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Le projet de numérisation de la revue La Terre Sainte est achevé

Rédaction
15 mars 2024
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Le projet de numérisation de la revue La Terre Sainte est achevé

Séquence émotion pour l’équipe de Terre Sainte Magazine. Dans sa 103e année, la version en langue française de la revue des Franciscains de la Custodie a fait, en mars 2024, son entrée sur les rayons du portail numérique de la Bibliothèque nationale de France, Gallica.
C’est l’aboutissement de trois ans de travail entrepris par la directrice de publication et rédactrice en chef Marie-Armelle Beaulieu.


Marie-Armelle, comment est né ce projet de numériser La Terre Sainte ?

En 2011, la revue a eu 90 ans. Pour fêter cel, il avait été décidé de republier, comme ils avaient été écrits des articles parus l’année de la naissance de la publication. C’est la première fois que je prenais le temps de me pencher sur ce patrimoine.

Qu’avez-vous découvert ?

Un principe de continuité. Le projet est resté le même : faire connaître et aimer cette région comme terre biblique en permettant au plus grand nombre de découvrir son passé comme son quotidien, y compris profane.

Et surtout j’ai découvert qu’il y avait énormément d’informations qui sont précieuses pour les historiens, les chercheurs et pour tous ceux qui veulent comprendre l’impressionnante évolution de ce coin de terre depuis 100 ans.

Ça m’a tellement saisie que dans le premier numéro de l’année 2011, je signais un article intitulé : « Le défi de numériser les anciens numéros de la revue ».

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Il aura fallu 12 ans de travail ?

Non ! Ce n’est pas le tout d’avoir une idée, il faut avoir les moyens de ses ambitions. Dans l’article de 2011, je calculais le temps de numérisation sur le scanner dont je disposais. Mais je n’avais pas encore pris la mesure de ce que numériser veut dire. J’ai commencé à me renseigner sur les technologies, les coûts, les options notamment c’est de la reconnaissance optique des caractères (OCR) qui permet de transformer une image en texte « vivant » dans lequel on peut chercher depuis son ordinateur. Et là je me suis aperçu que je m’attaquais à un sommet ! J’ai envisagé à l’époque d’écrire à Google book pour leur demander de financer le travail. Et puis j’ai été happée par le travail quotidien et j’ai remisé un projet chronophage.

Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine pose avec les archives de la revue ©Nadim Asfour/TSM

Comment s’est-il invité de nouveau ?

Une discussion avec un de mes neveux, Bac +5, qui me dit qu’il a acheté un livre physique dans toutes ses études parce que tout le reste était disponible en ligne. J’ai repensé à tous les chercheurs que j’ai l’occasion de rencontrer à Jérusalem, mais surtout, l’horizon des 100 ans de la revue approchait. Pour moi cette célébration était une aiguillon, j’ai l’honneur de lancer la revue sur les rails de son 2e centenaire. Ça m’oblige. Je suis de cette génération en transition entre le papier et le numérique, mais si je veux porter l’ambition de la revue, je dois la penser pour ses futurs lecteurs rivés à leurs téléphones.

On s’éloigne de la numérisation des 100 premières années ?

Non. Cet aiguillon pousse à penser la numérisation de toute la revue, passé et à venir.

Revenons à la numérisation du patrimoine…

Pour les 100 ans, nous avions prévu l’organisation d’un colloque. Et j’étais décidée, à cette occasion, à annoncer la numérisation de la revue. Forte de mes recherches en 2011, je savais que je devais me faire aider. J’ai contacté l’Enssib (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques). Un groupe d’étudiants a eu comme travaux pratiques d’envisager la numérisation de Terre Sainte Magazine et m’a présenté un rapport avec les plateformes de mise en ligne possibles et des budgets. J’ai choisi Gallica pour tout ce qui est du patrimoine et de faire évoluer notre site internet pour le présent et futur et ne passerelle de financement participatif Credofunding.

Tout le monde peut numériser et publier sur Gallica ?

