore plus familier, le franciscain prend le temps : “Dans chaque sanctuaire je commence par la situation générale ; contexte, géographie, histoire. Puis nous lisons le passage concerné dans la Bible, je l’explique, et ensuite nous avons un temps de prière commun puis personnel. Après seulement vient le temps des photos !”

Frère Johannes se prépare. Le mois prochain, il accompagne trois groupes. Avec frère Lionel et sœur Anne, ils ont du travail. Pour accueillir ces chrétiens d’un autre monde, les aider à comprendre le mystère de l’Incarnation sur cette Terre Sainte et les laisser repartir chez eux pour porter la lumière du monde.

*Certains prénoms ont été changés.

Terre Sainte n. 3/2016
Mars Avril 2016

Terre Sainte n. 3/2016

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