Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Une journée pour un centenaire

Christophe Lafontaine
15 janvier 2022
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Une journée pour un centenaire
Quelque 150 personnes ont fait le déplacement pour le colloque et ce malgré les défis posés par la situation sanitaire.

Le Seigneur a béni la revue pour ses cent ans en lui permettant de vivre son colloque à la date prévue. L’événement qui s’est tenu au Collège des Bernardins à Paris fin novembre a été vivement salué par les auditeurs et les intervenants. Verbatim.


“Terre Sainte Magazine est un peu comme notre Bible, à emporter”. C’est par ces mots que le père Jean-Philippe Fabre, directeur des cours publics au Collège des Bernardins à Paris, a conclu le colloque des 100 ans de Terre Sainte Magazine, qu’il a animé fin novembre et qui fut selon lui “un très grand moment, vraiment réjouissant avec que de bons échos”. Pour lui, le magazine est “l’une des multiples paroles que la Bible permet. À la fois la Bible est parole fondatrice, parole unique, et en même temps elle est parole déployée”, a-t-il expliqué. Et le bibliste de développer : “ce que réussit Terre Sainte Magazine, c’est précisément à tenir de façon assez admirable, à la fois l’aspect de l’Histoire, l’aspect de la terre, des peuples, des hommes qui vivent sur cette terre [ndlr : sainte], l’aspect de ce Dieu vivant et tout cela dans une littérature qui continue à actualiser ce qui est la complexité de la vie des hommes menée par Dieu sur cette terre (…) bien difficile à comprendre”.

Ce n’est pas pour rien que Terre Sainte Magazine, TSM pour les habitués, est reconnue par le milieu de la presse comme veut le souligner Philippe Agret, directeur du bureau de l’AFP de Jérusalem de 2009 à 2014, et présent au colloque : “Pour un grand média d’information généraliste et internationale, comme l’AFP, TSM est un instrument très utile, pédagogique, pour appréhender la richesse et l’immense complexité du fait religieux en Terre Sainte. Indispensable”.

Les pères Jean-Philippe Fabre (à gauche) et Philippe Cazala (à droite). L’un en maître des cérémonies, l’autre en intervenant. ©Photos Jeanne-Louise Rœllinger

TSM relève le défi depuis 100 ans. Une prouesse pour la presse. Parmi les cinq publications françaises qui sont centenaires et plus, trois sont chrétiennes : la revue Études, La Croix, Le Pèlerin. Au regard de ce trio gagnant, le journaliste Luc Balbont, qui vit entre la France et le Liban et qui intervenait au colloque, a voulu souligner la pérennité de la revue francophone des franciscains de Jérusalem.

Esprit de famille, esprit franciscain

L’événement, intitulé “1921-2021 : Terre Sainte Magazine, témoin d’un siècle d’Histoire”, a été orchestré par l’équipe parisienne de la revue avec le soutien du commissariat de Terre Sainte à Paris pour la France et la Belgique. Et ce fut un succès. En chiffres d’abord car plus de 150 personnes ont répondu “présent” et une vingtaine d’autres ont pu suivre en ligne. Le tout dans un vrai esprit de famille. Et même, selon l’historien Vincent Lemire qui a ouvert le bal des interventions, dans “un esprit très franciscain”. Le directeur du Centre de Recherche Français à Jérusalem entendant par-là, “un esprit de simplicité, de bienveillance et de sérieux dans les échanges”.

Claire Burkel. ©Photos Jeanne-Louise Rœllinger

Mgr Celestino Migliore, nonce apostolique en France, l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, se sont rendus sur place ainsi que Mgr Emmanuel Tois, vicaire général de l’archidiocèse de Paris. Le colloque s’est tenu sous le haut patronage du custode de Terre Sainte, Francesco Patton, accompagné du fr. Stéphane Milovitch, directeur des biens culturels de la Custodie de Terre Sainte à Jérusalem, et du fr. David Grenier, commissaire pour la Terre Sainte à Washington.

Le succès du colloque est aussi à mesurer à l’aune d’une programmation riche. Avec dix interventions de 20 minutes. Un défi vu l’étendue des sujets. Mais tous les orateurs auront réussi à faire plonger les auditeurs dans 100 ans d’Histoire – celle d’hier et d’aujourd’hui -, celle d’une terre et de ses peuples, aussi celle de l’archéologie, des pèlerinages, des ancêtres de la revue comme l’a expliqué Marie-Alix de Varax, conférencière et Dame de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre en France. Ce fut l’occasion aussi de voir comment la spiritualité et l’esprit franciscains irriguaient la revue. Sans compter la contribution des franciscains de France à l’œuvre de la Custodie que fr. Roger Marchal, commissaire de Terre Sainte pour la France et la Belgique a explicité dans un exposé à travers plusieurs figures.

