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La menue communauté juive d’Egypte a fêté Rosh Hashana

Christophe Lafontaine
3 octobre 2019
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Une cinquantaine de personnes a assisté au service de Rosh Hashana dans la synagogue Shaar Hashamaim du Caire en Egypte © JCC Cairo

La communauté juive du Caire a célébré le Nouvel An juif dans la synagogue Shaar Hashamaim de la ville. Il y a 70 ans, au moins 80 000 Juifs vivaient dans le pays. Ils seraient désormais moins de 20.


C’est dans la synagogue Shaar Hashamaim (Porte du ciel), de la rue Adly au Caire que la petite communauté juive de la ville a célébré Rosh Hashana (le Nouvel An juif), le 29 septembre au soir. Edifiée en 1905 sur le modèle des anciens temples égyptiens avec des plantes et des fleurs de lotus gravées sur ses murs extérieurs, Shaar Hashamaim est la plus grande synagogue sépharade du Caire. La communauté juive du Caire – qui ne comprend que cinq femmes âgées – n’a pas eu de service officiel régulier depuis le décès en 2013 de Carmen Weinstein, ancienne présidente du Conseil de la communauté juive en Egypte, désormais dirigé par Magda Haroun (68 ans).

Mais, le Jerusalem Post a fait remarquer qu’au moins 50 personnes – amis, expatriés, diplomates – ont été conviées à la célébration de cette année, invitées par la Communauté juive du Caire (JCC) et l’Association « Drop of Milk », une ONG caritative juive créée en 1921 pour aider à l’origine les démunis et les défavorisés de la communauté juive égyptienne et qui est désormais dédiée à la préservation du patrimoine juif égyptien.

Pour ce Rosh Hoshana pas comme les autres depuis de longues années en Egypte, la communauté juive du Caire avait comme « invitée d’honneur », explique-t-elle sur sa page Facebook, Levana Zamir (accompagnée des siens), née au Caire dans une très ancienne famille de la haute société juive égyptienne. La famille de Levana Zamir, la présidente de l’Association Amitié israélo-égyptienne, a fui l’Egypte en 1948 pour rejoindre d’abord Marseille en France puis Israël (comme environ la moitié des juifs d’Egypte de l’époque). Depuis la signature du traité de paix israélo-égyptien de 1979, Levana Zamir a effectué une dizaine de voyages dans son pays de naissance. Elle ne s’était pas rendue en Egypte depuis 2008. Egalement présidente de la coalition des organisations des juifs des pays arabes, elle lutte pour que ces juifs qui ont été expulsés des pays arabes soient reconnus comme réfugiés et soient dédommagés.

L’Association internationale Nebi Daniel, œuvrant (depuis la France) pour la préservation du patrimoine exclusivement communautaire importé ou constitué lors du développement de l’ancienne communauté juive en Egypte, a fait savoir via Facebook que Levana Zamir avait été aussi chaleureusement accueillie par la communauté juive d’Alexandrie, qui a exceptionnellement ouvert la synagogue Eliahou Hanabi, en cours de restauration, afin de pouvoir constater les travaux entrepris par le gouvernement égyptien.

Outre Levana Zamir, l’assemblée de la synagogue Shaar Hashamaim a accueilli Thomas Goldberger, chef de mission américain et chargé d’affaires en Egypte et son épouse qui a dirigé l’office religieuxde Rosh Hashana. Le couple vit en Egypte depuis septembre 2014, a indiqué le Jerusalem Post. Sur sa page Facebook, la Communauté juive du Caire a remercié Eden Goldberger pour son service saluant en elle « une source constante de soutien au cours des dernières années. »

L’assemblée comptait aussi la présence de l’ambassadeur d’Irlande en Egypte et au Liban Seán O Regan, de l’ambassadeur de Malte au Caire, Charles Sultana. Sur Twitter, le diplomate a exprimé sa gratitude pour avoir rencontré des membres de la communauté juive du Caire, ajoutant qu’il était « impressionné par leur travail acharné pour préserver l’héritage juif de l’Egypte. »  La Communauté juive du Caire a déclaré sur Facebook avoir « vraiment apprécié [ses] encouragements et [son] soutien » et s’est dite impatiente de lui faire visiter ses autres synagogues.

Déclin démographique

La communauté juive d’Egypte, dont la présence est plurimillénaire, comptait moins de 5000 personnes il y a 150 ans, indique l’Association internationale Nebi Daniel. A la veille de la fondation de l’Etat d’Israël, entre 80 000 et 120 000 juifs vivaient dans le pays, selon les diverses estimations.  La plupart,soupçonnée de soutenir le nouvel état hébreu, a quitté le pays suite à la déclaration de son indépendance. La communauté juive a ensuite rapidement décliné avec les bouleversements politiques de l’Egypte et du monde arabe et est devenue la cible de diverses vexations, violences, arrestations et expulsions suite à l’arrivée au pouvoir en 1954 de Gamal Abdel Nasser, à la crise du canal de Suez en 1956, et à la guerre des Six Jours en 1967.

En 2005, les juifs d’Egypte étaient moins d’une cinquantaine à résider encore au Caire et à Alexandrie, selon l’Association internationale Nebi Daniel. Aujourd’hui on estime le nombre de juifs vivant dans toute l’Egypte, réduit à une petite poignée du troisième âge qui se compte à moins de deux dizaines. Cinq femmes au Caire. Et, une douzaine de personnes à Alexandrie, selon une dépêche de l’AFP datée de mars 2017.

Le pays comptait jusqu’en 1930 près de 78 synagogues et lieux de prières juifs. Il ne reste aujourd’hui qu’une dizaine de synagogues aujourd’hui sur la terre des pharaons.

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