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Un chemin pour se préparer à la mission

Marie-Armelle Beaulieu
1 février 2022
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Un chemin pour se préparer à la mission

C’est LE spécialiste du chemin d’Emmaüs, pas la péricope évangélique, mais le circuit de randonnée. Henri Gourinard revient sur la genèse de ce tracé conçu “comme une étape” du pèlerinage préparatoire à l’envoi en mission.


La Terre Sainte n’a plus beaucoup de secrets pour lui, et pour cause, Henri Gourinard est professeur d’histoire du Proche-Orient et de géographie historique d’Israël à l’Institut Polis de Jérusalem.
Laïc de l’Opus Dei – appelé numéraire dans l’Œuvre – Henri est de ceux qui ont travaillé à l’élaboration du Centre pour les visiteurs du projet Saxum, bâti sur les hauteurs d’Abou Gosh. C’est tout en travaillant à sa conception qu’il a commencé, dès 2014, à discuter avec les autorités israéliennes du tracé d’un chemin de randonnée, allant de Saxum au sanctuaire d’Emmaüs-Nicopolis.
“L’idée, confie-t-il, est de permettre aux pèlerins de sortir de la logique visite-bus, visite-bus. Il s’agit de leur offrir une occasion de récapituler leur pèlerinage. Nous l’avons conçu comme une étape sur le chemin de Saint-Jacques.”
Dans la mesure où Saxum est situé à la sortie d’Abou Gosh, il est apparu “super logique” de faire le tracé de là jusqu’à Nicopolis. Une petite licence avec les Évangiles qui voit les deux disciples s’en aller du Cénacle vers leur village. Ce “raccourci” ramène la distance de la marche à 20 kilomètres. “Et puis Emmaüs, c’est l’envoi en mission et c’est sur la route de l’aéroport !”, ajoute le guide dans un franc sourire.
L’inspiration du chemin, il la doit aussi à la Communauté des Béatitudes, qui veille sur le sanctuaire du patriarcat latin. “Chaque année, les Béatitudes organisent une marche, le lundi de Pâques depuis le Cénacle vers Nicopolis. Nous avons fait le choix d’opter pour une voie, certes plus courte, mais aussi plus visuelle, offrant le plus beau des panoramas. Notre départ est scénique, impressionnant. C’est une vue magnifique sur la vallée boisée de Yitla entourée de deux collines qui s’ouvre au loin sur Rishon Letzion et le bord de mer”.
Si le chemin n’est pas balisé, c’est pour raisons diplomatiques. “Le plus facile, c’était d’emprunter des chemins qui appartiennent à un seul propriétaire.” Et ce propriétaire unique existe, c’est le Fonds national juif, connu sous l’acronyme hébraïque KKL pour Keren Kayemeth LeIsrael, crée en 1901 pour acheter des terres en Palestine mandataire.
Enfin presque unique propriétaire car “dans les cinq derniers kilomètres, le tracé passe par ce qu’on appelle le saillant de Latroun, le no man’s land du cessez-le-feu entre 1949 et 1967. En principe il n’appartient ni aux Palestiniens ni aux Israéliens, le KKL ne peut donc pas le baliser. Le balisage ce serait aussi une prise de responsabilités juridiques, or, à la fin, sur 50 mètres, il faut longer une route pour arriver au sanctuaire.” Pas de balisage donc mais un plan en ligne sur le site de Saxum suffisamment clair pour s’y repérer. “En Israël, il n’y a de cartes qu’au 1 : 33 000e et encore elles n’existent qu’en hébreu.”
Bientôt sortira le fascicule de la randonnée en anglais, puis suivront l’hébreu, l’espagnol et le français. Henri a déjà fait et refait ce chemin à pied avec toutes sortes de groupes et ces deux dernières années pas mal d’Israéliens.
Se laisser renouveler
“C’est 6 heures de marche, on part de 700 mètres pour arriver à 250 mètres. Les premiers kilomètres sont en descente, puis il y a une belle montée mais courte, ensuite de la descente de nouveau, une nouvelle petite montée, du replat et une descente.” Facile ! Accessible à n’importe quel groupe de pèlerins ? “À condition d’être capable de marcher 20 kilomètres… Mais on peut le faire en plusieurs tronçons !” tient-il à préciser. “Le 1er tronçon va d’Abou Gosh à Neve Ilan. Le 2e tronçon de Neve Ilan à Sha’ar HaGay. Le 3e tronçon, ce sont 2 kilomètres, sur lesquels il y a pas mal à raconter.”
Tout au long du chemin justement il y a ce qu’Henri appelle “de l’épaisseur historique et biblique”. “Qu’on l’ait sous les pieds en marchant ou en point de vue paysager, quand on est à Neve Ilan par exemple on voit la plaine de Sharon au loin, on voit Emmaüs, la plaine des Maccabées, la plaine d’Ayalon juste à côté ou les armées de Josué ont poursuivi la coalition des rois cananéens, sans parler de l’histoire romaine.”
Histoire d’ajouter un peu plus d’histoire, Henri Gourinard poursuit des travaux universitaires sur les textes des pèlerins croisés et il assure que “marcher avec ce qu’eux, au Moyen Âge ont dit, vu et ressenti est impressionnant.”
Mais l’essentiel, même pour le spécialiste du chemin d’Emmaüs est ailleurs. “Ce chemin, me renouvelle à chaque fois. Notamment la première étape, surtout le matin, c’est magnifique.
Évidemment, je pense que la meilleure manière pour descendre d’Abou Gosh vers Emmaüs c’est d’avoir l’Évangile en tête. Ce qui m’intéresse le plus c’est ce qui n’est pas dit dans le texte : ce que pouvaient se dire les disciples entre eux et comment Jésus à fait pour leur ouvrir les Écritures depuis Moïse et les prophètes en 15 kilomètres !”


Informations sur le parcours
Les informations détaillées sur le parcours sont en ligne – en anglais et espagnol – sur le site de Saxum.


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