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Feel Beit: la musique comme instrument de paix

Joseph Masson
2 juillet 2024
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© Fares Mansour/Feel Beit

Alors que la plupart des organisations interculturelles se concentrent sur la socialisation entre les deux peuples, Feel Beit adopte une approche moins verbale et plus musicale. Au fil des événements, le but est de mettre de côté sa propre identité pour se rencontrer en tant qu’être humain, comme si l’on partageait chacun une grande maison.


Né en 2010 sous le nom Mekudeshet (Sanctifié en hébreu), Feel Beit (A la maison, en arabe prononcer fil Beit) est, d’après Karen Brunwasser la directrice et fondatrice du lieu, « un prototype d’une vie meilleure sur cette terre ». L’idée derrière l’association Feel Beit est de réunir Palestiniens et Israéliens sans regarder leurs origines : « Feel Beit est fondamentalement authentique. Nous ne sommes pas un groupe d’Israéliens blancs qui veulent ramener de bons arabes. Nous sommes de bonnes personnes avec d’autre bonnes personnes. »

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Cette idée de cohabitation vient à l’esprit des fondateurs en 2010, lorsqu’un mouvement croissant de radicalisme commence à s’instaurer à Jérusalem. L’idée de départ était de faire un festival annuel qui servirait à explorer la diversité de Jérusalem à travers la musique, la peinture, la poésie, la cuisine ou n’importe quelle autre forme d’art. Avec le temps, le festival a grandi en popularité. Feel Beit s’installa alors dans ses propres locaux et commença à organiser des évènements plusieurs fois par semaine. Le rêve de réunir les communautés se concrétisait peu à peu.

La musique, ce langage universel. Un musicien au qanoun, instrument à cordes pincées de la famille des cithares très prisé dans le monde arabe et perse. © Fares Mansour/Feel Beit

Cependant depuis le 7 octobre, cette tache est devenue beaucoup plus difficile. Feel Beit est situé à la frontière entre Jérusalem Est et Ouest, juste au-dessus d’un des quartiers palestiniens les plus risqués à fréquenter : celui de Silwan.  De nombreux employés craignaient de passer par là. Il est connu pour être le lieu de nombreux incidents ou attentats, et les Israéliens ne sont pas exactement les bienvenus. Pendant une courte période, il n’y avait plus d’évènements organisés sur place à l’exception de quelques soirées ou dîners organisés par l’équipe pour des amis proches.

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La peur s’est immiscée, faisant craindre que les participants n’aient perdu leur habilité à socialiser sous le coup du profond trauma né du 7 octobre et de la guerre qui s’en est suivie. De plus, tout le monde est touché par le conflit d’une manière ou d’une autre, que ce soit par la mort d’un ami ou d’un membre de sa famille, ou dans la manière dont les gens se jaugent les uns les autres. Il était difficile après le 7 octobre de surmonter ces défis et de faire « comme si de rien n’était », comme si tout le mal pouvait disparaître en faisant abstraction des identités culturelles et sociétales. Encore aujourd’hui, certans participants disent que leur venue à Feel Beit est très mal perçue par leur famille ou leurs amis qui n’ont qu’une question en tête : « Condamnes-tu le Hamas ? »

« L’idée prioritaire est de conserver ce pont entre les deux cultures » poursuit Karen Brunwasser, « il faut d’abord que les personnes soient assez ouvertes d’esprit pour se rassembler, ensuite on pourra passer aux plus grandes choses ».

C’est une maison blanche, adossée au monastère des clarisses… © Fares Mansour/Feel Beit

Après le 7 octobre, les Palestiniens ne comprenaient pas l’impact que cette attaque avait eu sur les Israéliens, jusqu’à ce que la guerre n’empire. « Pendant les trois premiers jours, je n’ai parlé à aucun israélien, c’était la première fois que je les envisageais en position de victimes. J’ai pensé à m’excuser, mais pour quoi est ce que je m’excuserais ? Moi je n’ai rien fait », explique Zuhdi Najib, le directeur de la communication de Feel Beit. Le Hamas n’a aucune connexion à Jérusalem, pourtant, les arabes de Jérusalem y sont identifiés par les Israéliens. La seule manière de pouvoir continuer ce type d’activités est d’individuellement essayer de comprendre les difficultés ou la douleur que ressent celui d’en face.

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C’est dans le but de reconstruire ces liens qu’a été créée l’exposition : « No Words ! » (Pas de mots !). Une manifestation qui a lieu chaque mercredi et qui a pour but de transmettre des messages à travers l’art quand les mots manquent. Elle permet de trouver un espace en commun aux deux communautés où la langue n’a plus d’importance. Chaque semaine un nouvel artiste est invité, et chacun, issu d’un contexte différent, vient avec sa propre histoire qu’il partage à travers son art.

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Les évènements retrouvent petit à petit leur popularité, accueillant entre 100 et 300 personnes. Feel Beit se retrouve à un pas de plus de son objectif, celui d’ouvrir sept jours par semaine et d’offrir la plus grande diversité possible.

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