Non, ce n’est pas tout à fait aussi simple. Il y a ce que Gallica choisit de numériser et il y a ensuite les publications qui peuvent se faire connaître. Il se trouve que la revue a bénéficié d’une concomitance providentielle. J’avais sollicité un contact à Gallica et tandis que je relançais le dossier, la Custodie de son côté a été approchée par le projet Bibliothèques d’Orient, un portail numérique de la BnF, qui a pour vocation de rassembler des collections spécialisées sur l’histoire, les sociétés et les cultures du Moyen-Orient. Etant donné le fonds d’archives impressionnant des franciscains et le désir de la Custodie de le préserver et de le porter à la connaissance des chercheurs, la Présidente des Bibliothèques nationales de France, Laurence Engel, et le Custode de Terre Sainte, Francesco Patton, ont signé un accord en novembre 2021 pour une numérisation qui serait faite à Jérusalem. La revue a alors été évoquée mais avec ses 100 ans, elle ne rivalise pas avec les 800 ans et la richesse du patrimoine présent à Jérusalem. Nous avions l’accord de principe pour l’entrée sur Gallica mais nous devions numériser par nos propres moyens.

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Toujours avec votre scanner ?

Pas question ! La numérisation pour Gallica répond à un cahier des charges extrêmement précis et très technique. Nous avons été accompagnés par du personnel de Gallica, spécialement Philippe Chevrant, qui nous a pris par la main dans le dédale des procédures. C’est tellement technique qu’il a fallu faire appel à une prestataire de service Emeline Dodart qui a fait l’interface entre les opérateurs de numérisation et d’océrisation et Gallica. Sans eux nous aurions été incapables de réaliser le projet, sans eux et sans tous les donateurs qui l’ont financé.

Ça coute cher ?

On voit déjà la Terre Sainte en ligne mais les comptes ne sont pas bouclés. Il me semble que nous sommes restés dans le budget que nous avons collecté soit 21 000 euros.

C’est cher !

Il y a 25000 pages, ça fait 0,84 euro la page. Je pense que ça le vaut parce que j’ai pu mesurer la complexité et la précision du travail. Et le résultat est là après un an de travail. Et grâce au moteur de recherche de Gallica qu’il faut prendre en main mais qui est très puissant, on peut vraiment faire des requêtes précises et trouver ce que l’on cherche.

Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine en plein tri des anciens numéros de la revue ©TSM

Vous avez annoncé la mise en ligne avec émotion à l’équipe

Un projet achevé, c’est du temps qui se libère ! Mais surtout, j’ai éprouvé de la fierté et de la joie pour la revue, pour la Custodie. C’est prestigieux la Bibliothèque nationale de France.

Dans l’ombre, depuis Jérusalem, la revue publie depuis 100 ans un contenu unique, parce qu’elle a un positionnement unique. Elle est curieuse de tout, elle met le curseur du temps à toutes les époques, elles parlent des trois monothéismes, de toutes les confessions chrétiennes, du patrimoine biblique comme culturel, de la sociologie. Elle parle des lieux saints et des pèlerinages comme aucun autre magazine ne le fait dans le monde. Ça fait 100 ans qu’elle parle d’archéologie et 70 ans qu’elle rend compte de l’archéologie au Saint-Sépulcre. Elle aborde des sujets brûlants comme celui des guerres de façon complètement décalée parce qu’elle a un parti pris, celui de la bienveillance, de la résolution du conflit, de la découverte de la différence. Au final ces 25000 pages représentent un corpus tout à fait spécifique et qui écrit à sa façon l’histoire de la Terre Sainte dans le temps et dans le présent de ce que sont Israël et la Palestine et un peu les pays limitrophes.

Alors oui, que soit reconnue cette vision-là, un peu différente. qu’elle soit mise à disposition du plus grand nombre, que nous puissions apporter cette touche de couleur singulière dans le tableau, et que cela soit connu et reconnu, ça fait plaisir.

On trouve sur Gallica de 1921 à 2009, où sont les années 2010 et suivantes ?

Elles seront bientôt sur notre site internet. Nous travaillons à copier tous les articles publiés depuis 2010 dans la version papier sur le site terrsainte.net. En revanche, on pourra y accéder via un espace membre payant.

Allez-vous renoncer au papier ?

Certainement pas. Si demain il devait y avoir un grand bug mondial, on pourrait perdre toutes les données numériques. Le papier lui se conservera. Il y a plusieurs archives complètes de Terre Sainte Magazine ici et en France. Et surtout, au pays de l’incarnation, il faut garder quelque chose de tangible. Et un numéro papier c’est sympa à feuilleter… N’hésitez pas à vous abonner !

Pour trouver la revue La Terre Sainte dans Gallica cliquer sur l’image ci-dessous.

 

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