Marie-Armelle Beaulieu mise à l’honneur par le père Custode et le frère Stéphane de la Custodie. © Photos Jeanne-Louise Rœllinger

Un enjeu de mémoire

“Le colloque a confirmé encore une fois la volonté de la Custodie d’ouvrir ses archives, à Jérusalem et dans les commissariats répartis dans le monde entier, pour raconter une histoire si complexe et passionnante comme celle de l’imprimerie franciscaine de Terre Sainte et de ses revues dans plusieurs langues, et, à travers les pages sorties du couvent Saint Sauveur, retracer l’histoire plurielle de cette région multiculturelle”, a déclaré l’historienne Maria Chiara Rioli, de l’Université Ca’Foscari (Venise) qui est intervenue en ligne depuis l’Italie.

Pour sa part, Karène Summerer-Sanchez, historienne de l’Université de Leiden aux Pays-Bas, qui est intervenue, s’est dite ravie “de la richesse et de la diversité des approches, des méthodologies, des profils des intervenants lors du colloque. Des points de vue qui ont proposé différentes portes d’entrée pour tenter de cerner le contexte historique, les enjeux locaux, nationaux, transnationaux et la multiplicité des acteurs impliqués dans les processus décrits”. Sensible à “la mine que constitue pour les historiens ce types d’archives locales qu’est TSM depuis ses débuts”, la chercheuse s’est réjouie de “la complémentarité, voire de la complicité entre orateurs, sans même se connaître pour certains”.

Karène Sanchez-Summerer, © Photos Jeanne-Louise Rœllinger

Des intervenants et des sujets de haut niveau

“Tous les intervenants étaient de haut niveau”, commente sur le même ton, Dominique Neckebrœck, Chevalier de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre, qui considère la revue comme “faisant partie de la formation permanente des membres de l’Ordre” et qui “place dans notre prière la vie des chrétiens de Terre Sainte”, soutient-il. Sans aucun doute, il retiendra plus particulièrement l’intervention de l’historien Vincent Lemire. Notamment, dit-il “en réalisant que 2021, comme en 1921, annonce les prémices d’un basculement pour les chrétiens de Terre Sainte”. L’historien a en effet analysé que ce qui réunissait les deux dates, 1921 et 2021, était “l’impression d’un moment de bascule, avec la certitude que l’équilibre précédent était terminé mais que le schéma suivant n’était pas encore stabilisé”. Pour un lecteur en 1921, il s’agissait de la fin de l’empire ottoman et de ce qui dessinera le conflit israélo-palestinien. Pour les lecteurs de TSM d’aujourd’hui, le point de bascule est “sans doute que le Statu quo issu de la guerre des Six-Jours de 1967 est en train de se terminer”, a énoncé Vincent Lemire.

Vicent Lemire. © Photos Jeanne-Louise Rœllinger

Pour sa part, Marie-Claire Rouquet, abonnée à la revue et volontaire pendant un an chez les assomptionnistes de Saint-Pierre en Gallicante, à Jérusalem, il y a une quinzaine d’années, a tout suivi en ligne car “les sujets avaient l’air passionnants”. L’ancienne volontaire pour qui la revue permet de garder un lien avec la Terre Sainte a été aussi très touchée par le témoignage de Marie-Armelle Beaulieu, “elle qui a l’habitude de faire parler les locaux dans son journal, s’est livrée sur son rapport avec ce pays qui sur la carte d’identité n’est pas le sien mais qu’elle a fait sien”. Reconnaissante pour tout ce qu’elle découvre dans la revue. Car “en venant en pèlerinage ou en voyage, nous passons souvent à côté des gens qui vivent et travaillent sur cette terre. De la fabrication des keffiehs à la verrerie en passant par les tatouages, nous sommes invités à découvrir dans les pages de TSM une actualité vivante faite d’hommes et de femmes”.

“Durer et persister”

La revue est aussi vivement appréciée par Alain Rémy, ancien ambassadeur, consul général de France à Jérusalem de 2005 à 2009. “Honnêtement, Terre Sainte Magazine, publiée en français, est une très bonne revue, tant par la diversité des auteurs, que par la mise en page, la liberté de ton, et la multiplicité de sujets.” Intéressé par l’intervention sur les pèlerinages de Claire Burkel, bibliste, enseignante au Collège des Bernardins et guide en Terre Sainte, Alain Rémy a également été sensible à celle donnée sur 100 années d’archéologie en Terre Sainte par le père Philippe Cazala, archéologue au Collège des Bernardins et ancien étudiant à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (2019-2020), ou encore par l’exposé de Vincent Lemire. De son côté, l’ancien consul général a été heureux d’intervenir en tant qu’ancien chef de poste à Jérusalem, pour exprimer un point de vue diplomatique français, tant l’histoire à rebondissements de l’installation des consuls français dans la Ville sainte depuis Louis XIII, a été liée aux
relations plus ou moins faciles, selon les époques, avec les frères de la Custodie de Terre Sainte.

Alain Rémy. © Photos Jeanne-Louise Rœllinger

Le mot de la fin ?  Longue vie à TSM ! “L’un des mandats de la Custodie est de durer, de persister et ce n’est pas si facile de se projeter dans l’avenir quand on a une si longue durée de vie derrière soi”, rappelle Vincent Lemire, pour qui, “ce colloque sur le centenaire de la revue symbolisait bien ce double
effort”.

Dernière mise à jour: 29/04/2024 14:46

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